YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




L’Architecture Martienne
Un dossier réalisé par Pierre Brulhet & Olivier Walter


Nous sommes tous allés sur Mars ! Ou presque...
Nous avons utilisé des livres, des films, notre imagination et cultivé l’espoir. Mais au fond, il se pourrait bien qu’un jour...

Il nous a paru utile et intéressant de donner la parole à Pierre Brulhet et Olivier Walter qui travaillent sur le sujet de « l’habitat martien » depuis de nombreuses années.
Ou quand la passion des uns croise la trajectoire de nos rêves et nous catapulte vers le futur.

1. Le rôle de l’architecte

Depuis le début de la conquête spatiale, il semble que l’architecte ait été un peu oublié dans la grande aventure du monde des étoiles. Il pouvait sembler au départ peu évident de l’utilité de sa présence : l’activité spatiale se résumant surtout à la conception de fusées, satellites, navettes spatiales et stations orbitales.
Des personnalités comme Loewy et l’architecte Rougerie (conception d’habitat sous-marin) ont prouvé le contraire en collaborant étroitement avec la Nasa. Mais ces interventions furent plus sporadiques que conséquentes, même si l’influence du designer Loewy a été déterminante sur les programmes de vols habités par la Nasa.

Pourtant, à l’heure où l’on envisage sérieusement de « construire » sur Mars, le recours d’un architecte se justifie pleinement.
L’architecte doit concevoir un habitat pour une poignée de chercheurs qui passeront plus de 2 années terrestres dans un milieu très hostile.
Le projet d’une base habitée que prévoit la Nasa pour l’horizon 2020-2030 (voir encadré ci-dessous) après être retournée sur la Lune, n’est que la première étape de la venue de l’Homme sur la planète Mars. Elle servira de point de départ, à la construction d’une véritable base.

Dans le contexte, les ambitions de l’architecte sont les suivantes :
-  L’architecte, c’est le médiateur. Il est celui qui rassemble un ensemble de corps de métier. Son rôle n’est pas d’être spécialiste sur un domaine précis mais d’en avoir une connaissance suffisante pour réunir, coordonner et harmoniser un ensemble de compétences. C’est un chef d’orchestre. Ce n’est pas un hasard, si la station Mir ou le projet de base martienne par la Nasa sont plus fonctionnels qu’esthétiques (même s’il n’y a pas contradiction) : elles ont été d’abord conçues dans un but rationnel. L’architecte se doit aussi d’être le défenseur de la « non-laideur ».
-  Le rôle de l’architecte sera d’anticiper les besoins des futurs astronautes. Il doit avoir une démarche innovante. Il doit en quelque sorte rassembler et imaginer un maximum d’éléments qui n’existent pas encore, afin de voir le problème avant qu’il n’ait existé ! C’est une démarche qui se veut à l’écoute des besoins de l’Homme.
-  La mission de l’architecte se doit de prévoir comment vont vivre les habitants de la station. Il doit reproduire un scénario possible, où tous les éléments qui constituent une journée d’un scientifique soient pensés, anticipés. Comment réagira-t-il à la faible pesanteur ?
L’architecture intérieure va-t-il influencer son comportement ? Est-ce que vivre dans un milieu très hostile aura des répercussions sur son humeur, sa communication, ses relations sociales avec les autres scientifiques ? Ce sont quelques unes des questions que l’architecte devra se poser.
- Si l’architecte est censé penser pratique et utile dans la construction de la base, il ne doit pas oublier une certaine idée de confort. Cette idée ne découle pas forcément du pratique et de l’utile. C’est aussi un subtil mélange de « beau » et de quelque chose qui se différencie des habitudes. Il devra condenser son savoir dans tout le passé architectural dont il est porteur et apporter quelque chose de personnel. De là doit naître un concept nouveau, à l’instar du « monospace » Renault Espace qui, en 1984, bouleversa la vision de l’automobile contemporaine.
-  L’architecte est capable de rapprocher des concepts opposés. Les projets se nourrissent des mélanges de cultures. Sur un site étranger, dépourvu de toute histoire d’architecture et totalement vierge, le rôle de l’architecte sera de trouver un dialogue entre l’histoire architecturale terrienne que nous importons et l’histoire martienne naissante.
-  La démarche de l’architecte ne doit jamais être gratuite. La conséquence architecturale de son concept doit au contraire avoir été mûrement réfléchie, étudiée, imaginée dans tous les sens possibles afin que l’aboutissement du projet soit la suite logique de l’idée initiatrice. Comme le résume une phrase célèbre de Le Corbusier, l’architecture c’est « se donner si passionnément à l’étude de la raison des choses, que l’architecture en devienne la conséquence ».
- Le véritable pari sera de trouver un terrain d’entente et de construction positive entre les architectes et les techniciens  : l’architecte pour le beau, le confortable, le fonctionnel ; le technicien pour la technicité, le quantitatif, la rationalité du projet.

2. Contraintes dues aux lanceurs terrestres

Aujourd’hui, le transport du matériel et de l’équipage vers Mars est limité par la taille de nos lanceurs. Le plus gros disponible est celui d’Ariane V qui peut envoyer et poser jusqu’à 2 tonnes sur la Lune. Pour Mars il faudra beaucoup plus ! Le voyage vers Mars ne sera possible que si nous préparons une expédition d’envergure. Même avec cela, nous serons toujours confrontés à des éléments mécaniques comme :
- Le diamètre des derniers étages de fusées.
- La quantité de carburant à emporter en fonction de la masse totale à pousser.
- Les différents matériels nécessaires pour faire vivre un équipage pour le voyage de la Terre (ou la Lune) vers Mars, l’entrée en atmosphère martienne, le séjour sur place de plusieurs mois et enfin le retour vers la Terre.

3. Les contraintes de Mars

Une fois sur Mars, nous nous trouverons dans un contexte certes plus amical que celui du vide spatial, mais toujours hostile à la vie humaine :
- Absence d’oxygène dans l’atmosphère : respiration et vie impossible.
- Absence d’eau en surface : nécessité de la prélever en sous-sol.
- Violentes tempêtes de poussière : visibilité difficile, sorties compromises.
- Froid : jusqu’à -120°C en hiver.
- Rayons ultraviolets : se révèlent dangereux lors d’une trop longue exposition sans protection et provoquent des cancers de la peau.
- Faible pesanteur : environ 3 fois inférieure à celle de la Terre (problème d’adaptation, possible décalcification des os, fonte d’une partie de la masse musculaire, nouveaux types de déplacements avec modification du rythme de la marche comme sur la lune, emploi plus prononcé des bras).
- Micrométéorites : l’atmosphère très ténue de la planète empêche de désintégrer tous les petits corps célestes arrivant. Il y a un risque, certes minime, de collision avec la base.
- Inconnus ?

Si nous devions nous mettre dans la peau de nos voyageurs, il nous faudrait imaginer rester 3 à 6 mois (suivant le type de propulsion choisi) dans un vaisseau spatial exigu, soumis au stress de l’éloignement de la Terre. Un petit espace de vie dans une structure fragile et dans un milieu hostile. L’état psychologique de l’équipage risque de devenir rapidement un réel problème. Afin de soutenir nos futurs Martiens, l’optique consistera à proposer une « carotte » (rappelez-vous de Skylab et cf.la citation des « p’tits beurres »).

Pour l’architecte, la carotte serait l’habitat. En effet, le fait de proposer à 4 ou 6 astronautes fatigués, un habitat « douillet » et facile à monter, devrait permettre de surmonter les difficultés du voyage et de l’arrivée sur Mars.
Après une longue promenade, nous connaissons tous cette merveilleuse sensation qui consiste à mettre les pieds près du feu pour se détendre. Ainsi donc, le décor est planté. Il va falloir réaliser un habitat de première classe pour nos « martionautes » fatigués après une longue et éprouvante journée de travail et qui devront récupérer physiquement et psychologiquement rapidement afin que leur séjour martien se déroule dans des conditions optimales et humaines.

Rappelons nous rapidement les contraintes de départ de cet habitat :
- Un volume de départ faible et cylindrique.
- Des matériaux légers.
- Une grande facilité et rapidité de mise en place.
- Un habitat terrien et martien à la fois.
- etc.

4. La qualité architecturale : impact sur un projet

Comme dans tout projet, un « Cahier des Charges Fonctionnelles » doit être défini :

JPEG - 59.1 ko

Les éléments qui vont suivre devront être pris en considération si on veut obtenir un bon équilibre entre la qualité constructive de l’habitat et le confort de l’équipage.

Les matériaux :
Ils auront une part essentielle à la réalisation du projet. Il faudra compter sur des matériaux nouveaux, innovants comme ce fut le cas pour le programme Apollo avec l’invention du velcro ou encore du téflon.
L’apport de vitres dotées en leur surface d’un film « autonettoyant » (Clearshield de Ritec) qui « mange » les saletés au contact des rayons UV, de nano-robots qui nettoieront et recycleront les déchets, de tissus dotés de capacités autonettoyantes, massantes, etc. L’utilisation de structures gonflables pour les serres ou encore une extension de l’habitat ou de l’espace travail, apportera un confort supplémentaire aux « martionautes » et s’avérera certainement indispensable à la conquête de Mars.
De même, le traitement des matériaux, de leur aspect visuel et au toucher, sera très important. On le voit avec l’automobile et ses grandes routières (type Peugeot 607) où un soin tout particulier a été apporté à l’habitacle conçu comme un salon de première classe pour les passagers qui peuvent voyager sur de longues distances.

Le bruit :
Il peut s’avérer être autant un problème (bruit de la structure dû aux dilatations contractions provoquées par des variations de température extérieure) et être un facteur de stress, qu’un élément rassurant (bruit régulier de la machinerie, ventilation). Tous ces données devront être prises en compte pour le confort des « martionautes ». Il faudra prendre en considération l’espace intime et collectif.

La couleur :
Elle peut jouer un élément de sécurité et d’information comme des codes couleurs aux différents sas, indiquant la fonction du lieu par exemple.

La lumière :
Un traitement tout particulier de l’éclairage devra être considéré pour le confort visuel de l’équipage. Le nombre restreint et la faible dimension des hublots nous obligera à compenser le manque de lumière naturelle du jour, par un système d’éclairage astucieux et varié, au service du travail, des repas, de la détente et du sommeil.

Le traitement de l’espace :
Il faudra prévoir un grand confort et utiliser un maximum d’espace habitable dans un espace réduit dès le départ. La présence de lieux confinés comme les chambres ou un espace dédié, sera nécessaire afin que les habitants puissent avoir leurs moments de tranquillité s’ils en éprouvent le besoin, ou s’ils veulent s’entretenir avec leur famille sur la Terre via le biais de message vidéo (en tenant compte d’un délai de vingt à quarante minutes à cause de l’éloignement).
Il faudra cependant éviter le piège de l’isoloir, qui risquerait qu’un passager « un peu trop solitaire », ne se coupe du reste de l’équipage et fasse une dépression. Bref, il faudra trouver un équilibre entre vie en communauté et possibilité de s’isoler quelques heures (détente, recueillement, sommeil).

5. L’habitat martien vu par la Mars Society et l’association Planète Mars

Les bases de simulations martiennes

Il existe, en dehors des travaux de la Nasa, des études sur l’habitat martien par des organismes privés comme la Mars Society ou l’association « Planète Mars » (section française de la Mars Society). Les bases de simulations martiennes Flashline sur l’île de Devon ou la MDRS (Mars Desert Research Station) dans le désert de l’Utah ou la future base européenne (Euro-Mars), en sont les parfaits exemples.
Des chercheurs venus du monde entier y viennent pour valider des expériences et préparer la venue de l’Homme sur Mars, en simulant au maximum les conditions de vie, de travail, comme les sorties en scaphandre ou la reproduction des délais de transmissions Terre/Mars par exemple.

Concepts d’habitats martiens

Depuis sa création en 1998, « Planète Mars » s’est toujours montrée intéressée, impliquée aux idées de concepts d’habitats martiens proposés par les architectes, membres de l’association : Pierre Brulhet et Olivier Walter.
L’implication de « Planète Mars » dans ces projets est multiple et revêt plusieurs formes. Son but est de promouvoir auprès du grand public l’intérêt de l’exploration martienne par :

- Les expositions/conférences : présentations de panneaux, images, films 3D, maquettes de projets d’étudiants d’écoles d’architecture ou de design lors de congrès européens de la Mars Society (Palais de la découverte, IPSA), au CNES, ou évènementiel comme le Salon du Bourget.

- La presse : articles, dossiers proposés dans les magazines de vulgarisation scientifique ou scientifique.

- Les partenariats : auprès d’écoles d’ingénieurs (IPSA, Insa), de design (Strate Collège Designer) ou d’architecture (Paris Val de Seine).

- Un CD : création d’un CD interactif en partenariat avec « Planète Mars » et l’école d’architecture de Paris Val de Seine, montrant des films 3D de projets d’étudiants sur l’habitat martien.

- Les images de synthèse/dessins : proposant divers concepts d’habitats martiens personnels ou réalisés par des étudiants.

- Une maquette : réalisation au 1/40ème d’une maquette de base martienne en partenariat avec « Planète Mars » et le Strate Collège Designer, mettant l’accent sur les structures gonflables afin d’augmenter l’espace habitable.

- Euro-Mars : Projet de construction d’une 3e base de simulation (après celle sur l’île de Devon et celle dans le désert l’Utah) en Islande : Euro-Mars. Ce projet regroupe 4 sections européennes de la Mars Society, dont la section française « Planète Mars ».


Liens utiles :
http://www.planete-mars.com (en Français).
http://www.marssociety.org (en Anglais).

Contact :
[email protected]

Architecte, passionné par Mars, Pierre Brulhet a également écrit un roman pour enfant que nous avions lu et critiqué avec grand plaisir : « L’Enfant du Cimetière » (lulu.com éditions).

Dossier réalisé par : Pierre Brulhet & Olivier Walter


En savoir plus sur Mars avec la Yozone

Cinéma
La Guerre des Mondes version Spielberg
Objectif Mars le documentaire à ne pas rater !
et bien d’autres films en “Archives” cinéma.
Sans oublier la première version de :
La Guerre des Mondes de 1953
Et quelques petits dossiers Ciné pour les puristes :
Le grand Oeuvre de Jean-Pierre Fontana, des débuts du cinéma à nos jours !!!!
Une filmographie des films martiens depuis l’origine du Cinéma (et de la TV)
Et si vous n’êtes pas encore persuadé de tout savoir :
Rétro sur La Guerre des Mondes

DVD
La Guerre des Mondes de Byron Haskin, une réédition Paramount avec restauration numérique de qualité.

Mais n’oublions pas que tout vient d’un livre !!!!

Littérature
La Littérature de SF s’est intéressée à Mars et aux Martiens depuis très longtemps. Bien débuter sur le sujet grâce à la Yozone
La Guerre des Mondes et des Livres
On a marché sur Mars
Retour sur Mars
La trilogie martienne
Et un petit retour sur un livre hommage à « La Guerre des Mondes » et à « La Machine à Explorer le Temps » de H. G. Wells par un autre grand écrivain anglais : Christopher Priest
La machine à explorer l’Espace

Bande Dessinée
H.G. Wells : le maître de la science-fiction en BD

Bonnes lectures à tous !


8 juin 2007






JPEG - 6.6 ko
Loewy : étude en maquette de volume intérieur pour une station spatiale.



JPEG - 9.8 ko
Rougerie : habitat sous-marin.



JPEG - 11.3 ko
Une base martienne vue par la Nasa.



JPEG - 7.3 ko
Concordia : sur le modèle de la base Concordia en Antarctique, un des derniers projets de base martienne de la NASA, prévoit la conception de deux modules cylindriques sur pilotis, reliés entre eux par un sas où vivront 6 membres d’équipage.



JPEG - 14.6 ko
O.Walter : intérieurs d’un habitat martien.



JPEG - 11.4 ko
Carter Emmart : un aménagement martien.



JPEG - 10.3 ko
Renault Espace : un modèle d’espace et de modularité intérieure. Conçu par Renault et Matra en 1984, l’Espace fut le premier monospace commercialisé : C’est le concept de la voiture fonctionnelle, bénéficient d’un grand espace intérieur modulable (optimisé grâce à l’architecture monocorps du véhicule : moteur transversal à l’extrémité avant pour gagner de la place, pare-brise très incliné, hauteur de planché et plafond maximum, proéminence des baies vitrées, roues dégagées) et d’une multitude d’astuces de rangements pour le confort et le bien être des passagers. Après des débuts mitigés, l’Espace connaît un succès tel que toutes les marques automobiles mondiales l’ont aujourd’hui copié.



JPEG - 18.7 ko
« La Nasa avait soigneusement programmé leurs régimes, mais les astronautes ont très vite commencé à jouer avec le programme en réservant ce qu’ils appréciaient particulièrement, comme les biscuits au beurre, pour s’en servir à motiver quelqu’un à accomplir une tâche qu’ils n’avaient pas envie de faire » (crédits © Nasa).



JPEG - 16.1 ko
Bigelow : modules gonflables pour l’espace.



JPEG - 7.7 ko
Traitement intérieur d’un voilier.



JPEG - 4.5 ko
James Turrel : la lumière structure l’espace.



JPEG - 9.3 ko
La MDRS dans le désert de l’Utah (crédit © P. Brulhet).



JPEG - 11.7 ko
CD interactif : Films 3D de projets d’habitats martiens par des étudiants en école d’architecture (crédit © École d’architecture Paris Val de Seine, Planète Mars)



JPEG - 9 ko
Espace salon dans une base martienne (crédit © O. Walter)



JPEG - 9.4 ko
Concept d’habitat avec structures gonflable (crédits © P. Brulhet, O. Walter, S. Chauvel)



JPEG - 13.8 ko
Maquette de base martienne par les étudiants du Strate Collège Designer et Planète Mars (crédit © P. Brulhet)



JPEG - 10.4 ko
Intérieur d’Euro-Mars par les architectes O. Walter, P. Brulhet, Totzek, F. Blok (crédit © S. Chauvel)



JPEG - 9.2 ko
Pierre Brulhet dans le désert de l’Utah, en scaphandre et en mission martienne



JPEG - 16.9 ko
Un paysage martien « typique » (© Nasa).



JPEG - 7.9 ko



WebAnalytics