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Wake the Dead
Frédéric Czilinder
Armada, fantastique, 300 pages, février 2016, 16 €

Deep Harbor (Massachussetts), une petite ville américaine typique. Des falaises donnent sur la mer. Un peu plus loin, le port de pêche avec ses chalutiers, et, à quelques kilomètres de là, et une ancienne conserverie. Un lycée. Un shérif et son assistant. Une petite ville très tranquille, des américains très tranquilles. Plus pour longtemps.



Jake, adolescent rocker, un peu timide, s’apprête ce soir-là à donner un concert sur la foire. Il ne le sait pas encore, mais ce concert pourrait bien être le dernier de sa vie. Ce qui est sûr, c’est, qu’au sens propre comme au sens figuré, ça va déchirer.

Kate, adolescente gothique, souvent un peu à l’écart, se trouve deux copines qui ont décidée de s’amuser à jouer les sorcières en essayant un vieux rituel dans une maison abandonnée. Ce n’est pas vraiment une bonne idée.

Abigail Smith, elle, vient d’avoir eu la meilleure idée de sa vie. Cette institutrice en retraite, après avoir vu un rôdeur tourner autour de sa maison a ressorti et astiqué une vieille pétoire à double canon. Elle va en avoir bien besoin.

Il est rarement bon d’avoir un squelette dans son placard. Cette brave dame qui s’était autrefois débarrassée de son mari infidèle en l’enterrant à la cave ne devrait vraiment pas y retourner chercher une boite de conserve en pleine obscurité.

C’est donc Halloween ce soir-là, et, dans un récit serré et concentré entre 7 :15 am et le lendemain 2 :51 am, la journée sera classique mais la nuit sera longue. Très longue. Car, à Deep Harbor, à la tombée de la nuit, les morts sont de retour et ils sont affamés. Cette charmante petite bourgade de douze mille habitants va voir son nombre de résidents diminuer à toute vitesse. Du moins, en ce qui concerne les vivants. Parce que les morts, déjà à chaque coin de rue, vont être de plus en plus nombreux.

En choisissant de concentrer son récit sur un laps de temps assez court, Frédéric Czilinder suit, avec astuce, une structure classique. Les heures de la journée lui permettent de mettre en place tranquillement ses personnages et l’ambiance de cette petite ville américains typique avant le déferlement attendu de zombies. De fait, on s’y croirait vraiment, et, si l’on excepte un paysan qui jure « crénom de crénom » (un juron qui ne nous semble pas typiquement américain), il n’y a aucune fausse note dans cette recréation d’une petite ville américaine. L’auteur s’amuse à accumuler tous les personnages façon cliché, comme Teddy, le jeune quarterback du lycée, belle gueule, pourri de fric, bien évidemment très copain avec la pompon girl la plus canon, celle qui fait fantasmer tous les autres adolescents de la ville, ou comme Joshua Riley, le très classique shérif avec ses problèmes de couple. Le recours dans l’intrigue à d’anciens crimes perpétrés par les colons, et peut-être à la magie amérindienne fleure bon les influences ouvertement avouées, comme Graham Masterton ou un certain auteur de Bangor (Maine).

Sur le plan de l’écriture, Frédéric Czilinder s’en sort avec les honneurs. On remarquera bien ici et là quelques impropriétés lexicales (« éprise de honte » « sensés » pour « censés »), mais, sans chercher d’effets de style, l’auteur parvient à rendre les ambiances et à imprimer le rythme voulu. En multipliant les protagonistes et surtout les lieux de poursuites, de traquenards et d’affrontements (une maison abandonnée, une riche demeure, la foire d’halloween avec sa grande roue, le poste de police, etc.), il offre un véritable festival de scènes zombiesques, une anthologie de tout ce que le genre a pu offrir depuis les films fondateurs d’un certain George Romero.

Certains pourraient considérer l’exercice comme un peu vain, dans la mesure ou une telle tentative, pour se conformer au mieux aux canons du genre, ne peut être qu’un jeu sur les variantes et ne doit pas véritablement laisser de place à l’originalité. Comme dans tout métrage hollywoodien du genre, il ne faut pas tabler sur de véritables surprises. Peu importe : le but n’est pas d’étonner le lecteur-spectateur, mais de lui donner ce qu’il attend, de l’amuser et, à l’occasion, de le faire sursauter.

Tout à la fois exercice d’imitation et d’admiration, « Wake the Dead » remplit assurément son contrat. Version livresque d’un bon série B pour drive-in, riche en action et en rebondissements, il alterne avec savoir-faire les scènes de tension et les épisodes horrifiques. Mission accomplie, donc, pour Frédéric Czilinder, qui livre là un ouvrage réussi. Notons, pour finir, en bonus occulte que les lecteurs de « Wake the dead  » n’auront pas forcément tous remarqué, une comptine macabre dissimulée sous les rabats de la jaquette.

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Titre : Wake the Dead
Auteur : FrédéricCzilinder
Couverture : Michel Borderie
Éditeur : Armada
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 300
Format (en cm) :12,5 x 20,5
Dépôt légal : février 2016
ISBN : 9791090931688
Prix : 16 €

Les éditions Armada sur la Yozone :

- « Oniromaque » de Jacques Boileau
- « Mémoires d’une voyante » de Jean-Louis Bouquet
- « Comme un cadavre » de Pierre Stolze


Hilaire Alrune
5 février 2017






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