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Zombie not dead
L’armée des morts : Le revival du film de morts vivants


QUAND IL N’Y A PLUS DE PLACE EN ENFER, LES MORTS REVIENNENT SUR TERRE

Après une période dominée par les vampires, on assiste à un revival du cinéma de morts-vivants, initié en l’an 2000 par le décrié mais plutôt réussi « Resident Evil » de Paul Anderson (inspiré de l’univers survival horror d’un best-sellers du jeu vidéo) puis poursuivi l’an dernier par le surprenant et efficace « 28 jours plus tard » de Danny Boyle. Alors que « Undead », comédie gore australienne sans le sou, se paie une sortie en salle et que « The House of the Dead », autre jeu vidéo, devrait suivre prochainement, on attend avec impatience le remake de « Zombie », chef d’œuvre du genre, qui investira les salles obscures sous le titre « L’armée des morts » à la fin du mois de juin.

AUX ORIGINES DU MYTHE

Un texte d’Athënagoras, « La Résurrection des Morts », datant du 2ème siècle. Bien évidemment, si les écrits controversés d’Athënagoras s’inspirent du phénomène de la résurrection explicité dans la bible, il s’en empare pour illustrer sa vision du jugement dernier. En effet, dans son ouvrage, ce sont des corps en putréfaction qui reviennent à la vie et envahissent les villes pour se nourrir de chair humaine. Alors que l’on pourrait interpréter le cannibalisme des revenants comme une façon de régénérer leurs corps délabrés, Athënagoras explique que les « zombies » font désormais partie intégrante de la nature (l’œuvre de Dieu) alors que l’homme, créature possédant une âme en proie à la dépravation, s’en est depuis longtemps écarté. Du coup, les morts-vivants ne s’emploient pas à dévorer leurs congénères mais à éradiquer une espèce qui tend à s’émanciper des lois de la création. Si, dans cette version « traditionnelle », les morts-vivants sont en piteux état et se traînent lamentablement, le danger vient de leur nombre et de la facilité à transformer un humain en zombie par simple morsure. A noter également que si aucune explication autre que spirituelle n’est donnée au concept de mort-vivant, le terme zombie, souvent employé comme un synonyme, désigne des créatures ramenées à la vie par la main de l’homme (« Frankenstein », « Resident Evil » ou encore « 28 jours plus tard »), d’où la traduction incorrecte chez nous de « Dawn of the Dead » en « Zombie ».

LES MORTS-VIVANTS AU CINEMA

C’est en 1968 que débute la saga cinématographique des créatures d’outre-tombe avec « La nuit des morts-vivants », un film en noir et blanc produit avec un budget dérisoire par un jeune publicitaire du nom de George Andrew Romero. Né le 4 février 1940 à New York, diplômé de l’université de Carnegie Mellon en Pennsylvanie, Romero débute sa carrière de cinéaste par des films publicitaires avant de monter, avec quelques copains, sa propre maison de production (Image Ten Productions). Résultat, « Night of the Living Dead”, un film qui derrière ses aspects de film d’horreur s’affirme comme une critique acerbe de la société américaine. Le personnage principal est noir et, de plus, le film se fait l’écho des mouvements contestataires des années 60, comme ceux engendrés par la guerre du Vietnam, de la politique des B52s et de « l’agent orange ». Alors que la décennie a débuté dans la violence et le sang - l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le mouvement pour l’émancipation des noirs et la lutte contre le Ku Klux Klan (« La main droite du Diable » de Costa Gavras), la politique de ségrégation dans les états du sud (« Mississipi Burning » de Alan Parker) - elle se transforme peu à peu en véritable révolution technologique avec l’aboutissement des programmes spatiaux (Gemini, Apollo), l’émergence de l’informatique, les débuts de la télématique, l’apparition de la miniaturisation, provoquant un énorme décalage entre réalité sociale et possibilités techniques. En tout cas, avec sa nuit des morts-vivants, Romero prend tous les risques pour plonger dans cette plaie béante et, par la même, entrer dans la légende.

UN CINEASTE ENGAGE

Toujours en prise avec son époque, Romero récidive dix plus tard avec « Dawn of the Dead ». Cette fois, ce n’est pas tant le contenu sanguinolent qui choque l’opinion mais de voir des hordes de zombies se presser devant les portes d’un supermarché. Car c’est bien en premier lieu la société de consommation que cible ce deuxième opus (sans oublier de décocher des piques acérées sur d’autres aspects de la société américaine), les morts-vivants « incarnant » des exclus violemment rejetés de la micro-société bricolée par quelques survivants retranchés à l’intérieur d’un gigantesque centre commercial, la censure pouvant alors avoir une interprétation très stricte du scénario. Autre sujet sensible, la descente de police musclée dans un quartier d’immigrés. Particulièrement violente, cette plongée au cœur de l’action dans laquelle un policier, ivre de sang, est abattu par ses collègues, permet à George Romero d’introduire des références au vaudou - un élément qui sera réutilisé dans d’autres films du genre - et de mêler, en une séquence d’anthologie, guérilla urbaine, fractures culturelles et sociales, racisme, folie et fantastique. Car en ces lieux marginalisés, comme l’indique un curé unijambiste à deux policiers durant un moment d’accalmie, « Les vivants vivent parmi les morts » et les habitants conservent les dépouilles de leurs défunts dans les caves des immeubles. Mais, c’est déjà trop tard. Les morts se relèvent et entraînent les vivants, sans distinction, dans un maelström crépusculaire habité de scènes dignes de « L’Enfer de Dante ». D’ailleurs, durant la fuite des protagonistes en hélicoptères, on assiste au ralliement des milices et des civils en arme avec les forces officielles submergées par le phénomène. Sur ce point, il faut savoir que les milices n’ont pas la même signification aux Etats Unis qu’en Europe. L’Amérique étant née d’une insurrection contre la couronne d’Angleterre, les insurgés ont constitué des milices pour combattre les « red coats » (« Révolution », « Patriot »). Ici, Romero y fait référence sans illusion tout en marquant ses distances vis à vis d’un gouvernement qui a déclenché la guerre au Vietnam (« Apocalypse Now »), pour ne faire que la démonstration de sa vulnérabilité et relancer, par la même, l’opposition des deux blocs, la guerre froide (« 13 jours ») et la menace de la guerre nucléaire totale. Outre ces considérations géopolitiques, auxquelles on pourrait ajouter le choc pétrolier de 1973 et l’affaire du watergate dans les faits marquants qui ébranlèrent les USA tout au long des années 70, on retrouve « Zombie » un thème récurrent chez le réalisateur, à savoir que ses protagonistes essaient de s’en sortir par eux-même, sans s’appuyer sur des considérations religieuses ou philosophiques. A noter, également, que L’Aube Des Morts (traduction littérale du titre original) est la seconde collaboration de George Romero avec Tom Savini, déjà responsable en 1977 des effets spéciaux sur « Martin ».

UN, DEUX ET TROIS

En 1985, George Romero remet à nouveau le couvert avec « Le Jour des Morts-Vivants ». Cette fois, les zombies se sont emparés de la planète et un groupe de scientifiques, encadré par des militaires, tentent de survivre planqués dans un silo à missiles, en cherchant une solution pour endiguer l’épidémie. Mais, rapidement, la tension monte entre médecins et soldats. Alors que les recherches du Dr Frankenstein de l’équipe ne donnent rien et que la liste des décès s’allonge, le capitaine Rhodes commence à péter les plombs.
Pour le troisième volet de sa trilogie, Romero accouche d’un film où l’union sacrée des survivants vole en éclat. Gore du début à la fin, ce film au scénario particulièrement sombre et désespéré montre la face obscure de l’auteur. Si déjà les précédents opus ne laissaient pas de répit et peu d’espoir aux spectateurs, là, c’est pire, les personnages aux schémas de pensée trop stricts et ceux qui basculent dans la folie mettent définitivement le groupe en péril. Âmes sensibles s’abstenir.

EN MARGE DE LA TRILOGIE

Si, « La Nuit .... » et surtout « Zombie » ont définitivement lancé la carrière des morts-vivants au cinéma, les années qui suivent voient poindre différents produits dérivés plus ou moins convaincants. Parmi les bonnes surprises, le remake de « La nuit des Morts-Vivants » réalisé en 1990 par Tom Savini. Dans cette nouvelle version, qui reprend les ingrédients des deux premiers films, le personnage principal est une enseignante et le second rôle un homme de couleur. On retrouve également la mauvaise entente entre les survivants (en plus poussée) et la présence de milices. Si on est loin de la cohésion d’un groupe bien discipliné à la sauce hollywoodienne luttant pour la survie dans un monde en pleine déliquescence, on suit avec intérêt l’évolution de Barbara (Patricia Tallman, Lyta Alexander dans « Babylon 5 ») qui, face aux évènements, se métamorphose peu à peu en une véritable guerrière. A noter également, l’allusion au film de 1978 quand les rescapés sont survolés par un hélicoptère. Si Tom Savini, qui avait réalisé les effets spéciaux bluffant de « Zombie », profite de son expérience pour mettre en avant les ambiguïtés psychologiques des protagonistes et parfaire l’armée des morts, son film est cependant plus pauvre sur le plan thématique que ceux dont il s’inspire.

ZOMBIES : MORTS-VIVANTS DU 3ème MILLENAIRE ?

Alors que les questions religieuses sont au cœur des conflits qui dévastent la planète, c’est pourtant sous la forme de zombies que les morts-vivants ont entamé un retour remarqué (« Resident Evil », « 28 jours plus tard ») en ce début de millénaire. SIDA, manipulations génétiques, armes bactériologiques, il faut reconnaître que maladies virales et perversions scientifiques stigmatisent l’opinion publique depuis quelques années. Maître incontesté du genre, George A. Romero avait été pressenti, dans un premier temps, pour mettre en image l’adaptation de « Resident Evil », dont la thématique, combattre pour survivre, a toujours été au centre de sa trilogie. Finalement, divergences artistiques aidant, c’est Paul Anderson (« Mortal Kombat », « Soldier », « Even Horizon ») qui hérite du projet. Ici, comme dans le jeu, point de morts-vivants mais des hordes de zombies contaminés par un virus d’un laboratoire de Umbrella, une multinationale tentaculaire à laquelle l’armée américaine soustraite le développement de ses projets sensibles. Si, le film, trop lisse, pas assez polémique et insuffisamment gore, n’a pas convaincu les inconditionnels de Romero, il offre deux rôles de combattantes de l’impossible à Milla Jojovich et Michelle Rodriguez, tout en persuadant les décideurs d’Hollywood de la popularité et de viabilité financière du cinéma de morts-vivants.
Puis, un peu à la surprise générale, c’est au tour de Danny Boyle (« Petits meurtres entre amis », « Trainspotting », « Une vie moins ordinaire » ou encore « La plage ») de relancer la zombie-mania avec « 28 jours plus tard ». Bien que ce petit film anglais tourné en DV ne soit pas révolutionnaire (le script de Alex Garland recyclant allègrement les moments forts de la trilogie de Romero), la bande, inspirée de la crise de la vache folle et de la catastrophique fièvre aphteuse qui s’est abattue en 2001 sur la Grande Bretagne, fait preuve d’une énergie primaire qui convient parfaitement au sujet et transcende le concept du zombie en lui offrant mobilité et rapidité. Dommage, tout de même, que le film soit souvent desservi par les dialogues.

L’ARMEE DES MORTS : ZOMBIE LE REMAKE

Bien évidemment, on pourrait s’interroger sur l’intérêt de pondre un remake d’un des chefs d’œuvres de l’horreur, si la récente et efficace revisite de « Massacre à la tronçonneuse » de Marcus Nispel n’avait déjà réconcilié les plus récalcitrants avec ce genre d’entreprise. A nouveau, c’est un jeune réalisateur de publicité qui est mis à contribution pour mettre en image cette nouvelle version. « Une armée des morts » qui devrait contenir son lot de surprises puisque Zack Snyder, loin de vouloir reproduire le film original, choisit de mettre de côté l’aspect revendication sociale tout en offrant à ses zombies des capacités hors normes pour les transformer, comme dans « 28 jours plus tard » et « The House of the Dead », en de véritables machines à tuer. Conçu, si on en croit Eric Newman, producteur et instigateur de ce projet, comme un monument de gore ultime, on espère que la censure n’aura pas trop dénaturé la bête avant qu’elle n’arrive dans nos assiettes. Réponse, le 30 juin prochain.

GBR et le YO-Master


Bruno Paul
22 mai 2004






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