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Julian
Robert Charles Wilson
Gallimard, Folio SF, roman traduit de l’anglais (Canada), science-fiction, 770 pages, août 2014, 10,90€

Le père de Julian Comstock a été pendu pour trahison, fausse excuse pour débarrasser l’actuel président des États-Unis de son frère très populaire. Julian sait qu’il vit avec une épée de Damoclès sur la tête. Lorsque son oncle voudra effacer cette menace potentielle, il ne s’en privera pas, d’autant qu’il est supposé fou.
Pour faire profil bas, Julian vit loin de la capitale, mais en cette veillée de Noël, il semblerait que son destin le rattrape. Heureusement, il peut compter sur Adam Hazzard, son ami fidèle alors qu’il est de condition modeste, et sur Sam Godwin, un compagnon d’armes de son père.



Dans l’édition Denoël Lunes d’encre de « Mysterium » apparaissait la nouvelle “Julian : un conte de Noël”. L’ayant lue dans ce recueil, je n’en ai pas saisi la finalité et, avant ouverture du présent roman, dans un coin de mon esprit demeurait cette impression négative. Comme « Julian » dépasse les 750 pages, ce n’est pas sans une certaine crainte que je m’y suis plongé, d’autant que l’auteur s’éloigne ici de ce qu’il nous a habitués à écrire.
Inquiétude bien vite balayée !

Le récit se déroule dans une société dépourvue de pétrole. Le XXIIe siècle décrit ressemble davantage au XIXe qu’au futur que l’on attend avec vaisseaux spatiaux et autres inventions traduisant le progrès. Intelligemment, Wilson a choisi d’exposer un avenir proche d’une civilisation post-cataclysmique, mais où la seule catastrophe est due au tarissement du pétrole. Les pays, les industries... tout a vacillé sur ces fondations instables, trop dépendantes de cette seule ressource. L’Amérique nous rappelle celle des westerns, loin de la technologie actuellement toute-puissante. Le contraste s’avère saisissant et installe « Julian » sur des bases solides et intrigantes.
Un certain obscurantisme découle aussi de cette situation avec la toute-puissante Église du Dominion, omniprésente dans l’exercice du pouvoir et dans la réglementation de la vie de tous les jours. Julian déteste la mainmise qu’elle exerce sur les connaissances du passé, gardant précieusement ce savoir interdit à l’abri des regards pour mieux asseoir sa domination.
Julian représente une épine dans le pied de son oncle qui va saisir le prétexte de la guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes pour l’y envoyer. C’est le début de l’ascension fulgurante de Julian qui va gagner les sobriquets de Conquérant, avant celui d’Agnostique.

Robert Charles Wilson s’abreuve de l’Histoire pour alimenter son propre futur. « Julian » prend ses racines dans le passé, mais déformé par la chute d’une civilisation, les ruines des grandes villes sont là pour en attester. La fuite à bord d’un train à vapeur, les combats au Labrador... nous rappellent des jours révolus, mais qui, par la force des choses, sont redevenus d’actualité.
Le contexte est fascinant et très bien dressé, participant activement à l’intérêt de « Julian ».

Intelligemment, les aventures de Julian nous sont présentées par Adam Hazzard qui l’a suivi durant ces trois années et a choisi de les partager avec un livre. Il est amusant de constater qu’il fait ses premières gammes dans l’écriture lors du conflit armé dans des circonstances savoureuses et qui vont forger la réputation de Julian Comstock, sans que les principaux intéressés ne s’en rendent alors compte.
Les personnages sont particulièrement bien campés, chacun participe à sa manière à la légende de Julian, a contribué à faire de lui ce qu’il est appelé à devenir.
L’ensemble est mené de main de maître par Robert Charles Wilson qui dresse un portrait saisissant d’une Amérique qui a perdu de sa superbe, victime comme le reste du monde de son mépris pour l’environnement et de son déni sur les conséquences écologiques de sa politique.

« Julian » ne se résume de loin pas à un contexte géopolitique chamboulé et à des personnages fouillés, l’action est omniprésente, notamment lors de la campagne du Labrador, mais il y a également de l’émotion. Les 750 pages qui effrayaient au départ se sont transformées en qualité, car ce roman est difficile, voire quasi impossible à reposer avant d’en connaître le fin mot.
Le résultat se révèle aussi passionnant que fascinant. Et pour ma part, j’avoue que rapidement emporté par le récit, j’ai regardé « Julian » d’un autre œil. Il peut largement être classé parmi les meilleurs Wilson, pour ne pas dire au sommet, car il laisse une impression persistante d’attachement. En effet, ce roman ne s’oublie pas, contrairement à la nouvelle qui lui a donné naissance. Robert Charles Wilson a su donner à cette dernière une suite qui a bonifié le matériel de départ pour le transformer en un tout grandiose.

Robert Charles Wilson ne déçoit jamais, même dans ces romans les moins marquants. Parfois, il atteint l’excellence, catégorie à laquelle appartient « Julian ».
Une des plumes les plus talentueuses de la science-fiction et un auteur sur lequel il ne faut décidément jamais faire l’impasse !


Titre : Julian (Julian Comstock : A Story of 22nd-Century America, 2009)
Auteur : Robert Charles Wilson
Traduction de l’anglais (Canada) : Gilles Goullet
Couverture : Aurélien Police
Éditeur : Gallimard (1ère édition française : Denoël Lunes d’encre, 2011)
Collection : Folio SF
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 770
Format (en cm) : 10,9 x 17,8
Dépôt légal : août 2014
ISBN : 9782070459285
Prix : 10,90 €


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François Schnebelen
23 octobre 2015






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