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Yesterday’s gone : le jour où le monde se réveilla désert
Sean Platt et David Wright
Fleuve, Outre Fleuve, traduit de l’anglais (États-Unis), science-fiction / fantastique feuilletonesque, 236 pages, février 2016, 11,90€

Six saisons déjà en langue originale, soit un nombre considérable d’épisodes pour la série « Yesterday’s gone » de Sean Platt et David Wright, deux auteurs œuvrant au sein du collectif Inkwell, dédié à la résurrection du feuilleton littéraire nourri aux ingrédients dits « addictifs » du feuilleton télévisé. Des épisodes d’une centaine de pages (chaque volume de l’édition française en regroupant deux) découpés chacun en une douzaine de chapitres, initialement publiés sur le réseau, mais avec également une version papier. Ci-après, le point sur les deux premiers épisodes de la « Saison 1 ».



« On aurait dit un fantôme, mais sans le fantôme. C’était papa, et en même temps c’était pas lui. »

Un homme se réveille le matin ; sa femme et son fils ont disparu. Le rescapé d’un accident d’avion se dirige vers la ville la plus proche. Ailleurs, une jeune femme et sa fille sortent de chez elles dans un silence étrange. Ailleurs encore, un enfant se dirige vers la chambre de son père. Que peuvent avoir en commun ces personnages ? Tous sont sur le point de découvrir que leur univers a radicalement changé. Que durant la nuit tout le monde, ou presque, a disparu. Que seuls quelques individus ont ici et là été épargnés par un effacement incompréhensible. Mais il y a plus étrange encore.

« Pour lui, les gens qui avaient besoin d’explications surnaturelles pour décrire ce qui relevait en fait de la science ne savaient pas voir dans la vie de tous les jours le côté magique de la réalité. »

À travers les yeux de Brent Foster, jeune père de famille, de Lary et de sa fille Paola, de Charlie Wilkens, dix-sept ans, d’Edward Keenan, qui était à l’heure cruciale aux mains de la justice mais dont le passé semble suggérer des opérations à la fois dangereuses et licites, de l’assassin Boricio Wolfe, du jeune et légèrement bizarre Luca Harding, huit ans, de Teagan, une jeune fille enceinte, et d’une poignée d’autres personnages, on découvre un monde qui n’est pas seulement dépeuplé. Car il y a d’emblée d’autres bizarreries : un chat qui, durant quelques secondes – illusion ou réalité – n’a plus ni yeux ni gueule, des panneaux publicitaires qui semblent avoir disparu, une église qui manque – mais ne sont-ce là pas de simples jeux de la mémoire ?

« Le néant extérieur, c’était une chose ; mais cette sensation d’être sur le point de deviner quelque chose sans jamais réussir à mettre le doigt dessus, c’était à hurler. »

Non, rien de subjectif dans tout cela, car il y a aussi plus étrange, plus inquiétant. Comme ce mystérieux « Club de deux heures quinze », un petit groupe d’individus qui depuis longtemps faisaient des rêves prémonitoires, et savaient, au moins en partie, ce qui allait arriver. Ils avaient placé ici et là des caméras pour filmer ce qui se passerait la nuit où cela arriverait, au moment où tout le monde sombrerait dans l’inconscience. Au moment où les avions tomberaient, au moment où les automobiles poursuivraient brièvement leur course ou, elles aussi, disparaîtraient. Ces rêveurs, de simples illuminés ? Non, car les séquences vidéo sont bel et bien là. Et passablement effrayantes.

« On dirait un peu des gens, mais étirés en longueur, carbonisés et trempés dans une espèce de gel. Et ils se déplacent super vite. »

Nous n’en révélerons pas plus, pour laisser au lecteur le plaisir des surprises et énigmes qui s’accumulent dans ce monde nouveau, par endroits strictement identique, ailleurs subtilement différent, ailleurs encore recomposé ou même semblant s’arrêter, comme victime d’une incompréhensible compaction. Des singularités, certes, mais aussi de véritables épouvantes.

« Que voulez-vous que je vous dise ? Nous avons contemplé l’âme de l’abîme, et elle nous a contemplés en retour. »

On regrette que le potentiel poétique, onirique, mais aussi « psychogéographique » de ce monde qui est à la fois identique et pas tout à fait le même ne soit pas exploité à sa juste mesure, et ceci au profit de figures plus classiques du feuilleton (fallait-il vraiment mettre un serial-killer ? Fallait-il vraiment que des personnages commencent aussi rapidement à s’entretuer alors que la disparition de la plus grande partie de la population entraîne une surabondance de biens pour ceux qui sont toujours là ?), même si l’on devine que les auteurs ont eu pour préoccupation première, et structurellement avouée, de poser d’emblée des jalons pour une suite de rebondissements sans nombre. Si le projet – se rapprocher des univers des séries télévisées rencontrant un fort succès – n’était pas d’écrire de la littérature à la James Graham Ballard, cet aspect plus littéraire, du moins en ce qui concerne ces deux premiers épisodes, nous semble toutefois faire défaut.

Reste que le but initial est atteint : une accumulation de questions qui donne envie d’en savoir plus. Entre énigmes, mystères et bizarreries savamment distillées d’un bout à l’autre de ces deux premiers épisodes, on a du mal à définir ce qui intrigue en premier : la nature du phénomène de deux heures quinze, celle des êtres nouveaux, le destin de ceux qui ont disparu, ce qui, dans ce que perçoit Lucas, est ou non réel, ou le rapport exact entre les rêves prémonitoires et ce qui s’est déroulé. Et si les personnages apparaissent au premier regard comme des stéréotypes, plusieurs d’entre eux ont leurs propres zones d’ombres qui constituent autant d’énigmes supplémentaires. Que deviendront-ils ? Survivront-ils ? Parviendront-ils à s’unir pour trouver eux aussi les réponses ? Autant de questions qui font qu’il va être difficile pour les lecteurs de ne pas se plonger dans le second volume, « Yesterday’s gone : aux frontières du possible », que nous chroniquerons prochainement sur la Yozone.



Titre : Yesterday’s gone : le jour où le monde se réveilla désert (Yesterday’s gone – season 1 – episodes 1&2, 2013)
Série : Yesterday’s gone (Yesterday’s gone), Saison 1, épisodes 1 & 2
Auteur : Sean Platt et David Wright
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Hélène Collon
Couverture : Laurent Besson
Éditeur : Fleuve
Collection : Outre fleuve
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 236
Format (en cm) : 13,8 x 20,8
Dépôt légal : février 2016
ISBN : 9782265099456
Prix : 11,90 €



Hilaire Alrune
13 avril 2016






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