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Virus 57
Christophe Lambert et Sam VanSteen
Syros, Soon, thriller (France-USA), 376 pages, juin 2014, 16,90€

Les États-Unis, des nos jours. Lors d’une partie de pêche au large, un adolescent s’effondre en vomissant du sang. Lorsque l’hélicoptère de secours, appelés au téléphone par sa famille, arrive au-dessus du bateau, tous sont morts, tous avec les mêmes signes. Le Center Disease Control d’Atlanta, spécialisé dans les maladies infectieuses, est formel : il s’agit d’un nouveau virus, foudroyant et inconnu à ce jour. Puis, ailleurs aux États-Unis, un adolescent est frappé du même mal. Les investigations montrent qu’ils sont cinquante-sept, sur tout le territoire, à être potentiellement infectés. S’engage alors une course contre la montre : les rattraper avant que leur virus ne s’active, qu’ils tombent malades et qu’ils contaminent leur entourage, et peut-être le pays entier.



L’idée de base n’était pas mauvaise, et le roman aurait pu être intéressant s’il ne souffrait pas de défauts sur lesquels même les jeunes lecteurs devraient achopper. À commencer par l’expert du Center for Disesase Control qui tire des conclusions fracassantes à partir d’un simple point commun, sans chercher le moins du monde à confirmer une simple hypothèse qui dans le monde réel ne l’autoriserait jamais à prendre des décisions d’une telle envergure. Raccourci romanesque, simplification, soit : on peut comprendre. Mais si l’on cherche à faire au plus court, pourquoi donc multiplier, encore et sans cesse, les scènes d’exposition à la manière des feuilletons-télé ou des longs métrages, scènes d’exposition qui occupent pratiquement les cent premières pages ? De surcroît, répéter à plusieurs reprises les mêmes scènes n’a strictement aucun intérêt. Des équipes d’intervention vêtues de tenues de protection biologique qui se précipitent sur des enfants vaquant à leurs occupations quotidiennes, une fois ça, va, deux fois on a compris. Et même les lecteurs les plus jeunes et les plus attardés ne manqueront pas de se dire que le téléphone existe – chose que les auteurs semblent avoir totalement oubliée – et qu’il serait dans un premier temps infiniment plus rapide et plus efficace, pour protéger les classes de ces charmants bambins, de téléphoner à leurs parents pour leur dire de garder les enfants à domicile, plutôt que de propulser les équipes du CDC aux quatre coins d’un pays où les distances n’ont rien de négligeable. Mais on l’a déjà compris : seul l’impact visuel compte, et nous sommes plus dans un film raconté que dans un roman écrit.

Plus un film qu’un livre, donc, et pas question de tirer parti des possibilités qu’offre l’écriture. Fort malheureusement, car ce roman, sorti en juin, a été promu à l’aide d’un large bandeau jaune le proclamant « thriller scientifique de l’été », publicité parfaitement mensongère (si l’on nous permet le pléonasme), car, côté scientifique, c’est tout bonnement le néant absolu. Certes, les auteurs ont compris qu’en cas d’alerte microbiologique le célèbre Center for Disease Control d’Atlanta serait en première ligne, mais, à part mettre en scène l’un de leurs scientifiques, rien. Car, que trouve-t-on de didactique dans ces près de quatre cents pages ? Qu’y apprennent donc les jeunes lecteurs ? Que les virus existent et qu’ils représentent peut-être un danger plus grave que le trou dans la couche d’ozone. Rien qu’ils ne savaient déjà – et d’ailleurs le roman, au lieu de continuer à éluder, se termine sur une impasse totale, hélas affichée, sur le sujet (et ceci même si le lecteur repense à l’animal du premier chapitre). Et tout ce que les jeunes lecteurs trouveront en guise d’enseignement dans ce volume, c’est, encore une fois, l’inévitable discours bien-pensant et passablement tarte-à-la-crème de tolérance envers l’homosexualité.

Occasion incompréhensiblement ratée, donc, de joindre l’utile à l’agréable, car « Virus 57 » tient le rythme revendiqué, celui de la série-culte-comme-le-sont-toutes-les-séries ou du bon téléfilm. Mais ne va hélas, on l’aura compris, pas plus loin. Car si les auteurs ont choisi l’Amérique du nord, dont ils ne cherchent pas à tirer un autre parti que celui des clichés, c’est manifestement dans le but de ressembler, une fois encore, à un simple support télévisuel.

Que les auteurs de « Virus 57 » aient recours aux stéréotypes – le hacker, le conspirationniste, les dealers, les hobos, le flic véreux, etc. – et nourrissent leur intrigue, un peu artificiellement, avec les méchants à la mode, à savoir la mafia russe, on ne saurait le leur reprocher, puisque l’ “effet thriller” finit par fonctionner. Et les détails jetés ici et là – un peu de réseaux sociaux, un peu de répliques “cultes”, tout ça pour faire djeun, finissent par donner corps aux personnages et à l’intrigue. Conçu pour être lu dès treize ans, avec beaucoup d’action, et, pour finir, une pointe d’émotion, « Virus 57 » contentera assurément les ados – voire les adultes – qui n’ont pas encore dépassé le stade des séries télé. Les pré-adolescents ou adolescents plus éveillés n’y trouveront sans doute pas leur compte, à moins de ne le considérer que comme un ouvrage de simple distraction.


Titre : Virus 57
Auteurs : Christophe Lambert et San VanSteen
Couverture : Shutterstock / Inga Marchuk / Kochneva Tetyana
Éditeur : Syros
Collection : Soon
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 19
Pages : 376
Format (en cm) : 14 x 21 x 2,4
Dépôt légal : juin 2014
ISBN : 9782748514650
Prix : 16,90 €



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Hilaire Alrune
2 novembre 2014






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