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Au Service de Sa majesté La Mort, tome 1 : L’Ordre des Revenants
Julien Hervieux
Castelmore, roman (France), thriller fantastique, 320 pages, octobre 2018, 14,90€

Dans le Londres de la fin du XIXe, Elizabeth Black est une jeune femme qui rêve d’émancipation. Elle espère devenir journaliste. Mais l’homme pour qui elle servait de plume se fait tuer... et elle aussi. Après une brève expérience extra-corporelle, on vient la sortir de son cercueil ! Elle suit son drôle de sauveur, le docteur Turner, qui lui explique qu’elle est désormais au service de la Mort, et que comme lui, et quelques autres à Londres, elle va traquer les Trompe-la-Mort, des gens qui ont échappé à la Faucheuse, parfois par hasard, plus souvent par la magie noire, et rétablir l’ordre naturel des choses.
Mais forcément, ce ne sera pas si facile, car un adversaire œuvre dans l’ombre.



Julien Hervieux est connu sur le web pour ses chroniques satiriques (mais tellement justes) des films américains à gros budget, sur un blog où il incarne un esthète cinéphile au ton mordant et la répartie cinglante, qu’on conseillera aux fans d’humour noir de plus de 12 ans capables d’assez de recul pour accepter qu’il détruise nos films préférés. C’est ici son deuxième ouvrage pour la jeunesse, et il s’y révèle tout aussi sérieux mais nettement moins caustique.

Il nous propose une aventure très prenante dans un Londres qui nous est familier : c’est celui de Sherlock Holmes. On y retrouve les mêmes ambiances, bourgeoisie matelassée dans ses privilèges, peuple trimant dans les rues et sur les quais, clubs privés et sociétés secrètes. Il est ici fort bien rendu, preuve d’un travail de documentation dont on sait l’auteur coutumier. C’est donc une immersion très réaliste qui nous est proposée

Au milieu de tout cela, une jeune fille à qui la mort va donner un coup de pouce, lui offrant cette liberté qu’elle aura eu du mal à gagner et conserver de son vivant, les femmes devant tôt ou tard dépendre d’un homme, leur père ou leur mari. Passé le choc de son décès et de son incorporation forcée dans les rangs de Charon, Elizabeth va gagner en assurance et réellement s’émanciper, n’hésitant pas non plus à en remontrer à son désormais collègue Duncan Turner.

Solitaire, l’héroïne rejoint donc la cellule londonienne des agents de la Mort, les Revenants. En plus du sarcastique Dr Turner, qui lui sert de tuteur, Elizabeth rencontre Béatrix, une femme un peu plus âgée qu’elle, et surtout Iseut, leur cheffe, qui sous son apparence d’enfant est vieille de nombreux siècles et les commande d’un main de fer, surtout Hank, un jeune homme timide dont elle a fait son larbin.
Elle découvrira que son statut de Revenante lui confère des forces supérieures à la normale, et que chacun dispose d’un pouvoir particulier. Elle devra découvrir le sien, qui se manifestera lorsqu’elle en aura besoin dans la chasse aux Trompe-la-Mort. On a donc une petite dimension super-héros contre monstres qui m’a rappelé « Lady Helen et le club des mauvais jours » chez Gallimard Jeunesse.

Le concept de Faucheurs chargés de traquer les Trompe-La-Mort n’est pas neuf (une web-série comique - un peu sanglante, pas pour les plus jeunes a même été diffusée par le groupe TF1), mais l’auteur l’emploie pour y approfondir une éternelle question philosophique : comment vaincre la peur de la mort ? et à défaut, comment vaincre la mort ? Les portraits de ses Trompe-la-Mort, sorciers du dimanche ou vampire encore neufs, traduisent bien des mentalités qui n’ont guère changé depuis le XIXe siècle, et notamment que l’argent doit tout permettre, y compris de s’affranchir de la mort.

Ainsi que le découvriront peu à peu les Revenants, l’époque des petits malins qui trouvaient une astuce pour échapper à la faux est révolue : ils sont désormais confrontés à un vaste réseau de diffusion d’un ouvrage de magie noire, imprimé à plus grande échelle et vendu à prix d’or aux élites de cercles occultes. Les Revenants doivent donc enquêter, mais sans se faire remarquer, car l’ennemi est puissant et eux, bien peu nombreux...

Dans ce premier volume, l’aventure se mêle bien à la nécessaire exposition, à l’apprentissage de la nouvelle venue. Le personnage d’Elizabeth prend son envol, libéré des carcans sociétaux. La jeune femme discrète apprend à jouer de son charme naissant, de sa désormais éternelle jeunesse comme d’une arme contre une société masculine, mais ne peut manquer éprouver un pincement lorsqu’elle manipule un jeune homme naïf et serviable qui ne la laisse pas indifférente. Qu’aurait-il pu advenir si elle avait été encore vivante ? Mais se seraient-ils rencontrés ? Mais rien de mièvre là-dedans, le rythme soutenu de la dernière partie n’en laisse pas le temps.

En sus d’une héroïne et d’autres personnages féminins forts, j’ai particulièrement apprécié le personnage de Hank. Souffre-douleur d’Iseut, il est cependant un atout pour les Revenants, puisque son pouvoirs lui permet de se rendre invisible, en faisant oublier sa présence aux gens qui l’entourent. Ainsi que le fait remarquer Duncan avec aigreur à une Elizabeth qui tente de se lier d’amitié avec lui, comment avoir confiance, comment ne pas craindre sa présence lorsqu’on se croit seul ? Sur fond de jalousie, il soulève un point d’autant plus crucial qu’il y a peut-être un traitre dans l’Ordre...

Un excellent roman jeunesse, qui se dévore, et dont on guettera avidement la suite !

Mention finale à la très belle couv’ de Sébastien Pelon, déjà croisé sur la série « Brune du Lac » chez Nathan.


Titre : L’Ordre des Revenants
Série : Au service de sa majesté la mort, tome 1
Auteur : Julien Hervieux
Couverture : Sébastien Pelon
Éditeur : Castelmore
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 320
Format (en cm) : 21 x 14 x 2,2
Dépôt légal : octobre 2018
ISBN : 9782362312687
Prix : 14,90 €



Nicolas Soffray
2 décembre 2018


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