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Deepwater Prison (T3) Évasion
Bec et Raffaele
Soleil

Dans la prison en eaux profondes, le plan d’évasion est en cours. Pourtant, son environnement inhospitalier devrait décourager toute velléité de fuite, mais la présence d’Elaine Rosenberg, membre du gouvernement américain, offre une porte de sortie à un petit groupe qui voit en elle l’otage parfait pour négocier la liberté.
Mais Rosenberg n’est pas dans le seul collimateur de quelques taulards. L’homme de confiance de la Prometheus-Oil veut l’éliminer pour que la vérité sur la catastrophe pétrolière ne soit jamais dévoilée.
Qui est le plus à craindre ? Une multinationale mondialement connue ou des repris de justice, même s’ils sont dirigés par Stewart, un ancien militaire sacrifié par ses supérieurs ?



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Avec “Évasion” s’achève la trilogie “Deepwater Prison”. Et ce dernier volet est plus imposant que les deux premiers pour clore l’histoire. Deux références se dégagent de ce cycle : la série Prison Break et le film “Abyss”. La première pour le plan d’évasion d’une prison et la seconde pour le milieu sous-marin peuplé d’étranges créatures. Bizarrement, ce point n’est pas vraiment exploité, alors qu’une piqûre de rappel nous est servie d’entrée. Ces murènes géantes, du moins cette espèce inconnue et dangereuse, servent plus à impressionner, à rajouter de l’inhospitalité qu’à autre chose. Alors que des développements à ce niveau semblaient à l’origine plausibles, il n’en est rien et leur présence reste un mystère. Peut-être dans un autre cadre..

Elaine Rosenberg est la pierre angulaire de cet album, car tout tourne autour d’elle. Pour chacun, elle représente un enjeu. Habilement, les auteurs ont réservé aux lecteurs une belle femme, sympathique de surcroît, même si elle peut se montrer autoritaire avec ceux qui le méritent, ce qui ne la rend que plus attrayante.
De plus, la barrière entre les gentils et les méchants s’avère mince. Pourtant, la situation devrait être des plus claires, Deepwater étant une prison ! Les gardiens sont souvent moins humains que les prisonniers, il suffit de voir le traitement infligé à Johnny, lâché par Richter, qui s’en sert comme monnaie d’échange pour obtenir une faveur.

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Le scénario de Christophe Bec est riche en petits détails, faisant la saveur de cette BD. L’intrigue se joue sur plusieurs plans suivant les protagonistes aux visées différentes. Dans cette histoire, Stewart occupe le poste d’électron libre. Son envoi en prison n’est qu’une injustice, les fautifs sont toujours libres comme l’air. C’est lui qui paye pour leurs erreurs et demande réparation en cherchant à fuir. Bien sûr, il a besoin d’une aide qu’il ne peut trouver qu’en la personne de criminels. La moralité est mise à mal pour l’occasion : le bon entraînant dans son sillage de vrais méchants.

Les lecteurs pénètrent sans problème dans le récit, l’évasion d’une prison est un classique et “Deepwater Prison” fait dans la surenchère avec l’engloutissement de l’univers carcéral. La violence occupe une place à part entière, elle semble inhérente au milieu, sans excuser les moyens employés par tout un chacun. Bien sûr, il ne faut pas oublier la dimension environnementale de cette série, même si la catastrophe pétrolière ne sert que de prétexte à l’arrivée de Rosenberg. Tout un pan de l’histoire se joue à ce niveau avec les intrigues pour lui cacher la vérité, puis la faire taire.

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Stefano Raffaele se révèle toujours aussi à l’aise pour planter le décor et nous plonger dans cet univers malsain, lourd et pesant. Même quand les planches sont chargées avec des cases resserrées, elles sont toujours lisibles et délivrent sans problème leur message. Les protagonistes sont reconnaissables de suite, même si un manque de précision ressort des plans lointains, sans que cela soit gênant. Les visages tranchent dans le fond grisâtre/bleuté des murs. L’ambiance oppressante est bien rendue et la surface apparaît comme un havre de paix, une bouffée d’air pur qui permet de reprendre son souffle, après une plongée que l’on pourrait presque qualifier d’inhumaine.

Avec “Évasion”, Christophe Bec et Stefano Raffaele achèvent cette trilogie et, même si l’on peut regretter certaines pistes peu exploitées comme les créatures terrifiantes autour de la prison, “Deepwater prison” s’avère efficace par son scénario implacable et sa logique sous-jacente. Mais il ne s’agit pas que d’une bande dessinée d’action, car des thématiques fortes s’en dégagent : l’univers carcéral et ses conditions souvent inhumaines de détention, la mainmise des grands groupes qui s’arrangent des lois pour toujours plus de profits, l’injustice quand des intérêts supérieurs prédominent, l’écologie... Propos renforcés par un graphisme réaliste qui permet une bonne immersion en eaux troubles.


(T3) Évasion
- Série : Deepwater Prison
- Scénario : Christophe Bec
- Dessin  : Stefano Raffaele
- Couleurs : Digikore Studios
- Couverture : Pierre Loyvet
- Éditeur : Soleil
- Collection : Fantastique
- Dépôt légal : 17 février 2016
- Format : 23,3 x 32,3 cm
- Pagination : 64 pages couleurs
- Numéro ISBN : 978-2-302-04913-0
- Prix public : 15,50 €


À lire sur la Yozone :
Deepwater prison (T1) Constellation
Deepwater prison (T2) Le bloc


Illustrations © Stefano Raffaele et Éditions Soleil (2016)


François Schnebelen
27 octobre 2016






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