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Utopiales 2005 : l’interview exclusive de John Landis
Entretien exclusif avec le président du jury cinéma des Utopiales 2005
novembre 2005

C’est à l’occasion des Utopiales 2005, que la Yozone a eu l’occasion de rencontrer John Landis. Charmant, rieur et incroyablement bavard, le président du prix cinéma s’est avéré particulièrement sympathique.



Que pensez-vous de la sélection, maintenant que le prix a été décerné ?

Il y avait de tout, de bons films, des mauvais. Le film russe, The first on the moon, d’Aleksey Fedortschenko, a fait l’unanimité.
Il n’y a pas tant de vrais films de science-fiction. A bien réfléchir, Star Wars n’en est pas un, c’est de la fantasy. Le meilleur est probablement Docteur Folamour. Il n’y en a vraiment pas beaucoup, Metropolis, Things to Come, Blade Runner, Mondwest...
Peut-être que maintenant nous utilisons le terme de science-fiction pour tout et n’importe quoi... Il y a même des films d’horreur que l’on appelle science-fiction.

Quels sont vos films qui vont ont rendu célèbres ?

En France Blues Brothers, le clip Thriller, Un Fauteuil pour deux ; en Angleterre, aux USA, c’est certainemen American College, et Blues Brothers, en Espagne c’est 3 amigos ! ; en Tchécoslovaquie Drôles d’espions était culte là-bas, quand c’était encore la guerre froide, parce que c’était un film qui se moquait aussi bien des Russes que des Américains. Une fois que l’on a fait un film, il part et mène vraiement sa propre vie...
En Afrique, au Japon, en Afrique de sud, on me parle toujours de Un Prince à New York...

D’où vous est venue l’idée du Loup-Garou de Londres ?

En 1969, j’étais assistant sur le film de Clint Eastwood De l’or pour les braves en Yougoslavie. Deux choses eurent lieu. Tout d’abord j’étais en route pour Belgrade en compagnie d’un bonhomme très cultivé, Sasha. Nous faisions route - il n’y avait vraiment pas beaucoup de voitures à l’époque - et nous avons dû nous arrêter à un carrefour... il y avait un groupe d’une trentaire d’individus, un prêtre avec de l’encens, des gitans qui ressemblaient... je n’en croyais pas mes yeux aux gitans des films Universal... comme des figurants dans un films. C’était un enterrement. Le mort était dans son suaire... avec des guirlandes d’ail ! Je n’y comprenais rien : ils ont enterré le gars debout et Sasha est allé se renseigner. Il est revenu hilare, les larmes aux yeux. Cet homme avait fait quelque chose de très grave, je ne sais pas quoi, et il avait été tué. Ils prenaient toutes ces précautions pour que le corps ne reviennent pas d’entre les morts.
Devant la réaction de Sasha, j’ai commencé à me demander comment nous réagirions si cet homme revenait effectivemait nous hanter. Ainsi dans le Loup-garou de Londres, j’ai pris un principe imaginaire et je l’ai rendu réel. C’est pour cela que le film est drôle. Ce n’est pas une comédie, mais cela est très drôle. Je me demandais comment des personnes cultivées pourraient réagir.

Votre deuxième film, Hamburger film sandwich fonctionne toujours.

Parce que c’est drôle ! Mes deux premiers films étaient choquant au moment de leur sortie. Ils étaient sans concession. Maintenant ils ont perdu cette charge, on voit bien pire à la télévision. On l’a fait en vingt jours seulement...

Que pensez-vous des progrès de la technologie, comme la vidéo digitale ?

C’est extraordinaire. Quand j’étais jeune, pour faire un film, il fallait du 16mm, de l’équipement... et tout cela était très cher ! Même pour un film d’étudiant, il n’était pas évident de trouver l’argent pour le faire. Maintenant rien qu’avec une de ces petites caméras DV, on peut faire un film qui tienne la route, faire le montage sur son Mac, mettre une bande son.
L’année dernière j’ai fait un documentaire en DV, Slasher. Je ne sais pas s’il va être distribué en France.
Dans dix ans il n’y aura plus de films sur pellicule, tout sera digital, mais cela aura toujours l’allure de la pellicule. Aujourd’hui on voit encore la différence, mais cela ne sera pas toujours le cas. La technologie n’est qu’un outil. En terme de cinéma, il n’y a pas de différence entre maintenant et 1900. Certes il y a le son, de meilleures caméras, de meilleurs objectifs, mais en terme de la manière de raconter une histoire, en terme de montage, c’est exactement la même chose.
On juxtapose des images pour raconter une histoire.
Regardez une photos de tournage de 1910, on voit un acteur, une caméra et une équipe technique. Maintenant en 2005, c’est toujours la même chose !

Depuis mes huit ans, c’est ce que je veux faire, tourner des films. J’ai eu de la chance parce que j’ai grandi à Los Angeles. À l’époque il était un peu étrange de vouloir devenir un metteur en scène. On voulait devenir une vedette, pas un metteur en scène ! Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que les choses ont changé. Spielberg, Lucas, Coppola étaient surnommés « la revanche des binoclards ». Ils étaient ceux qui, au lycée, s’occupaient du ciné-club ! Maintenant c’est très chic, de vouloir devenir metteur en scène.

Tout est différent à Hollywood maintenant, les films ne sont plus faits de la même manière. La structure du financement a beaucoup changé. Je réalise maintenant, en regardant en arrière, combien j’ai eu de la chance parce que quand j’ai commencé ceux qui dirigeaient les studios étaient à la tête de leur propre entreprise. Aujourd’hui, la moindre compagnie de cinéma est une subdivision d’une multinationale tentaculaire. Tout est moins créatif mais nettement plus comptable. Cela se voit dans les films. J’ai fait des films qu’il n’est plus possible de faire maintenant. Quel studio prendrait le risque de faire Chinatown maintenant ?

Avez-vous des acteurs fétiches ?

Chaque fois que j’ai fait un film, les acteurs que j’aurais vraiment aimé avoir été déjà morts depuis longtemps ! Dans le temps, la liste des acteurs de premier plan était immense, maintenant il ne reste que Bradd Pitt, George Clooney et Tom Cruise. Ce sont des acteurs brillants mais il n’est pas possible de se les offrir !

Avez-vous des projets personnels qui vous tiennent à coeur ?

Beaucoup ! J’ai toujours voulu faire un film d’après le roman de Mark Twain Un Yankee à la cour du roi Arthur. Peu de personnes l’ont lu. Il avait une définition pour la notion de classique : « Un livre que tout le monde connaît et que personne n’a lu. » C’est vrai pour ce livre. Il est très amusant mais aussi très sombre. J’ai fait plusieurs scripts...

Comment regardez-vous un film : comme un simple spectateur ou avec l’oeil du cinéaste ?

Je ne suis pas jaloux, je suis admiratif. J’aime le cinéma. Je suis peut-être parfois jaloux des opportunités.

Quelle différence faites-vous entre l’Europe et les USA ?

Les Européens ont une perception très différente de la culture populaire. Quand Mark Twain a été fait docteur honoraire de l’université d’Oxford en 1900, il a dit dans son discours « Aux États-Unis, on vous considère pour vos dernières oeuvres, en Europe on vous considère pour vos plus grandes oeuvres. » Et c’est vrai, surtout en France ! En France on reconnaît la bouteille de Coca-Cola pour la perfection de son design, aux USA, ce n’est qu’une bouteille. On se moque toujours de la façon dont vous considérez Jerry lewis...
Mais l’inverse est vrai. Quand j’ai rencontré Fellini, ou Pasolini, ils ne pouvaient pas trouver un financement.
Kurosawa a été financé par George Lucas parce que les Japonais l’ignoraient. Un des cinéastes les plus importants, Satyajit Ray, a même eu des difficultés.

Et l’entretien de continuer sous la forme d’une conversation érudite entre John Ford et Jacques Tati. Un homme charmant, un cinéphile passionné. Tout ce que nous aimons à la Yozone !

PRIX

  • Utopiales 2005
  • Prix de l’imaginaire, Verlanger et Jules Verne
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  • John Landis (président du Jury du Festival de Cinéma
  • Jean-Pierre Dionnet
  • Ray Harryhausen
  • Joe Haldeman
  • Ian Watson
  • Didier Cottier

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  • L’année Jules Verne
  • Le programme littéraire
  • Ecriture : mode d’emploi
  • L’absurde séance
  • Un festival de Cinéma

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    Le site officiel du fesitval : www.utopiales.org


  • Etienne Barillier
    1er novembre 2006






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