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Mystère Olphite (le)
Carina Rozenfeld
L’Atalante Jeunesse, Le Maedre, science-fiction / anticipation, mai 2008, 286 pages, 14€

Au XXIIe siècle, une nouvelle race est apparue sur Terre suite à l’impact d’une météorite : les Olphites. Capables de projeter leur esprit aux côtés des comètes grâce à leur Don, ils sont adulés comme des demi-dieux, mais vivent reclus au sommet des montagnes, dans des écoles qu’ils intègrent dès leur enfance. Maor, un jeune Olphite, fuit son école du Mont Blanc à la veille de sa majorité. Il refuse de devenir un prêtre olphite, car il a découvert leur secret...



Complètement déboussolé dans le monde des hommes dont il est coupé depuis son entrée à l’école dix ans auparavant, Maor doit à la chance, ainsi qu’à quelques généreux anges gardiens, de ne pas être rattrapé par les pisteurs olphites lancés à ses trousses, menés par le cruel Antaar.

Armaggeddon


Fuyant son école, à la recherche de sa mère, Maor va croiser la route de Sirius, une jeune femme qui s’oppose, avec d’autres, à la confiance aveugle de l’humanité dans les Olphites. Car, détail que Maor ignore, une comète menace de s’écraser sur la Terre, et Ikar, le porte-parole des Olphites, a déclaré que les grands prêtres allaient unir leurs forces pour la détourner. Mais Maor est bien placé pour savoir que ce n’est pas en leur pouvoir !

Avec Sirius, à qui il n’est pas indifférent mais qui déteste les Olphites, il va rencontrer le professeur Hermann, le découvreur de la météorite olphite. Et à eux trois, ils vont devoir empêcher la fin du monde et déjouer le plan d’Ikar.

Complexe, riche, mais fluide


Le roman de Carina Rozenberg démarre vite et bien, pour conserver ce rythme sur près de 300 pages.
Certains passages sont bien évidemment attendus (quand et surtout comment Sirius découvrira-t-elle que Maor est un Olphite ? pourquoi a-t-elle des migraines ?), mais au fil du récit, leur évidence à la limite du cliché s’estompe au profit de la logique de la narration. Vers la moitié du livre, alors qu’on se sait à deux doigts du dénouement, Carina Rozenfeld réussit à réhausser encore l’attachement du lecteur pour ses héros pour 150 pages de plus, qui se dévorent encore plus vite.

Les thèmes abordés savent déborder de la science-fiction et de ce récit assez classique : la fin du monde empêchée par un vieux savant et deux jeunes amoureux mutants.
Ainsi, lors de la fuite de Maor de son école, a-t-on une vision peu reluisante de la société du futur : Nouvelle-Chamonix est une station balnéaire aussi clinquante que son ancêtre du XXe siècle, où la pauvreté n’a guère droit de cité. Par les yeux émerveillés du héros, cette découverte pourrait également être celle d’un enfant immigré clandestin d’un pays pauvre d’aujourd’hui... La démesure est également présentée par un gigantesque hôtel-aquarium à Las Vegas, tache liquide au milieu du sable brûlant.

L’écologie est également présente en toile de fond. Les effets du réchauffement climatique ont facilité l’ascension du Mont Blanc ou rendu certains déserts totalement impropres à la survie.

Les Olphites sont eux-mêmes un amalgame étrange et captivant : ils sont mutants, et on se souviendra des thèmes déjà développés dans des séries comme les « X-Men », avec le racisme, la peur, l’ambition conférée par le pouvoir ou l’idée qu’on est supérieur... À cela s’ajoute une dimension pseudo-religieuse, car ils sont organisés comme tel, les grades de leur société étant ceux d’une prêtrise, et on repensera à l’ambivalence des sectes (au sens large, du christianisme à la Scientologie), de l’attrait qu’elles dégagent, de leur message qui se veut positif malgré des incohérences internes et des méthodes parfois douteuses.

La place des femmes


Cependant, l’élément le plus marquant viendra de la reproduction des Olphites : ils passent par des mères porteuses, volontaires et inséminées artificiellement, et qui élèveront leur petit garçon jusqu’à ses 8 ans avant de le laisser partir... en échange d’une rente à vie et d’un statut social envié. Carina Rozenfeld dépeint ici des femmes qui voient leur capacité à donner la vie comme un moyen, désacralisant totalement la maternité, lui préférant l’attrait du profit. Avec deux exemples, celui de la soeur de Paul, peu développé hélas, et celui, malheureux, de la mère de Sirius, qui a vu ses projets s’effondrer faute d’avoir eu un garçon.

On appréciera également la richesse du monde olphite décrite par les en-têtes de chapitre, incipits extraits de sources diverses et adroitement reliés à l’évolution du récit. On sent que la lecture de « Dune » de Frank Herbert a fait des émules...

Une dizaine de petites coquilles subsiste, rien de bien grave, même si on regrettera cette légère imperfection dans un livre destiné aux jeunes lecteurs, mais que les plus grands liront, vous l’aurez compris, sans déplaisir !

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Le mystère olphite - corrections

Titre : Le mystère Olphite
Auteur : Carina Rozenfeld
Couverture : Gilles Francescano
Editeur : L’Atalante (Jeunesse)
Collection : Le Maedre
Directeur de collection : Stéphane Manfrédo
Site Internet : Fiche roman
Pages : 286
Format (en cm) : 14,5 x 20 x 2
Dépôt légal : mai 2008
ISBN : 978-2-84172-431-4
Prix : 14 €


Retrouvez une interview de l’auteure ici
D’autres ouvrages de Carina Rozenfeld sur la Yozone :
- Les Clefs de Babel


Nicolas Soffray
18 août 2009






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