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Le Paris des curieux
Michel Dansel
Larousse, essai, 319 pages, mai 2018, 15,95 €


« Tout, dans le Paris des curieux, ruisselle sur les parois du réel. »

Une maison d’artistes avec des escaliers couronnés de marquises, un pont entre ciel et cimetière, des toilettes publiques « artistiquement uniques », un quartier général ferroviaire redécouvert sous le gare de l’Est, une étonnante et improbable maison de verre construite autour d’un appartement conservé tel quel, les temples de l’institution maçonnique, une église prisée par les artistes, une autre sculptée d’une mystérieuse « boule-aux-rats », telles sont quelques-unes des curiosités décrites dans la première partie, « Trésors d’architecture  ».

« Se retrouvaient déjà ici les impressionnistes Renoir, Sisley, Monet, Pissarro… Mais Baudelaire, Théophile Gautier, Verlaine ou les frères Goncourt n’ignoraient pas ce lieu, pas plus qu’Apollinaire un peu plus tard. »

Mais le « Paris des artistes » n’est pas en reste. On y trouve, c’est inévitable, les plus fameux cafés littéraires, le Procope, le Musain, le Lamblin, la brasserie Wepler, le café de Flore, et à Montparnasse le Dôme, la Coupole, le Select. Mais on est également invité à découvrir des lieux parfois moins connus du grand public, comme le Pont traversé, librairie entièrement dévolue à la poésie fondée par Marcel Béalu, le mystérieux temple de l’Amitié, les marches de l’immeuble sur lesquelles serait née Edith Piaf, ou encore l’hôtel Louisiane où sont descendus tant de chanteurs et de musiciens célèbres.

Autres lieux encore, et pas des moins célèbres, dans la partie intitulée «  Secrets d’histoire », mais les plus intéressants sont sans doute ceux qui permettront de poser des « colles » à ceux qui croient tout savoir. Où peut-on encore voir, dans la capitale, un ordre de mobilisation générale daté du 2 août 1914 ? Quels sont les endroits où l’on peut trouver, incrustés dans le bitume, ceux qui existent encore des cent-trente-cinq médaillons marquant le méridien déterminé par François Arago ? Sur quels murs peut-on trouver deux des seize mètres étalons installés en des endroits de grand passage en 1796 et 1797 ? Quels étaient les objets qui sont restés cachés durant près de deux siècles dans la statue équestre d’Henri IV du sculpteur François-Frédéric Lemot ? Quelle est la seule des avenues de Paris à ne pas être bordée d’arbres ? Enfin, par quelle facétie est-il possible de prouver à vos interlocuteurs que le plus ancien monument de Paris n’est pas, loin s’en faut, les Arènes de Lutèce ?

« Par ailleurs, la devanture de cette boutique-atelier musée est bleue comme la mer quand la mer a décidé d’être bleue ! Nous nous trouvons transportés, entre le monde des guindeaux et celui des cabestans, dans une croisière onirique où les phares, les lanternes, les feux de position et les balises nous précipitent dans des temps plus anciens (…)  »

Une poigné de curiosités éclectiques dans « L’Envers du décor : Paris insoupçonné  », avec ce minuscule mais séduisant musée-boutique de lampes anciennes rue Flatters, des inscriptions dans les squares, un cadran solaire dû à Salvatore Dali, un mystérieux bâtiment qui a migré des Champs-Elysées jusqu’aux Jardins de l’Observatoire, deux étonnantes rues souterraines, une vitrine de rats empaillés, le cimetière Picpus, strictement privé et réservé aux descendants de nobles guillotinés, un passage couvert pour amateurs de perruques et de soins capillaires, et quelques autres singularités que nous laisserons aux lecteurs le soin de découvrir.

Bien des choses intéressantes, donc, dans ce «  Paris des curieux  », dans lequel tout un chacun devrait trouver des destinations à son goût. Si les commentaires s’égarent parfois un peu hors sujet, un ton plaisant et une grande variété thématique font de ce « Paris des curieux » un volume agréable à feuilleter. Œuvre de compilateur, le « Paris des curieux » ne prétend pas en apprendre aux érudits, mais son large éventail ouvrira peut-être même aux plus savants de nouvelles pistes topographiques, ou même biographiques. Car si l’on croise à travers ce volume bien des personnages extrêmement connus, comme Sartre ou Simone de Beauvoir, Remy de Gourmont ou le Maréchal Ney, on y trouve également mentionnés toutes sortes d’individus moins célèbres ou un peu oubliés, l’affichiste Adolphe Willette, mademoiselle Georges, maîtresse de Napoléon qui finit ses jours comme dame-pipi, le sculpteur Eugène-Ernest Hiolle, le poète et romancier Porto-Riche, le botaniste Jean Robin, l’homme politique René Viviani – pour n’en citer que quelques-uns. En fin de volume, le lecteur trouvera des itinéraires (plus exactement des listes de points d’intérêt à partir desquels le lecteur pourra se construire un itinéraire) par arrondissements et par thématiques – architecture, ateliers d’artistes, cafés et bistrots historiques – ainsi qu’une brève bibliographie, une poignée de citations et un plan avec l’emplacement des principales curiosités. Trop lourd pour être glissé dans le sac du promeneur, d’autant plus que la couverture, joliment fenestrée, est assez fragile, ce «  Paris des curieux » est également un beau-livre, richement illustré, pour chacun des lieux abordés, par des dessins d’Isy Ochoa.


Titre : Le Paris des curieux
Auteur : Michel Dansel
Couverture et illustrations : Isy Ochoa
Éditeur : Larousse
Pages : 319
Format (en cm) : 22 x 15,5
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9782035954725
Prix : 15,95 €

Découvrir Paris sur la Yozone :

- « L’équilibre du funambule »
- « Vagabondages littéraires dans Paris »
- « Le Club des longues moustaches »
- « Apollinaire, un flâneur entre deux rives »



Hilaire Alrune
19 juin 2018



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