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Terreur dans la nuit
Dashiell Hammett
Fleuve, Outre Fleuve, traduit de l’anglais (Etats-Unis et Grande-Bretagne), fantastique, 214 pages, mars 2016, 16,90 €

« Terreur dans la nuit », c’est une anthologie composée par le grand auteur Dashiell Hammett dans les années trente, un auteur qui n’hésitait pas à aller chercher ici et là, dans son pays comme dans d’autres, dans la genre de littérature qu’il écrivait comme dans d’autres, des textes éclectiques, marquants, dans lesquels, écrit-il « les choses qui ne peuvent arriver sont devenues les choses qui ne devraient pas arriver. » Dans son intéressante introduction, Nathalie Beunat explique que cette anthologie, qui comprenait à l’origine vingt nouvelles, a connu en langue anglaise toute une série de rééditions, parfois avec un choix restreint à dix textes, ce qui est aussi le cas de cette première édition française.



La première nouvelle de ce volume, les “Pensées botaniques” de John Collier, pourra sans doute paraître aussi comme la nouvelle la plus « datée ». Un récit fantaisiste et sinistre, à l’atmosphère pesante et noire, qui ouvre le bal sur une vingtaine de pages avant un excellent texte, “La Maison” d’André Maurois .Une nouvelle française, qui plus est écrite par un académicien, dans une anthologie américaine, voilà qui n’est pas banal. Mais elle méritait amplement cet honneur : en trois pages à peine, cette histoire de fantôme inattendue et toute en finesse suffit à convaincre.

Un texte classique avec “L’Araignée” de Hanns Heinz Ewers, visage atypique de la séductrice que les amateurs de fantastique connaissent pour l’avoir déjà rencontré dans le recueil éponyme publié chez Marabout, dans l’anthologie Planète « Les chefs-d’œuvre de l’épouvante » et dans l’ « Anthologie du fantastique » de Roger Caillois. Classique encore avec “La Musique d’Erich Zann” de H.P. Lovecraft, qui a également fait l’objet de nombreuses éditions en langue française (citons par exemple les recueils « Je suis d’ailleurs » et « L’Abomination de Dunwich », eux-mêmes plusieurs fois réédités, ainsi que les anthologies Planète également.) Une des plus célèbres nouvelles du maître de Providence qui n’a pas vieilli d’un pouce.

“Mise à mort”, de Peter Fleming, appartient également au genre fantastique. Récit de loup-garou dont les lecteurs habitués au format court devineront sans trop de peine la chute, il est sans doute moins connu des amateurs français, même si lui aussi a déjà été traduit dans plusieurs anthologies, et même dans l’éphémère revue « N comme nouvelles » numéro 1, daté de 1986, il est vrai sous des titres variables : « Le Bâtard », ou encore « Le Massacre ».

Du fantastique mais aussi du psychologique, la frontière entre les deux n’est pas toujours nettement tranchée. Dans “Au bord du gouffre” de L.A.G. Strong, nous découvrons une histoire crapuleuse de crime pas vraiment parfait, de folie, de confusion mentale, de ténèbres intérieures, sinistre et noire à souhait. Même épouvante psychologique aux frontières du fantastique pour “Au-delà de la porte” de l’auteur de pulps Paul Suter. Même frontière trouble pour “La Vengeance de la sorcière” de W.B. Seabrook, s’intéresse au pouvoir de suggestion de la sorcellerie, qui permet souvent, pour les plus cartésiens d’entre nous, d’éluder la piste de l’inexplicable.

Un récit noir encore avec “Foi, espoir et charité” d’Irvin S. Cobb, qui relève certes de l’histoire de truands, mais aussi du conte moral, de l’humour noir et de la fable grinçante à la manière d’Ambrose Bierce. Quant au “Roi des chats” de Stephen Vincent Benét, plein d’humour et délicieusement farfelu, il reprend avec astuce un vieux compte pour l’habiller de manière plaisante d’habits neufs

Des textes connus et d’autres moins, des récits noirs, des récits fantastiques et d’autres à la croisée des genres composent donc ce petit recueil de dix textes à lire (la nuit) et à relire, à découvrir ou à redécouvrir. Si un ou deux récits apparaissent un peu datés (le Collier et le Suter), les autres n’ont rien perdu de leur force d’impact et de leur singularité. Préfacé par Dashiell Hammett lui-même, introduit, pour cette édition française, par Nathalie Beunat, complété par de brèves notices bio-bibliographiques des auteurs, « Terreur dans la nuit » constitue donc un intéressant volume. Un bon point pour cette nouvelle collection Outre Fleuve qui, espérons-le, n’oubliera pas de proposer à l’avenir d’autres recueils de nouvelles.

Titre : Terreur dans la nuit (Creeps by Night, 1931)
Anthologiste : Dashiell Hammett
Auteurs : John Collier, André Maurois, Peter Fleming, Hanns Heinz Ewers, L.A.G. Strong, W.B. Seabrook, S. Cobb, H.P. Lovecraft, Stephen Vincent Benét, Paul Suter
Introduction : Nathalie Beunat
Traduction de l’anglais (Etats-Unis et Grande-Bretagne) : Leslie Boitelle-Tessier, Brigitte Mariot, Jean Jacques Pollet
Couverture : Laurent Rivelaygue
Éditeur : Fleuve
Collection : Outre Fleuve
Pages : 214
Format (en cm) : 13 x 20
Dépôt légal : mars 2016
ISBN : 9782265115774
Prix : 16,90 €



La collection Outre Fleuve sur la Yozone :

- « Yesterday’s gone. Le jour où le monde se réveilla désert »
- « Yesterday’s gone. Aux frontières du possible
- « Le Camp », de Christophe Nicolas


Hilaire Alrune
9 juin 2016






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