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Haut-Royaume - Les Sept Cités, tome 1 : Le Joyau des Valoris
Pierre Pevel
Bragelonne, Fantasy, roman (France), 225 pages, mai 2016, 17,90€

Iryän, avec ses yeux de drac, et Svern le Skande sont deux voleurs de la grande cité de Samarande, qui viennent de dérober avec un rien d’esbroufe le diadème de la famille Valoris. Tandis qu’ils se font oublier dans le ghetto de Béjora, une équipe d’aigrefins fait un fric-frac chez un bijoutier. En plus des rubis qu’ils pensaient dérober, ils tombent sur une bourse de diamants et... un spectre d’Obscure, guerrier spectral terrifiant. Le casse tourne mal, la bande se débine tandis que les gamelles de la milice de nuit rappliquent. A la planque, l’ambiance vire à l’aigre, et on cherche la taupe qui a tout fait foirer. Les choses dégénèrent.
Du côté de la guilde locale, les Anciens, on commence à suspecter le petit personnel d’avoir voulu s’en mettre plein les poches en jouant sur deux tableaux.
Et quand la garde déboule à la planque d’Iryän et Svern, les deux voleurs réalisent qu’on les a lâchés...
En fait, c’est beaucoup plus compliqué.



Pierre Pevel aime teinter sa fantasy d’Histoire (La guerre de Trente ans de « Wielstadt », le XVIIe avec « Les Lames du Cardinal » et la Belle Époque pour « Le Paris des Merveilles »). Si « Haut-Royaume » s’avérait un virage pur fantasy, la trilogie spin-off « Les Sept Cités » a des influences très nettes du côté du roman noir.
Signalons immédiatement que ne pas connaître le cycle original n’est en rien pénalisant, l’univers s’appréhende facilement et les références à l’Histoire, la politique ou Lorn sont très secondaires et ne jouent pas dans l’intrigue.

Guy Ritchie, sors de ce corps !

Euh, non, en fait, reste, ça dépote !

Si l’on excepte quelques menus détails purement fantasy (les dracs, l’Obscure, ce genre de broutilles qui passent inaperçues), « Le Joyau des Valoris » est une pure histoire de casse, avec cette patte des cinéastes anglo-saxons comme Guy Ritchie ou Matthew Vaughn, pour n’en citer que deux contemporains.
A l’image de « Layer Cake », « Arnaques, crimes et botanique » et « Snatch », « Le Joyau des Valoris » est, sans jeu de mots, un bijou d’imbroglios. Tout le monde avait un plan parfait, tout devait se dérouler sans accroc... et bien évidemment, le fait que plusieurs joueurs disputent la même partie, pas forcément pour les mêmes raisons, fait tout voler en éclats.

Pierre Pevel prend comme toujours un malin plaisir à plonger son héros, Iryän, dans le pire des cas de figure : le voilà chargé de retrouver les diamants et les coupables. Mais les gemmes attisent les convoitises, car ses employeurs, et leurs moyens de pression sur sa personne, commencent à se multiplier... Tout comme les dangers qui lui collent aux basques, entre un prévôt zélé, des dracs sans pitié et un spectre d’Obscure...
Il ne s’agit pas de jouer au plus fin... il s’agit aussi de sauver sa peau.

“On a les pieds dans la merde et le niveau monte.”

C’est mené tambour battant. Le texte, pourtant d’une grande noirceur et largement saupoudré de violence, est proprement jubilatoire, tant on est persuadé qu’Iryän et Svern vont finir par tirer leur épingle d’un jeu plus dangereux d’heure en heure. Lorsqu’on leur adjoint un chaperon, ils prennent un plaisir aussi évident que l’auteur à le faire tourner en bourrique. Certaines techniques d’interrogatoire (avec des petits chats) tireront de grands sourires. Si l’auteur a montré jusqu’à quels tréfonds de noirceur il était capable de descendre avec « Haut-Royaume », l’humour, noir aussi, est sa seconde nature, les quelques pointes dont il use sont aussi mémorables que les (nombreux) moments de suspense, que la violence ne soit que dans les mots ou qu’elle s’étende aux gestes (et que certains terminent étendus définitivement)

La plume de l’auteur n’a plus à faire ses preuves, et on est happé dès les premières pages, et les premiers ennuis. Les 230 pages défilent sans qu’on veuille s’arrêter, pas plus qu’on oserait quitter des yeux un bon polar sur un écran. Certains pourraient trouver cela un peu mince (surtout en regard du prix, le même que la réédition du Paris des Merveilles, qui accusait 150 pages de plus), mais « Le Joyau des Valoris » est très équilibré : très dense et fouillé, voire emberlificoté, il ne s’éternise pas au risque de nous perdre dans les strates de complots, de prête-noms et de luttes d’influences.

Suivent « Le Serment du Skande » et « La Basilique d’Ombre », que je vais me retenir de dévorer comme un affamé. Mais bon, quand c’est bon (et beau, merci encore à Xavier Collette, qui remplie), pourquoi se priver ?


Titre : Le Joyau des Valoris
Série : Haut-Royaume - Les Sept Cités, tome 1/3
Auteur : Pierre Pevel
Couverture : Xavier Collette
Éditeur : Bragelonne
Collection : fantasy
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages :
Format (en cm) :
Dépôt légal :
ISBN :
Prix : 17,90 €


Le Joyau des Valoris
Le Serment du Skande
La Basilique d’Ombre


Nicolas Soffray
20 mai 2016






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