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De Mort naturelle
James Oswald
Milady, Thrillers, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), 564 pages, mars 2016, 8,90€


« Sur la circonférence, en six points équidistants, ces cordes s’entrelaçaient pour former ce qu’il avait pris pour des rosaces mais qui ressemblait plutôt à un inextricable nid des serpents. »

Edinburgh, de nos jours. L’inspecteur Anthony McLean passe par hasard devant une demeure où grouillent ses collègues. Un banquier d’affaires, une huile de la ville, a été égorgé, et sa mort mise en scène de manière hideuse. Charles Duguid, son supérieur hiérarchique et inspecteur en chef, n’apprécie guère l’intrusion de McLean sur la scène du crime. Pourtant, un peu plus tard, Jayne McIntyre, surintendante en chef, chargera McLean d’assister officiellement Duguid. Si celle-ci est juste et ne lui semble pas hostile, McLean comprend que si elle l’a mis le coup, c’est pour servir de fusible au cas où l’enquête n’aboutirait pas.

Mais c’est bientôt le cadet des soucis de McLean. Sa grand-mère, qui l’a élevé depuis la mort de ses parents et est dans le coma depuis plusieurs semaines, meurt. Une autre enquête le tourmente : dans une riche maison, à l’occasion de travaux de rénovation, on découvre dans le sous-sol le cadavre desséché d’une jeune fille torturée, mutilée, avec autour d’elle six niches dans lesquelles on retrouve non seulement six de ses organes, mais aussi six objets. Le corps est difficile à dater : la victime aurait été assassinée une cinquantaine d’année auparavant. Ce mystère hante McLean, qui en aurait presque tendance à délaisser ses autres enquêtes. Pourtant, les cadavres s’accumulent.

« Les pensionnaires des tiroirs ne bavardant pas entre eux, la morgue était toujours silencieuse. »

Il faut bien avouer qu’autour de McLean, les gens tombent comme des mouches. C’est bientôt toute une série d’assassinats aux allures rituelles, mais aussi une série de suicides hideux qui leur semblent liés. Comme si les assassins, les uns après les autres, décidaient d’en finir avec eux-mêmes. Mais aussi comme si des individus ayant été en contact avec ces assassins devenaient des assassins eux-mêmes. Malgré l’opposition permanente de Duguit, McLean fouille, enquête, avance.

« Elle est partie apporter des échantillons au labo. De temps en temps, je la laisse prendre un peu l’air. Quand tu daignes ne pas submerger ma morgue de cadavres. »

Dans cet épais volume de près de six cents pages, on ne s’ennuie pas une seconde. Les petites touches répétées d’humour qui ici et là naissent des dialogues, que ce soit entre McLean et ses collègues ou entre McLean et Cadwallader – le médecin légiste chez lequel, par la force des choses, l’inspecteur est contraint de passer de plus en plus de temps, jusqu’à se demander s’il ne va pas s’installer lui-même à la morgue – sont toujours bienvenues. James Oswald parvient à doser parfaitement tous ses ingrédients, entre horreur des crimes, mystères, enquêtes, et relations de McLean avec ses collègues. En dotant ses personnages de personnalités véritables, Oswald donne à son intrigue une densité et une cohérence notables. En faisant de McLean un personnage porteur d’un passé dramatique, il lui donne un aspect légèrement tourmenté qui le rend attachant, sans jamais sombrer pour autant dans ces personnages de flics à moitié détruits, qui, devenus un rituel du genre, finissent par trop sentir le cliché, la recette, l’artifice.

« Il a une théorie sur l’aura de certaines personnes qui vident de leur énergie tous les trucs électriques. Surtout quand quelqu’un de puissant émet des ondes négatives sur elles.  »

De la recette, de l’artifice : s’il y en a bien un peu – notamment tous ces assassinats répétés et spectaculaires – dans ce roman que l’on jurerait écrit par un auteur chevronné, l’intrigue avance à un tel rythme qu’il est bien difficile de s’y arrêter. D’autant que McLean et ses collègues, entre présent et passé, entre truands contemporains et archontes extrêmement puissants, ont affaire à forte partie. Et que l’intrigue se nourrit constamment de nouveaux volets, vols, disparition, intimidations, assassinat d’une des collègues de McLean, qui sont à l’évidence liés. Mais si la science et la criminalistique sont d’un apport considérable pour l’inspecteur et son équipe, rien ne remplace le flair, les intuitions, les pressentiments. Même, et surtout, si ceux-ci semblent mener vers des conclusions effarantes.

Nous n’en dirons pas plus pour n’en pas trop révéler au lecteur. Si « De mort naturelle » séduit, et si ses près de six cents pages s’avalent sans jamais lasser, c’est en raison d’un très juste dosage entre tous les éléments évoqués ci-dessus. Une belle réussite pour un premier roman, et, espérons-le, un succès suffisant pour que cette première traduction soit suivie par celle des cinq autres volumes, « The Book of souls », « The Hangman’s song  », « Dead men’s bones  », « Prayer for the dead » et « The Damage done », déjà publiés de l’autre côté de la Manche.


Titre : De mort naturelle (Natural Causes, 2012)
Auteur : James Oswald
Traduction de l’anglais : Jean-Claude Mallé
Couverture : Wojciech Zwoloniski / Archange
Éditeur : Milady
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 564
Format (en cm) :11 x 17,7
Dépôt légal : mars 2016
ISBN : 9782811216870
Prix : 8,90 €



Hilaire Alrune
1er avril 2016






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