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Traité de Vampirologie (par le docteur Abraham Van Helsing)
Édouard Brasey
Le Pré aux Clercs, essai recueil de mythologie fantastique (France), 468 pages, janvier 2009, 19 €

Partant d’une excellente idée et réalisé avec minutie dans l’esthétique du produit final, cet essai se révèle un peu décevant pour les connaisseurs, mais pourrait intéresser la nouvelle génération de lecteurs de bit-lit (Le Pré aux Clercs).



Édouard Brasey est né en 1954 à Marseille. Il a écrit près de cinquante ouvrages traitant surtout des contes, des légendes et de la fantasy. Il est notamment l’auteur de « L’Encyclopédie du Merveilleux » en 3 tomes.
Là il s’attaque à une mythologie relevant du fantastique. Le parti pris d’un exercice de style apocryphe - et si c’était le Van Helsing du « Dracula » de Bram Stoker lui-même qui rédigeait ce traité ? – semblait a priori une bonne idée. D’autant que la forme est particulièrement soignée : une typo à l’ancienne sur du papier jaune faussement mal massicoté et relié rigide (quoique les incrustations brillantes ne soient pas du meilleur effet pour faire grimoire). Et tout plein d’anciennes gravures intéressantes pour alléger les pages.

La première partie du traité, “Présence des vampires dans le monde” peut ne pas convaincre. Encore une fois on essaye de faire remonter à l’Antiquité, voire à la Bible et au Talmud, l’existence de ces êtres apparus dans le folklore au XVIIIe siècle en Europe Centrale. Lilith serait la première vampire, suivie par Isis l’Égyptienne, Ishtar de Chaldée et Kali l’Hindoue, puis les déesses grecques Lamia et Hécate, etc. Pas plus Brasey que Van Helsing ne sont crédibles en soutenant cette théorie, non dénuée d’un certain machisme. Toutes ces histoires de morts-vivants suceurs de sang commencent bien vers les années 1700. On apprend des anecdotes intéressantes, rapportées sous forme d’encadrés de textes de l’époque, dont du Voltaire !

La partie II concerne la “Physiologie du Vampire”. Il s’agit en fait de l’origine de ces morts-vivants, de leurs différentes appellations selon les régions (vampires, oupires, broucolaques, nosferatus, etc.), des moyens de les chasser et les tuer (ail, cruxifix, balles en argent, eau bénite, pieu dans le cœur, décapitation, lumière du jour, etc.). Un catalogue où on n’apprend pas grand-chose car tout est mélangé et aucune typologie n’est proposée.

La partie III, “Psychopathologie du Vampire”, insiste sur l’insanité mentale de ces êtres. L’occasion de parler des lunatiques (et encore une fois d’assimiler à tort vampires et loups-garous) puis de s’intéresser à leur sexualité en faisant appel à Freud, Sade et Sacher-Masoch. Certainement la partie la plus faible de ce traité, on croit comprendre que l’auteur s’est amusé en ridiculisant le vieux Van Helsing qui finit son traité en nous annonçant qu’il va boire une bière !

La suite n’est pas écrite par Van Helsing ni par Brasey.
La quatrième partie de ce livre est constituée de deux extraits des écrits de Dom Augustin Calmet (1746) et de Collin du Plancy (1820), qui ont tous deux traité des vampires.

La cinquième partie “Les Vampires dans la Littérature” propose des textes connus de Polidori, Hoffmann, Poe, Baudelaire et Nodier. On ne peut qu’apprécier cette initiative qui rend hommage à tous ceux qui ont précédés Bram Stoker sur la thématique du suceur de sang.

C’est donc un étrange ouvrage que nous proposent les Éditions Le Pré aux Clercs. Sans doute leur est-il apparu utile et nécessaire de retracer l’historique des vampires devenus aujourd’hui des best-sellers de littérature pour adolescents et adultes, avec le prodigieux succès commercial de la “littérature de morsure” bit-lit ?

Pourtant, s’il s’agissait d’instruire les adolescents avec un cours d’Histoire, il y a eu bien des développements sur le thème des vampires depuis le roman de Stoker. Il y a d’abord la longue liste des différentes interprétations cinématographiques, depuis le « Nosferatu » de Murnau (1922) et le « Dracula » de Tod Browning (1931), à tous les Terence Fisher des années 60, et jusqu’au splendide remake de « Nosferatu » de Werner Herzog en 1979, sans parler du Coppola de 1992. Quant à la littérature, elle a considérablement enrichi et magnifié cette mythologie. Pour ne prendre qu’un exemple, on ne peut plus parler de vampires de la même façon depuis la longue série d’ouvrages d’Anne Rice. Il faudrait même y ajouter les séries télé de Joss Whedon « Buffy » et « Angel » si on se cantonne au siècle dernier.

Tout le XXe siècle a donc largement participé à un approfondissement du mythe et il y a eu beaucoup de chemin parcouru entre le texte de Bram Stoker de 1897, sur lequel est basé ce « Traité de Vampirologie », et les romans de Stephenie Meyer. Dommage que tout ce pan de l’histoire des vampires n’ait pas été pris en compte. Gageons que ce sera le sujet d’un prochain ouvrage.


Titre : Traité de Vampirologie, par le docteur Abraham Van Helsing
Auteur : Édouard Brasey
Couverture : maquette d’Élodie Saracco
Editeur : Le Pré aux Clercs
Site Internet : fiche recueil (site éditeur)
Pages : 468
Format (en cm) : 18 x 13 x 4,5
Dépôt légal : janvier 2009
ISBN : 978-2-84228-358-2
Prix : 19 €



Hervé Thiellement
31 mars 2009






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