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Equilibre du funambule (L’)
Céline Knidler
Larousse, collection Larousse romans, comédie poétique, 281 pages, juin 2018, 14,90€

Journaliste, auteur d’un mémoire de maîtrise intitulé « Le Paris souterrain dans la littérature », Céline Knidler met à profit ses connaissances de l’Histoire et de Paris pour un premier roman qui nous emmène dans les lieux prisés ou secrets de la capitale.



« Le ciel est mon domaine, l’ardoise, la tuile ou le zinc mon unique plancher. (…) Je ne respire que perché à des dizaines de mètres au-dessus de la ville. Les cheminées et les antennes sont mon horizon, les oiseaux et les chats de gouttière mes seuls compagnons.  »

Lui, c’est Ornicar Garthausen. À la tête d’une entreprise de couverture qui habille le sommet des bâtiments, il ne vit guère que dans le ciel, la tête dans les nuages, à tous les sens du terme. Sur les toits, il respire. Une épouse, plus par convenance qu’autre chose, une vie légèrement aérienne, mais quelque part, comme informulé, un sentiment d’inaccompli. Un jour, sollicité pour la réfection des toits de l’Opéra Garnier, il est victime d’un étrange accident : en examinant une cheminée, il bascule à l’intérieur et dégringole non pas jusqu’au niveau du sol, mais bien plus bas, dans les souterrains de la capitale, où il s’égare et croit son dernier jour venu.

« Les labyrinthes, les cachettes, les coulisses, les passages interdits sont ses terrains de jeux. La salle d’un restaurant ne l’intéresse guère : ses caves, oui. La nef d’une église est jolie, mais ses combles magiques. La rue est banale, tandis que ses souterrains deviennent une aventure. »

Fort heureusement, une jeune femme cataphile l’y trouve, le sauve, lui fait découvrir les singularités des catacombes, des lieux curieux et historiques dont il n’avait aucune idée. Cette jeune fille, c’est Helle, une étudiante en histoire qui mène une existence singulière, s’introduit nuitamment dans toutes sortes de lieux, et cherche, comme autrefois son père, le trésor légendaire du brigand Cartouche.

Cette jeune fille qu’Ornicar ne croyait que croiser, le voilà qui se trouve à nouveau en sa compagnie. Car lui qui croyait ne pas pouvoir tomber plus bas et ne jamais retourner dans les souterrains, s’y retrouve confronté le jour même, car il découvre en rentrant chez lui que sa propre maison l’y a comme suivi, engloutie par le vide de ces carrières qui jalonnent le sous-sol parisien. Pire, sa femme l’a quitté pour un poinçonneur de Lamarck-Caulaincourt. Et Ornicar, qui plane perpétuellement, n’avait jamais réalisé que ces plantes qu’elle lui faisait cultiver sur les toits n’étaient autres que de la marijuana dont elle faisait commerce : le voilà donc poursuivi par des malfrats qui veulent recouvrer quelques dettes.

« Les feux rouges passent au vert. Les rues désertes ne s’offrent qu’à nous. La ville lumière a revêtu sa robe d’ombre : Paris s’est rendu. Les enseignes clignotent pour saluer notre passage. Les pigeons s’envolent devant nos roues, nous ouvrent la route. »

Voilà donc Helle et Ornicar, que tout oppose, à commencer par leurs « biotopes » respectifs au sein de la capitale, lancés dans une étrange quête destinée à leur procurer l’argent nécessaire. Un joli prétexte pour découvrir bien des lieux parisiens dans lesquels ils s’introduisent nuitamment pour s’y livrer non pas à des larcins, mais à des activités que nous laisserons au lecteur le soin de découvrir. Le Panthéon (au sujet duquel nous recommandons une autre exploration nocturne décrite par Bruno Fuligni), la bibliothèque Mazarine, le Ritz, le bar Hemingway, la Samaritaine, l’église saint Eustache, le Louvre, la tour Eiffel, l’église Notre Dame de la Croix, tels sont quelques-uns des lieux emblématiques de la capitale dans lesquels nos aventuriers nocturnes s’introduiront tour à tour.

« Ornicar, que c’est joli ! Une conjonction de coordination en chair et en os ! Quelle agréable surprise ! Avec un nom pareil, Monsieur, vous devez être l’incarnation de l’harmonie entre les hommes, celui qui fait le lien entre ses semblables. »

Une aventure, une équipée passant par des nombreux lieux, donc, mais qui fera rencontrer à Helle et à Ornicar plus d’un personnage singulier : un vigile cruciverbiste, un ancien funambule, une machiniste, un bibliophile, un organiste, un cuisinier insomniaque et de haut vol, un amoureux de statues, et quelques autres représentants dans la faune nocturne de la capitale. Mais quel rapport entre tous ces personnages et une bible de Gutenberg, une loupe, un lutrin, un antiphonaire du XVème siècle, le caveau de Jean Frédéric Perregaux et un briquet fantaisie oublié au sommet du panthéon ?

Un style simple et léger, auquel nous ne reprocherons que certaines facilités de langage et une tendance marquée à l’accumulation de zeugmes pas toujours heureux (“Je (..) les range dans une malle de chantier, que je recouvre d’une bâche et d’un œil satisfait”, “Il s’agite, brasse de l’air au lieu de sa bière”, “Il pose le verre sur le zinc et un regard gêné sur moi” ), fait de « L’Équilibre du funambule » un roman simple et facile à lire, à mi-chemin entre la littérature pour la jeunesse et le roman pour adultes. Comédie pleine d’humour, avec des aspects tantôts poétiques, tantôts théâtraux, relevée par une note romantique (car, on l’aura très tôt deviné : dans ce roman avec des hauts et des bas, les deux personnages de goûts altitudinaux opposés étaient faits pour se rencontrer), « L’Équilibre du funambule » emmène le lecteur à travers la Capitale sans jamais le lasser. Sans prétention, drôle, tendre, et plein de charme, « L’Équilibre du funambule » fait découvrir Paris et ses lieux emblématiques avec une originalité bienvenue.


Titre : L’Équilibre du funambule
Auteur : Céline Knidler
Couverture : François Lamidon
Éditeur : Larousse
Collection : Larousse romans
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 281
Format (en cm) : 14 x 20,5
Dépôt légal : juin 2018
ISBN : 9782
Prix : 14,90 €


Quelques ouvrages au sujet de Paris sur la Yozone :

- « L’Affreux du Panthéon » de Bruno Fuligni
- « Vagabondages littéraires dans Paris » de Jean-Paul Caracalla


Hilaire Alrune
5 juin 2018






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