Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Fontaine des âges (La)
Nancy Kress
Le Bélial’, Une Heure-Lumière, n°28, court roman traduit de l’anglais (États-Unis), Science-fiction, 106 pages, février 2021, 8,90€

Max Feder voit la fin approcher, il sent qu’il n’en a plus pour longtemps. Ce qui lui apporte encore du réconfort n’est ni son immense fortune gagnée de manière douteuse, ni son fils, mais une mèche de cheveux abritée dans une bague, le souvenir d’un épisode heureux de son passé. Le temps d’une permission il a rencontré une femme, Daria, une prostituée qui lui a apporté un bonheur inégalé. Après la guerre, il a beau eu la chercher, il ne l’a pas retrouvée, embrassant alors une existence morne sans grande saveur.
Bien des années plus tard, il a appris qu’elle séjournait à l’hôpital, victime de tumeurs. Comment résister à ces retrouvailles, même si elle est devenue l’épouse d’un riche Anglais ?



Ceux qui ont lu le recueil « Danses aériennes » ou « Le Nexus du Docteur Erdmann » de Nancy Kress connaissent ses qualités de novelliste. Aussi est-ce avec une certaine envie que cette « Fontaine des âges » est attendue.
Max Feder n’est pas un personnage sympathique et, même s’il recherche un fragment de bonheur perdu, il est difficile d’éprouver une quelconque empathie pour lui. L’histoire de ce vieillard irascible est dévoilée au fil du récit. Souvent l’auteure prend le contrepied de ce que le lecteur imagine, notamment sur l’origine de sa fortune. Délaissé par sa belle au profit d’un bon parti, on aurait pu penser qu’il a gagné son argent à force d’un travail acharné pour prouver qu’il est capable de lui offrir aussi une situation. Il n’en est rien du tout et la solution choisie n’est guère convaincante. Parler d’amour serait un peu facile...
Bien des points déroutent de la sorte et peinent à satisfaire. Par exemple, la fin nous offre une tranche de grand guignol avec la scène jouée pour que Feder touche au but. Là où Nancy Kress se rappelle à nous, c’est au sujet du cas de Daria. Ses tumeurs débouchent sur un traitement révolutionnaire de l’allongement de la vie. La société de son mari développe un procédé permettant d’arrêter le vieillissement. Faîtes-vous soigner à la vingtaine et vous resterez jeune à vie. Pourtant des effets secondaires se font ressentir, du genre radical ! Cet effet indésirable semble programmé pour être aussi précis, mais il n’en est visiblement rien, ce qui apparaît d’autant plus étonnant. Une bonne idée de départ qui a tout pour séduire, mais avec un détail dérangeant. Une aspérité qui accroche au milieu d’autres.

« La fontaine des âges » traite de bio-ingénierie, de traitement d’allongement de la vie développée à partir de tumeurs. Un mal se transforme en bien, devient comme souvent source de progrès, mais pour qui ? En effet, le traitement est onéreux, ainsi que décrié, et Daria, grande prêtresse de cette société, est devenue la cible d’une véritable chasse aux sorcières. Le point soulevé, l’accueil des masses oubliées par ce progrès pour des raisons diverses et variées, ne manque pas d’intérêt. Le débat s’avère intéressant, mais l’emballage, c’est-à-dire le récit englobant cette problématique, l’est moins. Ce dernier baroud de Max Feder pour revoir Daria semble bien trop artificiel pour convaincre pleinement. J’ai même éprouvé une impression de confusion avec ce mélange présent-passé et les motivations de Max Feder m’ont de plus en plus échappé.

Pour moi, « La fontaine des âges » ne figure clairement pas dans les meilleurs titres de la collection Une Heure-Lumière, ni dans les meilleurs récits de Nancy Kress. Par moments, j’y ai retrouvé ce qui me plaît tant dans son œuvre, à d’autres, j’ai perdu le lien à cause de certains développements. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ce court roman me laisse un sentiment mitigé, car les standards de l’auteure sont élevés et donc les attentes en conséquences.
Ce n’est que partie remise, car Nancy Kress n’en reste pas moins une voix très originale dans la SF d’aujourd’hui.


Titre : La fontaine des âges (Fountain of Age, 2007)
Auteur : Nancy Kress
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Erwann Perchoc
Couverture et conception graphique : Aurélien Police
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Une Heure-Lumière
Numérotation dans la collection : 28
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 106
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : février 2021
ISBN : 9782843449741
Prix : 8,90 €


Autres ouvrages de Nancy Kress sur la Yozone :
- « Danses aériennes »
- « Le Nexus du Docteur Erdmann »
- « Après la chute »
- « Méfiez-vous du chien qui dort »
- « Bifrost n°89 », un spécial Nancy Kress

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
25 février 2021


JPEG - 50 ko



Chargement...
WebAnalytics