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Lames d’Apretagne (Les) (T2) L’Etincelle du Savoir
Luc Venries, Yoann Courric et Noë Monin
Casterman

Van et Faust partent pour Vezuzalem, à la recherche de la Sève du Monde, un nectar divin capable de réveiller la magie, et accessoirement de rendre son trône à Van, désormais porteur du tonnerre de Brest. Mais alors que les deux jeunes bras cassés écument les bibliothèques de la capitale du sud à l’affût d’indices, ils n’ont pas conscience que le mariage de Brynhild avec le prince Méléagre ne fait pas que des heureux. Meruès, le réel détenteur du pouvoir, méprise l’Apretagne, et une initiative un peu hâtive de son cadet, Manaël, va réorienter sa diplomatie... drastiquement.
Van, de son côté, a causé une bousculade mortelle sur un marché tandis que Faust voulait se venger de l’esclavagiste qui a tué son frère. Et une jolie mercenaire rouquine déboule au milieu de ce jeu de quilles. Elle les conduira à la cathédrale du savoir, la plus grande bibliothèque du monde, où ils obtiendront des réponses, de gré ou de force.



Ce deuxième volume, initialement “La Sève du Monde” et rebaptisé “L’Étincelle du Savoir”, marche dans les pas du “Tonnerre de Brest”.
On retrouve donc ce grand écart entre une aventure très adulte, avec de la politique qui ne s’embarrasse pas de quelques victimes collatérales, un réalisme du quotidien notamment sur les corps et des sexualités très variées (l’impudeur de Brynhild aux yeux de son chaste fiancé, les partenaires de Faust dans le lupanar, la lubricité de Maître Patchacola - un rien exagérée) et un trait aussi épais que l’humour qui noie tout l’album.

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Entre les frasques de Van, tour à tour insouciant ou colérique, le moine Jean de Niffieux qui zozotte et dont le physique, petit et rondouillard, le prédestine au rôle de bouffon, la drague égrillarde de Patchacola, tout concourt malheureusement à dédramatiser l’intrigue.
Et c’est bien dommage car de nombreux passages font mouche : la rencontre entre Polonius et Meruès, la fuite des héros qui tourne à la course-poursuite (une douzaine de pages tout de rouge, jaune et orange, les couleurs qui prédominent sur ce tome, écrasant le bleu de la magie et de la nuit). Le discours sur la religion et les excès commis en son nom n’est certes pas nouveau mais bien employé. Quelques allusions, comme le statut des esclaves, font mouche.

La couverture était prometteuse, mais Athanasia, la guerrière rousse balafrée, se battra davantage aux côtés de nos héros que contre eux, et elle va très vite être évacuée au second plan - syndrome de Trinity ? -, derrière l’esbroufe de Faust et les piaillements incessants de Van, puis l’autorité froide de Patchacola. Mais ces deux personnages féminins peinent à se faire une place, bien qu’ils s’avèrent immédiatement bien plus attachants que les héros.

Car derrière ce grand écart impossible entre fond et forme, cette aventure capitale et ces blagues incessantes, des thèmes très adultes et un trait très ado, ce qui d’après moi pèche est cette grande difficulté à s’attacher à Van et Faust. Au premier, on a envie de donner des claques à chaque case ou presque, tant il parle (non, il gueule, en fait) tout le temps, avant de réfléchir, encore confit dans ses privilèges de prince mal élevé, et Faust paraît un modèle d’intelligence et de modération à côté. On trouvera plus de finesse dans les seconds rôles non comiques et surtout les méchants. Il faut le reconnaître, les méchants sont très très bons, froids ou emportés, mais tous terrifiants de cruauté.

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Je demeure donc sur le même ressenti : le graphisme et la narration, très ado, me semblent bien décalés avec le fond. Le manque de soin apporté aux détails de nombreuses cases (quand les fonds sont travaillés, ce sont les personnages qui sont bâclés), l’épaisseur du trait, les couleurs ne collent pas avec le ton résolument adulte de l’histoire et les nombreux choix scéniques ou narratifs (encore une fois, la sexualité, la nudité, la religion, la politique).
Je suis peut-être trop vieux, mais suivre deux grands ados / jeunes adultes pas foutus de garder leur sérieux ou de réfléchir deux secondes avant d’agir, et me dire qu’ils doivent changer la face de leur monde, je n’arrive désespérément pas à accrocher. Leur attitude perpétuellement désinvolte (ou peu s’en faut) manque de réalisme. Je vais reprendre un classique en référence, “Lanfeust de Troy” d’Arleston et Tarquin, qui a su doser l’aventure et l’humour. Les ingrédients sont ici les mêmes, la dramaturgie bien présente quand il faut... mais en trop petite quantité, à moins que ce soit l’humour qui soit trop présent. Ou mal dosé, car à la fin de la lecture, jeux de mots et comique de situation oblitèrent presque tout le reste dans notre ressenti. Le manque de finesse du dessin n’aide pas non plus à dissocier les moments légers des passages plus graves, tout prend des couleurs dignes d’un dessin animé.

On attend donc le dernier volume, pour voir si les personnages évoluent (si Van prend enfin un peu de plomb dans la tête) et si l’histoire justifie tout cela. Le groupe s’est agrandi, l’intrigue a pris de nouvelles proportions, et malgré le dernier jeu de mots, les dernières cases sont prometteuses.


(T2)L’Etincelle du Savoir
- Série : Les Lames d’Apretagne
- Scénario : Luc Venries et Yoann Courric
- Dessins : Noë Monin
- Couleurs : Noë Monin
- Éditeur : Casterman
- Format : 24 x 32 cm
- Pagination : 64 pages couleurs
- Dépôt légal : juin 2017
- Numéro ISBN : 9782203122109
- Prix public : 14,50 €


À lire sur la Yozone :
Lames d’Apretagne (Les) (T1) Le Tonnerre de Brest


Illustrations © Noë Monin et Éditions Casterman (2017)


Nicolas Soffray
12 mai 2018






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