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Noir est ma Couleur (Le), tome 5 : Le Piège
Olivier Gay
Rageot, roman (France), fantastique, 280 pages, mai 2015, 11,90€

Bon... les choses s’étaient finies brutalement dans « L’Évasion », laissant Alexandre en mauvaise posture sous les yeux de Manon (chut, je ne dis rien !). Captifs des Mages Noirs, n’ayons pas peur des mots, ils vont en apprendre plus sur les origines de leurs mésaventures : Fabrice n’est pas « mort », il s’est volontairement sacrifié pour "parasiter Manon. c’est lui, cette Ombre en elle, capable de prendre possession de son corps, comme il le montre pour communiquer avec Michel, le chef des Noirs.
Nouant une alliance de circonstance avec les ados du village souterrain, Arthur, Lise et Théo, tous experts dans une seule Couleur, à un point effrayant. Après avoir retardé leurs poursuivants, et malgré quelques réticences, Manon décide de conserver le groupe uni pour rejoindre Rome, là où l’appelle sa vision.



Peut-on parler d’apothéose ? Je ne sais pas. Parce qu’il ne faut pas voir « Le Noir est ma Couleur » comme 5 épisodes d’un feuilleton, mais comme un tout cohérent et indissociable. La temporalité de l’histoire est très ramassée, comme Manon en prend conscience : tout se déroule sur deux semaines ! Deux semaines très riches en découvertes, aventures, rebondissements et souffrances.
Ce cinquième tome n’est pas une conclusion, celle-ci n’occupe que les 50 dernières pages. Il reste encore beaucoup d’aventures à vivre !

Alexandre et Manon ne sont plus seuls. Mais leurs alliés du moment ne sont guère réjouissants. Lise, avec sa maitrise du Violet, a joué un sale tour aux amoureux. Théo, avec son apparence terrifiante, sa puissance dans l’Orange et l’absence de retenue dont il fait preuve dans son utilisation, est un véritable psychopathe. Découvrir l’identité de son père en dira long sur l’un et l’autre. Arthur semble le seul à peu près digne de confiance, et l’attention que lui porte Manon, en mettant ses talents à profit, renforce cette impression.

Les aventures à Rome viendront contredire beaucoup de certitudes. Nos deux héros, en quête des secrets des Mages Noirs, font se retrouver avec beaucoup d’adversaires aux trousses. Leur seule faiblesse est de sous-estimer Alexandre, que son implication rend moins sensible au Violet, mais qui est surtout bien plus imprévisible qu’ils ne s’y attendent. Le jeu est à armes inégales ? Alexandre n’hésite pas à bouleverser les règles, espérant profiter du bazar pour s’en sortir avec Manon.

De son côté, la jeune mage, très traumatisée par sa possession, sait maintenant quel nom mettre sur ce qui est en elle. Et cela décuple sa colère, la clé pour refouler Fabrice loin, très loin, et lui laisser le temps de découvrir ce qui se cache dans les ruines de la lande. Et du coup, on s’interroge sur le titre : qui piège qui, finalement ?

Olivier Gay nous a concocté une réponse à la mesure de son aventure. Une petite vision de l’Antiquité nous révèle le pourquoi et le comment de l’apparition des Mages Noirs (je ne dirais rien), fort bien trouvé, parfaitement inséré dans le contexte historique.

Sur la forme, malgré la grande tension qui habite ce volume, l’auteur n’abdique pas la légèreté et l’humour, avec un Alexandre toujours prêt à dédramatiser la situation avec des références très parlantes ou un sens de la répartie ravageur. Les meilleurs moments étant ceux où il prend conscience de combien il a déteint sur Manon, et vice-versa.
Olivier Gay exploite toujours parfaitement ses deux choix d’écriture, passé/présent, même si le vocabulaire, justement du fait de cette influence précédemment citée, commence à se mélanger. A la surprise des principaux intéressés, comme page 210, où Alexandre note : « Manon qui me dit on s’en fout, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche. En même temps, moi qui parle de jour à marquer d’une pierre blanche, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche. »

On appréciera l’épilogue qui, après une fin un peu brutale et une citation de la chanson de « La Reine des Neiges » (vous savez, celle qui reste bien dans la tête...), nous permet d’entrevoir un happy end relatif. Manon n’a pas renversé le système, et un certain statu quo demeure, mais après deux semaines de danger et de cavale, c’est enfin le calme et la paix retrouvée pour Manon et Alexandre.

Particulièrement bien écrit, haletant de bout en bout, mêlant parfaitement aventures fantastiques et préoccupations adolescentes très réalistes, « Le Noir est ma Couleur » est un cycle à dévorer à tout âge. Olivier Gay a aussi bien su ficeler son intrigue que tisser le caractère de ses personnages, principaux comme secondaires, pour que chacun sonne juste, aussi retors soit-il, et c’est un grand plaisir de voir ces deux jeunes qu’initialement tout oppose se rapprocher, du fait des événements comme de leurs sentiments.
Une vraie réussite.


Titre : Le Piège
Série : Le Noir est ma Couleur, tome 5/5
Auteur : Olivier Gay
Couverture : Stéphanie Hans
Éditeur : Rageot
Collection : hors collection
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 280
Format (en cm) : 21 x 14,5 x 2,5
Dépôt légal : février 2016
ISBN : 9782700250909
Prix : 11,90 €


Le Noir est ma Couleur :
- tome 1 : « Le Pari »
- tome 2 : « La Menace »
- tome 3 : « La Riposte »
- tome 4 : « L’Évasion »
- tome 5 : « Le Piège »


Nicolas Soffray
8 avril 2016






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