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Mémoires d’une voyante
Jean-Louis Bouquet
Armada, policier / fantastique, 201 pages, octobre 2016, 14 €

On ne lit plus guère Jean-Louis Bouquet, (1898-1978), et c’est sans doute dommage. Les amateurs de la défunte collection fantastique des éditions Marabout le connaissent grâce à deux très beaux recueils, « Le Visage de feu » et « Les Filles de la nuit », qui reprenaient en 1978, en y ajoutant quelques nouvelles, les textes figurant dans « Aux portes des ténèbres », publié en 1956 chez Denoël. En 1980, Francis Lacassin rassemblait dans la collection « Les Maîtres de l’étrange et de la peur », et sous le titre « Mondes noirs », une dizaine de nouvelles de Bouquet. Depuis, si l’on excepte les « Filles de la nuit » (au titre trompeur, car il rassemble les nouvelles des « Filles de la nuit » et des « Mondes noirs »), publié au Fleuve Noir en 1998 Jean Louis Bouquet n’a jamais été réédité. Les récits composant ces « Mémoires d’une voyante » sont ici rassemblés pour la première fois en volume.



Si « Mémoires d’une voyante  » est constitué de dix nouvelles indépendantes qui sont autant de récits complets, on peut également considérer l’ensemble comme un roman par épisodes. Ils permettent en effet de suivre les aventures de Mme Elisabeth, authentique voyante de son état, depuis ses premières aventures et la révélation de son don jusqu’à la cessation de son activité pour une heureuse raison nous laisserons au lecteur le soin de découvrir. Une série d’épisodes où interviennent à la fois fantastique et intrigues policières et au long desquels les manipulations en tous genres occupent une place de premier plan.

Voyance qui se mord elle-même la queue dans « Méfiez-vous d’une femme brune… », tentatives de compromission de Mme Elizabeth en lui demandant d’influer des tiers par des fausses prophéties (« Armes perfides  »), circonstances particulières, et tragiques, de la révélation de son don (« Carrefour des désirs »), manipulations de familles crédules par une fausse voyante « Les Trésors de Muriel », cauchemars et apparitions spectrales (« Le Rêve de madame Violet »), voyance subite et non voulue conduisant à révéler au grand jour des projets fort répréhensibles («  La Demoiselle fantôme  »), malveillance d’un dangereux prophète et conseiller métapsychique ourdissant, avec un machiavélisme certain, des plans complexes destinés à la mener à sa perte (« Âmes ténébreuses  »), et pour finir une « happy end » qui parvient à prendre le lecteur – et la narratrice elle-même entièrement par surprise (« Quand les voyantes n’y voient plus clair… ») : l’intérêt de ces récits est de ne jamais se répéter, de changer à chaque fois de canevas, et – si une ou deux dénouements peuvent être prévisibles – de parvenir le plus souvent à surprendre le lecteur.

Un brin de classicisme, une pointe de romantisme, une écriture élégante, un grand sens des atmosphères, des intrigues sentimentales ou « de mœurs », des supercheries spirites, des enlèvements, des captations d’héritage, des maléfices, des escrocs et des aigrefins, des fausses voyantes et des dévoiements véritables, un psychiatre méphistophélique : Mme Elizabeth a souvent affaire à forte partie. Fort heureusement, elle est dotée d’une sagacité toute cartésienne qui lui est souvent aussi utile, sinon plus, que ses aptitudes surnaturelles.

Ces dix textes de Jean-Louis Bouquet ont à l’origine été publiés entre 1959 et 1960 dans la revue « Confidences », un hebdomadaire féminin sous-titré « Le journal des histoires vraies. » Que ce public présumé et ce sous-titre fallacieux ne nous trompent pas : tout comme dans les périodiques américains de ce type, fort en vogue à l’époque, on y trouvait essentiellement des fictions. Pour Jean-Louis Bouquet, qui souhaitait développer des récits dans une veine différente de ses textes fantastiques classiques, de telles revues représentaient une opportunité de publication intéressante. Pour ne pas perturber ses lecteurs habituels, il signa ces récits du pseudonyme de Nevers-Severin. Il se peut également que le fait de ne pas utiliser son propre nom, déjà connu dans les milieux littéraires, ait contribué à faire croire aux lecteurs que de tels récits étaient authentiques.

Une opportunité, donc, mais également une contrainte. Dans la mesure où le lectorat de ces revues n’était pas composé de lettrés, Jean-Louis Bouquet devait à l’évidence bâtir des histoires courtes, formatées, sans complexité excessive, et moins « ornementées » sur le plan littéraire que ses nouvelles antérieures. On trouvera donc dans ces « Mémoires d’une voyante » des textes plaisants, d’une écriture volontairement moins riche, avec des atmosphères moins troubles, moins puissantes, moins inquiétantes que celles de ses récits fantastiques. D’une certaine manière, et même si les amateurs de prose classique goûteront ce ton un peu suranné que prennent à présent les textes de la première moitié du vingtième siècle, cette écriture « grand public » les rend également plus accessibles au lecteur contemporain.

Dix nouvelles, un avant-propos de Jean-Pierre Fontana, un préambule de Maurice Renault : le volume aurait mérité une table des matières, mais, si l’on excepte ce détail, la réalisation de l’ouvrage apparaît particulièrement soignée, avec une couverture sobre et un format agréable. Et, surtout, ces « Mémoires d’une voyante » sont agrémentées d’un sous-titre qui ne pourra que réjouir les amateurs de Jean-Louis Bouquet, et plus globalement de fantastique classique : « Intégrale – 1 ». Une prometteuse entreprise qui, souhaitons-le, pourra être menée à bien, et que nous ne manquerons pas de suivre de près.

Sommaire :
Jean-Pierre Fontana : Avant-propos
Maurice Renault : En préambule
« Méfiez-vous d’une femme brune… »
« Armes perfides »
« Carrefour des désirs »
« Les Trésors de Muriel »
« Bataille de dames »
« Le Rêve de madame Violet »
« Etait-ce un sortilège »
« La Demoiselle fantôme »
« Âmes ténébreuses »
« Quand les voyantes n’y voient plus clair… »

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Titre : Mémoires d’une voyante
Auteur : Jean-Louis Bouquet
Couverture : Vael
Éditeur : Armada
Collection : Jean Louis Bouquet – Intégrale – Volume I
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 201
Format (en cm) : 12,5 x 20,5
Dépôt légal : octobre 2016
ISBN : 9791090931831
Prix : 14 €


Hilaire Alrune
23 novembre 2016






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