YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Morceaux de choix
Alan Carter
Milady, Thriller, traduit de l’anglais (Australie), Policier, 468 pages, avril 2017, 7,90€

L’agent principal Philip Kwong, surnommé Cato en référence au personnage de « La panthère rose », est tombé bien bas. Alors qu’un avenir doré lui était promis dans la police, il a été affecté dans la brigade du bétail suite à une affaire désastreuse où il a agi avec trop de facilité et de laxisme. Désigné comme premier fautif, il en a payé le prix fort.
Aussi, quand son ancien supérieur qui a tout de même connu un coup d’arrêt dans sa carrière l’envoie, faute de mieux, sur une histoire de corps sans tête retrouvé à Hopetoun, ne peut-il s’empêcher de faire du zèle et chercher le coupable de ce crime.
Et les problèmes semblent suivre Cato...



Alan Carter est un auteur né en Angleterre dans le Sunderland et vivant depuis plus de 25 ans en Australie. « Morceaux de choix » est la première enquête mettant en scène Cato Kwong, série comprenant deux autres ouvrages : « Getting Warmer » (2013) et « Bad Seed » (2015) pour l’instant inédits en français. Ce livre a remporté en Australie le Ned Kelly Award du meilleur thriller policier en 2011.

« Morceaux de choix » se déroule en Australie Occidentale, donc pas du tout du côté de Sydney, Melbourne et autre Adélaïde, mais plutôt aux environs de Perth, coin beaucoup moins connu. Des petites villes parsèment la côte et sont distantes de nombreux kilomètres. Le théâtre des opérations s’étire ainsi sur de grandes distances et les gens du cru semblent isolés de tout, abandonnés. Ce n’est pas pour rien que Cato et son collègue et supérieur Jim Buckley sont envoyés assurer une présence suite au corps sans tête repêché de l’océan, le temps d’attendre qu’un vrai enquêteur soit disponible et surtout de faire traîner les choses. Bien sûr, c’est l’occasion pour Cato, l’ancien golden boy de la police, de se rappeler le bon temps et de montrer qu’il en a encore dans le ventre. En plus, il y retrouve Tess MaGuire, une ex, sergent-chef de la police d’Hopetoun, une ville champignon près d’une mine de nickel.
Hélas, la mouise semble poursuivre Cato et la situation dérape quand son collègue est assassiné une nuit. Alors que l’affaire semblait à la base destiné à être enterrée, la mort d’un flic change la donne et la grosse cavalerie débarque sur place, avec à leur tête Mick Hutchens, l’ancien supérieur de Cato.

« Morceaux de choix » n’est pas un roman des plus faciles à suivre. En introduction, il démarre par deux assassinats à Sunderland lors de la finale de la Cup de 1973 gagnée par l’équipe. Un père a tué sa femme et son fils par coups à la tête et électrocution. En charge de ce meurtre horrible, le sergent Stuart Miller n’a pu arrêter le coupable et a choisi de quitter ses fonctions. Maintenant à la retraite, il habite en Australie. Des similitudes entre ce personnage et l’auteur apparaissent bien sûr. Longtemps le lien avec l’affaire principale se dérobe. Ce n’est que petit à petit qu’il se révèle et pas forcément d’une façon claire. De nombreux intervenants noient un peu l’ensemble et ne permettent pas de tout saisir. J’aurais tendance à dire que c’est brouillon par moments et que les affaires enchâssées nuisent à la bonne compréhension du récit.
Toutefois, le propos n’est pas sans justesse, car cela montre la complexité à résoudre un meurtre. D’un côté, il y a un corps à identifier, mission à laquelle s’attache Cato ; d’un autre, l’équipe de Mick Hutchens cherche à trouver qui a bien pu tuer Buckley et puis Stuart Miller renoue avec un passé qui le hante toujours et dont il croit voir la porte de sortie. Plusieurs trames cohabitent, se croisent et la question se pose de savoir si tout est lié. Rien n’est simple, il y a des priorités et le tueur de flic prime sur tout. Il faut trouver le coupable, du moins un coupable et Alan Carter met très bien en scène cet aspect qui n’est pas sans illustrer comment Cato a pu tomber de Charybde en Scylla. Ce dernier se débat dans ce milieu qui l’a rejeté et fait preuve d’abnégation, d’un entêtement qui dérange, car il s’attaque aux puissants du coin qui s’enrichissent grâce à la proximité de la mine.

À ce propos, Alan Carter dénonce l’exploitation des travailleurs immigrés. Des ouvriers chinois sont logés dans des caravanes insalubres en pleine nature, comme si leur simple présence gênait. Ils sont payés le minimum pour un maximum d’activité, rançonnés sans vergogne et la disparition de l’un d’eux n’occasionne aucun rapport. Qui aurait imaginé qu’un policier ayant des origines chinoises très lointaines ferait des mains et des pieds pour faire éclater le scandale ? Personne... ce qui prouve bien la gravité du sujet. Les habitants sont rudes ; le climat, l’isolement les ont forgés de la sorte et Tess n’est reconnue et acceptée que lorsqu’elle commet un acte extrême, leur montrant à tous qu’elle n’obéit pas au système.

Les personnages de « Morceaux de choix » possèdent de l’épaisseur. Cato affiche ses failles, ses doutes et les lecteurs le découvrent en profondeur, ce qui leur permet de le comprendre et de l’accepter tel qu’il est avec ses qualités et défauts. Alan Carter va même plus loin avec Tess, introduisant dans le roman un témoin de son passé qui n’a pas lieu d’être. En effet, revenir sur un épisode douloureux de son passé, d’accord, mais qu’un curieux hasard la torture davantage, c’est trop facile et n’offre aucun intérêt dans le déroulement de l’histoire. Alan Carter oscille ainsi autour d’un juste équilibre tout au long de son premier roman, partant parfois dans tous les sens.
Malgré tout, l’ensemble se révèle intéressant et le lecteur n’éprouve aucun ennui, avide de connaître le fin mot.

« Morceaux de choix » est un roman assez complexe qui souffre de quelques défauts nuisant à sa bonne compréhension par moments, car Alan Carter fait souvent preuve d’une trop grande générosité dans les détails. Pourtant, il séduit dans l’ensemble grâce au dépaysement offert par l’Australie Occidentale, son immensité, ses conditions de vie, ainsi que par des personnages creusés et profondément humains par leur fragilité. De plus, Alan Carter fait preuve d’imagination pour traduire la confusion par laquelle passent les enquêteurs. Rien n’est donné, tout se mérite par des grands efforts. Il est si facile de couper au plus court à fin de résultats. À l’image des protagonistes, les lecteurs se débattent parfois dans le brouillard, mais cela est voulu et finalement salutaire. Et puis, l’auteur dénonce l’exploitation de certains au profit de personnes sans considération pour la vie humaine, ce qui trouve de nombreux échos dans notre vie quotidienne.
« Morceau de choix » est foisonnant, riche en intrigues et péripéties. Il s’agit aussi d’une belle rampe de lancement pour Cato Kwong dont il est à espérer que ses autres aventures soient elles-aussi traduites, car le lecteur se sera pris d’affection pour lui et pour les territoires immenses de l’Australie.


Titre : Morceaux de choix (Prime Cut, 2011)
Série : Une enquête de Cato Kwong
Auteur : Alan Carter
Traduction de l’anglais (Australie) : Jean-Claude Mallé
Couverture : Photographie © Grant Murray / Arcangel Images
Éditeur : Milady (édition originale : Bragelonne, 2016)
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 468
Format (en cm) : 11 x 17,7
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 978-2-8112-1991-8
Prix : 7,90 €


Les thrillers Milady / Bragelonne sur la Yozone :

- « L’Effet domino » par François Baranger
- « Biblical » par Christopher Galt
- « L’Abbaye blanche » par Laurent Malot
- « De mort naturelle » par James Oswald
- « Le Livre des âmes » par James Oswald
- « Seul sur Mars » par Andy Weir
- « Criminal Loft » par Armelle Carbonel

Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
23 mai 2017






JPEG - 41 ko



WebAnalytics