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Arbres, en hiver (Les)
Patrick Eris
Éditions Wartberg, Zones Noires, roman (France), polar, 216 pages, octobre 2016, 12,90€

En plein hiver enneigé dans le Jura, une famille de trois personnes est retrouvée assassinée dans une drôle de mise en scène : chacun est attaché sur une chaise autour d’une table.
Quelques jours plus tard, ce sont quatre victimes massacrées selon le même rituel. Par la force des choses, l’enquête est confiée à la brigade de gendarmerie locale, composée de trois gendarmes, deux hommes et une femme. Cette affaire est bien loin de ce dont ils ont l’habitude et ils demandent de l’aide à leur hiérarchie.
Faute de renfort, ils sont obligés de se débrouiller tout seuls, enfin surtout leur chef !



Comme le personnage principal, l’adjudant, s’exprime à la première personne et que ses collègues lui donnent du Patron, je suis bien en peine de dire son nom, même en feuilletant l’ouvrage. De plus, il est difficile de parler ici de héros, même si c’est lui qui se ruine la santé pour parvenir à arrêter ce tueur en série. Il est si distant envers ses congénères qu’il n’emporte guère la sympathie, seule son abnégation peut gagner le respect.
Il faut dire que sa jeunesse a été marquée par une longue errance en forêt et qu’il ne voulait pas retrouver la civilisation. La nature l’a ouvert à ses mystères et une certaine communication s’est élaborée entre les deux. Je n’ai jamais compris pourquoi il s’est lancé dans l’école de gendarmerie au lieu de tout simplement la rejoindre, car c’est ce à quoi il aspirait... L’utilisation de la première personne ne fonctionne pas du tout pour s’identifier au personnage principal.

« Les arbres, en hiver » s’inscrit dans un futur très proche dans lequel sévit l’émission “Rameau Doré”, une téléréalité emportant tous les suffrages et permettant à la majorité de fermer les yeux sur la vraie vie. Patrick Eris s’avère très revendicatif quand il parle de l’état des lieux. Il ne cesse de décrire les tristes conditions de travail des gendarmes : voiture à bout de souffle, ordinateurs antédiluviens tout le temps en panne... Bref, il n’y a plus d’argent pour faire tourner la baraque ! Et il n’arrête pas de le rabâcher ce qui devient lassant au fil des pages. Et quand il évoque le ministère de l’Intérieur, alors que la gendarmerie relève de celui de la Défense, il est difficile de prendre le ton alarmant au sérieux.
Pourtant, comme pourraient le corroborer les élus, il est vrai que l’état cherche à faire des économies de tous les côtés. Mais à trop pousser le bouchon, ses alertes perdent de leur force.

Quant aux portraits des agents, entre ceux qui n’arrêtent pas de se plaindre, se demandant ce qu’ils font là, et ceux qui éprouvent de la peine à additionner un et un, la résolution de l’enquête n’est pas gagnée ! Il faut le secours d’un journaliste pour toucher au but, mais là où le lecteur aura tout de suite trouvé le lien, l’adjudant aura besoin de plus de temps. Je ne sais pas pourquoi, mais Patrick Eris s’avère tout aussi critique sur les moyens que sur le personnel. Comment dans ces conditions s’intéresser au récit ? Plutôt que de s’y immerger, le lecteur le parcourra peut-être de manière plus distanciée, sans vibrer aux péripéties.

Seule la fin relève le niveau aurais-je tendance à dire ! Elle révèle un passé sordide qui colle bien aux conditions hivernales rudes dans la région. Il est dommage que ce qui précède ne soit pas du même tenant et ne fasse pas montre de la même force. À trop exprimer le malaise matériel et à brosser le portrait d’un personnage perdu et sans charisme, tout en abusant du j’menfoutisme général à cause du “Rameau Doré” décérébrant la population, Patrick Eris crée une trop grande distance entre « Les arbres, en hiver » et les lecteurs qui ne risquent pas de garder grand souvenir de ce roman.

Le même mois d’octobre 2016, Jean-Marc Ligny s’avérait bien plus inspiré avec « La roche au démon ».


Titre : Les arbres, en hiver
Sous-titre : Meurtres en série dans le Jura
Auteur : Patrick Eris
Couverture : © picture alliance/Westend61
Éditeur : Éditions Wartberg
Collection : Zones Noires
Site Internet : Roman (site éditeur) 
Pages : 216
Format (en cm) : 12 x 20
Dépôt légal : octobre 2016
ISBN : 978-3-8313-2799-7
Prix : 12,90 €


Autres romans de la collection chroniqués sur la Yozone :

- « L’Homme qui valait des milliards » de François Darnaudet
- « Autopsie d’un bouquiniste » de François Darnaudet
- « Marionnettes » de Hervé Mestron
- « Le grand ange rose de Strasbourg » de Françoise Bachmann
- « Sur parole » d’Olivia Dupuy
- « Train d’enfer » de Jeremy Bouquin
- « Danse avec le taureau » de Philippe Ward
- « Salamandre » de Daniel Hernandez
- « Iris picarde » de Jean-Charles Fauque
- « La roche au démon » de Jean-Marc Ligny

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François Schnebelen
25 janvier 2017






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