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YozoneLittérature Critiques

Voix de l’empereur (La), tome 1 : Le Corbeau et la Torche
Nabil Ouali
Mnémos, Dédales, roman (France), fantasy, 266 pages, octobre 2014, 21€

Quatre destins. Un enfant survivant d’une catastrophe glaciale, et depuis étrangement froid et détaché, éduqué pour devenir un combattant sans failles. Un paladin d’une foi inébranlable, qui cache un lourd secret dans les méandres de sa jeunesse. Un prêtre, déterminé depuis son entrée dans l’ordre à faire s’effondrer cette Église qu’il abhorre. Un prince, qui détient l’avenir des royaumes entre ses mains.
L’Empire est en danger. Certains royaumes complotent contre le pouvoir central. On fourbit ses armes les plus subtiles, dans les deux camps. Il en faudrait peu pour que tout déraille...


Attention, chef d’œuvre. Le premier roman de Nabil Ouali le hisse immédiatement dans la cour des grands. Tout est là, fond et forme.

Loin de toute fantasy batailleuse, « Le Corbeau et la Torche » s’attache à nous décrire un Empire rayonnant, mais vérolé. Si chaque royaume a sa spécificité (les arts, les mines, l’armée) et qu’unis sous la bannière impériale tous forment un tout, les ambitions personnelles viennent miner ce beau paysage. C’est du côté du clergé, qui souhaite accroître son influence sur la gouvernance impériale, qu’il faudra chercher le mal. Un travail de sape commence...
Mais face aux prêtres, le conseiller impérial a sa riposte. Il a encadré l’éducation de Frimas, cet enfant trouvé par les troupes d’élite de l’empereur au milieu d’une clairière gelée. L’enfant a grandi, sans se départir de cette froidure qui lui donne un caractère égal, et le prive de passions. Le conseiller en a fait un excellent guerrier, le Héraut de l’Empire, et le camarade de jeu (et garde du corps) du prince Elin. C’est donc Frimas qui va encaisser la première attaque du clergé, endossant par loyauté le rôle du traître.
On enverra Ravel à ses trousses. Ravel, le paladin qui a asservi la bête immonde des marais, condamnée pour sa pénitence à tirer le char papal. Ravel le sans-peur, le sans failles. Ravel qui, personne le le sait, des années auparavant, a tué son petit frère, refusant de pardonner au nourrisson de l’avoir, par sa naissance, privé de leur mère.
Pour l’édification religieuse d’Elin, le clergé lui impose Glawol. Le style non conventionnel du prêtre séduit le prince, qui s’attendait à un vieux dogmatique. Le clerc joue un double jeu dangereux, déterminé à s’assurer l’oreille du prince mais refusant d’en faire un pantin d’une foi dans les représentants le révulsent.
Et si, à eux deux, ils étaient la meilleure chance de l’empire ? Mais il suffit d’un grain de sable pour renverser l’avantage...

Nabil Ouali nous brosse, dans un long prologue déjà magnifique, le portrait de ses quatre « héros », aux pas desquels il s’attachera dans son livre. Ces quatre « naissances » annoncent immédiatement la couleur : une langue très travaillée (parfois trop, j’en venais à douter de mon propre français sur certaines tournures), une force d’évocation dans des tableaux saisissants, une certaine économie de moyens dans les situations. Si les décors sont magnifiques, il n’y a pas de surenchère superflue, et l’auteur préfère les situations du quotidien aux décimations des batailles. La magie reste discrète, secrète pour le moment.

Dans la mouvance actuelle de la fantasy politique, ce sont les complots, à tiroirs, qui sont à l’honneur. Certains jouent double jeu, d’autres assurent leurs arrières, les derniers enfin sont des pions, guidés par leur naïveté ou leur sens de l’honneur, ce qui revient finalement au même. Mais ce qui est saisissant, c’est la dimension magistrale que Nabil Ouali sait donner à des scènes, presque des tableaux de théâtre, en y installant une certaine lenteur, un calme, à l’image de la tempérance permanente de son Frimas. Le premier duel de celui-ci, contre le champion impérial, semble se dérouler au ralenti, comme si deux légendes s’affrontaient. La traversée de la « fête » par Glawol, plongée dans les cercles les plus profonds de la dépravation, relève aussi de cette lenteur théâtrale, théâtralisante. On est presque tenté de lire à haute voix, le récit semble fait pour cela.

Une langue très maîtrisée ; une histoire bien ficelée où les héros sont les jouets d’un destin qui ne semble pas vouloir voir le Bien l’emporter face aux ambitions effrénées du clergé ; un univers dont le simple survol provoque le ravissement, jusque dans ses zones d’ombres ; des ombres fortement inquiétantes, avec une chose qui rôde et dévore, prémices de malheur. Voilà de quoi faire un bon roman de fantasy. Et tout cela condensé dans un premier tome de 260 pages que je n’ai pourtant pas dévoré.
Pourquoi ?

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Un bel objet... on lui pardonnera de briser l’harmonie de la collection Dédales


Parce qu’une plus de ses qualités intrinsèques, Mnémos l’a doté d’atours qui impose, dès le premier contact, un certain respect. On ne dira jamais à quel point la forme peut orienter la lecture. « Le Corbeau et la Torche » est relié, sous couverture cartonnée, au dos entoilé. Titre et logo sont gravés en creux, ajoutant du relief au contact tiède du papier, bien différent du pelliculage plastique habituel.

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mélange de matières, relief, vos doigts vous disent que ce n’est pas un livre comme les autres.
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Parfois, on maudit les code-barres.


A l’intérieur, papier crème agréable, et impression sépia, loin de l’agressif noir sur blanc d’un produit de grande distribution.
Un traitement qui n’avait jusqu’ici été réservé qu’au tirage luxueux (et à un tarif un peu plus élevé) du diptyque de Mathieu Gaborit, « Les Chronique des Crépusculaires » et « Abyme », récemment ressorti en Hélios.
On a la sensation d’avoir entre les mains quelque chose de précieux, pas du tout-venant. Du coup, on le savoure.

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Vous lisiez en noir et blanc, voici le sépia sur crème.


Peut-être n’aurais-je pas eu exactement le même ressenti sur ce roman si je l’avais sur au format électronique. Ou en poche, même si les Hélios sont de beaux objets.

Mnémos a trouvé une pépite, et lui fournit un écrin à sa mesure. Et devant la grande qualité du tout ainsi formé, on ne peut qu’être heureux de se dire que face aux anglophones, auteurs et éditeurs français font plus que tenir leur rang, ils donnent ses lettres de noblesse au genre.
Pour notre plus grand bonheur de lecteurs exigeants.


Titre : Le Corbeau et la Torche
Série : La Voix de l’Empereur, tome 1
Auteur : Nabil Ouali
Couverture : Atelier Octobre Rouge
Éditeur : Mnémos
Collection : Dédales
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 266
Format (en cm) :
Dépôt légal : octobre 2014
ISBN : 9782354082789
Prix : 21 €




Nicolas Soffray
8 décembre 2014







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