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Vagabondages littéraires dans Paris
Jean-Paul Caracalla
La Table Ronde, La Petite Vermillon, n°202, essai, 171 pages, mars 2018, 7,30€

Quel rapport entre Chateaubriand et Larbaud, entre Balzac et Cendrars, entre Stendhal et Simenon ? Quel rapport entre des auteurs aussi différents que Marcel Proust et Henri Miller ? Le lien est aisément établi : Paris. Cette ville dont certains croient que sans elle il ne saurait être de littérature ni de génie, cette ville qui toujours a su aimanter littérateurs et autres artistes. C’est donc à une série de « Vagabondages littéraires dans Paris » que Jean-Paul Caracalla, à travers ces onze biographies d’écrivains, invite ses lecteurs.



Valéry Larbaud, Chateaubriand, Stendhal, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Marcel Proust, Léon-Paul Fargue, Blaise Cendrars, quelques Américains à Paris et enfin George Simenon, tels sont les auteurs, d’époques et de genres variés, que Jean-Paul Caracalla nous convie à suivre un moment à travers la capitale. Mais que l’on se rassure : nous y croiserons bien d’autres personnes que ces onze écrivains : leurs épouses, leurs maîtresses, leurs amis, leurs concurrents, et bien d’autres personnages inscrits au panthéon littéraire et artistique de la capitale. Et nous ne découvrirons pas que leurs adresses, mais aussi celles des lieux qu’ils se sont délectés à fréquenter, comme ces fameux cafés littéraires au sujet desquels des volumes entiers ont été consacrés, ou encore les opéras, les théâtres, les salons, les boulevards.

En biographies brèves et plaisantes, ces « Vagabondages littéraires dans Paris » ne cherchent pas à étudier de près les rapports entre les lieux et les œuvres, ni à établir des relations secrètes entre le topos et la genèse de l’écriture. On n’y trouvera donc pas de correspondances particulières entre l’esprit d’une rue, d’un quartier, d’une demeure et celui des œuvres qui y ont été écrites, mais plutôt des parcours, parfois hectiques, des séries d’adresses dont certaines existent toujours et d’autres ont disparu, soit réellement, soit parce que, comme le précise au besoin l’auteur, les noms des rues ont changé, les bâtisses ont été remplacées par d’autres. On est donc sur ce thème précis – et l’on regrette un peu que l’ouvrage ne soit agrémenté ni de plans ni de cartes – plutôt dans le constat, parfois assez neutre, l’auteur laissant au lecteur le soin de construire son propre ressenti ou sa propre opinion – par exemple au sujet de la chambre de Marcel Proust, vidée de ses meubles, froide, momifiée, stérile, conservée comme une relique dépourvue de sens au milieu de l’ensemble des bureaux d’une banque.

Ces lieux que Jean-Paul Caracalla nous signale, nous rappelle, nous décrit, ce sont avant tout des prétextes : pour les vagabondages on a toujours besoin d’un but, d’un motif, d’une destination réelle ou feinte. Mais le plaisir, on le sait, est bien plus dans la divagation, au sens topographique du terme, que dans le fait d’atteindre un point précis, et c’est à toute une série de flâneries érudites que nous convie l’auteur, des déambulations plus biographiques que topographiques à travers les vies et les parcours de ces onze écrivains. Des biographies brèves, passionnantes, à travers lesquelles l’auteur (qui prend soin de préciser ses sources biographiques en fin de volume, indispensables car il sait à chaque fois éveiller la curiosité) entraîne un lecteur amusé, de traits saillants en anecdotes, de personnages hauts en couleur en évènements mémorables, de péripéties individuelles en affaires historiques.

Tout comme « Le Club des longues moustaches » de Michel Bulteau, que nous avions précédemment chroniqué, ce petit livre d’à peine deux cents pages se lit aisément, et porte à merveille son titre de « Vagabondages ». Jean-Paul Caracalla butine ici et là, à travers les siècles, les livres, et les vies des grands hommes, pour en faire un rendu animé, pittoresque, émaillé de singularités et d’anecdotes. Ceux qui ont des mauvais souvenirs du Lagarde et Michard et de mille autres manuels scolaires pourraient bien, grâce à de tels ouvrages, revenir aux – vrais – délices de la littérature, et réaliser enfin que pour qui sait l’aborder, le domaine des lettres n’a absolument rien à voir avec l’ennui.


Titre : Vagabondages littéraires dans Paris
Auteur : Jean-Paul Caracalla
Couverture : Tight / Cheeri
Éditeur : La Table Ronde
Collection : La Petite Vermillon
Site Internet : page roman
Numéro : 202
Pages : 171
Format (en cm) : 10,7 x 17,8
Dépôt légal : septembre 2003 (réédition : mars 2018)
ISBN : 9782784328
Prix : 7,30€


La Table Ronde sur la Yozone :
- « Le Club des longues moustaches » de Michel Bulteau
- « L’Affreux du Panthéon » de Bruno Fuligni
- « Je connais des îles lointaines » de Louis Brauquier
- « Quinzinzinzili » de Régis Messac
- « Un peu tard pour la saison » de Jérôme Leroy
- « La Nuit des chats bottés » de Frédéric Fajardie
- « Journal de Gand aux Aléoutiennes » de Jean Rolin


Hilaire Alrune
9 juin 2018


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