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Homme qui valait des milliards (L’)
François Darnaudet
Wartberg, Zones Noires, polar, 176 pages, avril 2016, 11,90€

Les éditions Wartberg proposent, dans leur collection « Zones noires », une série de polars régionaux. Régionaux, mais pas que : car, en abordant la vaste thématique des nombres premiers, de leur factorisation et de la cryptographie RSA, « L’Homme qui valait des milliards », aborde rien moins qu’une manière de mettre à mal la sécurité bancaire mondiale et de faire un casse à l’échelle planétaire.



De François Darnaudet, et dans la collections Zones Noires des éditions Wartberg, nous avions précédemment chroniqué « Autopsie d’un bouquiniste ». Après le milieu des libraires, c’est à celui de l’Éducation Nationale que s’intéresse l’auteur. Un milieu qu’il connaît bien, puisque le personnage principal est à l’évidence un de ses propres avatars, jeune quinquagénaire enseignant les mathématiques en Province. Mais aussi un individu qui malgré les difficultés propres à l’univers parfois lourd de ce qu’il rebaptise “l’Inéducation nationale”, et malgré une nette tendance à pencher du côté des alcools divers, reste particulièrement combattif et n’a pas peur de grand-chose, que ce soit du côté des truands ou de celui des défis mathématiques.

“Euclide contre Glock” : jolie formule pour la quatrième de couverture, qui résume l’essentiel du problème. Chacun a entendu parler dans les petites classes des nombres premiers, qui sont divisibles seulement par un et par eux-mêmes. Faciles à trouver au départ, ils deviennent de plus en plus rares lorsqu’on se dirige vers l’infini. Ils sont, pour ceux qui s’intéressent aux mathématiques, une source de fascination sans fin, et de légendes également. Pour ceux qui ne s’y intéressent pas, ils sont utiles tous les jours : la cryptographie, et notamment celle des cartes bancaires, repose sur leur factorisation. C’est le fameux codage RSA, du nom de leurs découvreurs, Rivest, Shamir et Adelman. Celui qui serait capable de trouver facilement les deux nombre premiers qui, multipliés l’un par l’autre, donnent un nombre très grand, serait capable de craquer tous les codes bancaires qui existent. En fait, les ordinateurs en sont capables. Le problème, c’est que pour trouver la solution, il leur faut à peu près le temps qui s’est écoulé depuis la naissance de l’univers.

On s’en doute : le mathématicien prodige qui serait capable de trouver un algorithme de résolution rapide de ce cryptage mettrait sans le vouloir une jolie pagaille planétaire, et menacerait bien des fortunes. C’est ce que comprend le journaliste Arnaud Sellières en faisant le lien entre les disparitions brutales, apparemment accidentelles, de plusieurs mathématiciens travaillant sur le sujet. A l’évidence, quelqu’un de très puissant surveille ce type de recherches, et liquide tous ceux qui semblent capables de s’approcher de la solution.

Et notre petit mathématicien de province, dans tout cela ? De la chance et pas de chance à la fois : une jeune collège qui arrive dans son bahut, et il ne trouve rien de mieux à faire pour la draguer que de lui proposer de travailler ensemble sur l’un des défis mathématiques du siècle (un million de dollars de récompense), dont l’un concerne justement les nombre premiers. Quelques échanges de mails sur le sujet, et le voilà repéré, puis classé à tort dans les mathématiciens dangereux. Bienvenue dans le ballet infernal des tueurs.

« Certains autistes scientifiques voient les nombres en couleur. Ce matin, le soleil aveuglant colorait la fille aux cheveux d’or et le tueur ensanglanté en une composition fauve aux aplats jaunes et rouges. »

La thématique mathématique du roman n’effraiera personne. Elle est surtout prétexte à péripéties. D’ailleurs, même les plus indécrottables béotiens ont fatalement entendu parler des quelques grands noms cités, comme l’incroyable Terence Tao ou le très médiatique Cédric Villani. (Faisons une exception pour le mathématicien Louis de Branges de Bourcia, dont on ne saura peut-être jamais s’il a démontré ou non l’hypothèse de Riemann, les spécialistes n’ayant pas foi dans les pistes qu’il a explorées et refusant d’examiner ses travaux.) Péripéties, mais bien entendu aussi aspect régionaliste, puisque les fuites successives de notre héros permettent de visiter Bordeaux, Auch, Pauillac, Taussat, et enfin Saint Emilion.

« Je lui shootai la tronche avant de le cueillir à la mâchoire avec mes achats livresques. Il prit le Van Vogt, le Bergal et le Dounovetz dans la gueule. Un triple choc littéraire. »

Pas de roman sans quelques passages en bouquinerie ou en librairie avec François Darnaudet, mais alors que ces descriptions pouvaient sentir un peu le remplissage dans « Autopsie d’un bouquiniste », on est ici, la citation ci-dessus le prouve, dans le strictement fonctionnel. Rien de plus facile, on le voit, de faire partager ses émois livresques, même avec les plus obtus des analphabètes.

On suit l’intrigue, on fait aussi du tourisme, on savoure avec le narrateur les alcools du cru. Moins de deux cents pages, une histoire sans prétention, mais joliment ficelée, de l’action mais aussi du plaisir de vivre. « L’homme qui valait des milliards » fait mouche dans la collection « Zones noires » consacrée aux polars régionaux. Des petits polars, on l’a déjà écrit, à la fois denses et distrayants, et dont le format ne fera reculer personne. Avec à peine deux cents pages, « L’Homme qui valait de milliards  » est idéal pour lire une paire d’heures en terrasse, dans ces endroits où il fait bon vivre qu’aime à décrire l’auteur.


Titre : L’Homme qui valait des milliards
Auteur : François Darnaudet
Couverture : Fotolia
Éditeur : Wartberg
Collection : Zones noires
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 176
Format (en cm) : 12 x 20
Dépôt légal : avril 2016
ISBN : 9783831329410
Prix : 11,90 €



Les éditions Wartberg sur la Yozone :

- « Autopsie d’un bouquiniste » par François Darnaudet
- « Marionnettes » par Hervé Mestron
- « Le grand ange rose de Strasbourg » par Françoise Bachmann
- « Sur parole » par Olivia Dupuy
- « Train d’enfer » par Jeremy Bouquin
- « Marionnettes » par Hervé Mestron
- « Danse avec le taureau » par Philippe Ward


Hilaire Alrune
1er juin 2016






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