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Lames d’Apretagne (Les) (T1) Le Tonnerre de Brest
Luc Venries, Yoann Courric et Noë Monin
Casterman

Faust est un orphelin des rues d’un taudis de l’empire d’Enbas. Un sale jour, son petit frère est tué et lui capturé par des marchands d’esclaves. Il va être acheté par le jeune et cruel prince Van d’Apretagne, un royaume nordique (où il neige !). Après avoir survécu dans l’arène à un combat rituel, il se voit enfermé avec le jeune prince imbu de lui-même par le roi en personne : le souverain espère que ce binôme forgera la personnalité de son fils. Et c’est le cas. Lorsqu’ils sortent de leur réclusion, c’est pour partir en quête : le roi leur demande de parcourir le monde, d’accomplir quelque exploit, de se forger un nom.
Hélas, l’exploit accompli, le retour au pays est douloureux, marquant le passage définitif à l’âge adulte.



Étrange album que voilà. Si son scénario de fantasy ne sort guère de sentiers battus et rebattus, le récit d’apprentissage, dans la douleur, est toujours efficace. Mais à quel public s’adresse-t-il ? C’est la question que je me suis posée d’un bout à l’autre de l’album.

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Avec des jeux de mots d’une finesse sous-trollesque (Faust vient de la ville d’Orthograf, le dicton en première page « qui titille la catin bâtard aura demain » et toutes les approximations bretonnes et celtiques), un combat entre un Faust la kikette à l’air et une ogresse bouffie aux seins ballotants... le tout allié à un dessin à gros traits et aux couleurs débordantes, il semblerait que le lecteur doive grandir avec les personnages (soit prendre 10 ans en 64 pages) pour passer d’un humour très gamin à la bêtise naïve de l’ado je-sais-tout, avant la douche froide des dernières pages.

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Certes, certains éléments en toile de fond sont plus sérieux et adultes (le trafic d’esclaves, l’attitude de Brynhild, la sœur de Van), mais ce parti-pris de coller à la perception des deux héros laisse dubitatif. En tant qu’adulte, si j’ai aimé certains éléments (dont cette nudité du héros durant le combat, un détail fortement réaliste comme on en retrouve dans la fantasy contemporaine grand public type “Game of Thrones”, la mort de Klein), le ton très gamin et le style graphique m’ont clairement ramené à des lectures de pré-adolescence, tels “Lanfeust” ou “Gorn”, qui gardent un attrait même pour le lecteur adulte.

Malgré de bonnes idées, à cause de son accumulation de clichés, ce “Tonnerre de Brest” leur arrive péniblement à la cheville, et fait office de pâle redite pour la nouvelle génération de lecteurs.
Ce n’est pas mauvais, mais il n’y a rien de bien neuf sous le soleil.

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La surprise pourra venir du fait que cette histoire est annoncée en 3 parties, dont les couvertures (déjà celle du tome 2, “La Sève du monde”), en 4e de ce tome-ci, permettent quelques hypothèses scénaristiques qui pourraient être intéressantes. Bref, je réserve mon jugement sur cette introduction qui balaie 10 années de la vie de Faust et Van, et espère du bon pour la suite.


(T1) Le Tonnerre de Brest
- Série : Les Lames d’Apretagne
- Scénario : Luc Venries et Yoann Courric
- Dessins : Noë Monin
- Couleurs : Noë Monin
- Éditeur : Casterman
- Format : 24 x 32 cm
- Pagination : 64 pages couleurs
- Dépôt légal : 31 août 2016
- Numéro ISBN : 9782203095649
- Prix public : 14,50 €


Illustrations © Noë Monin et Éditions Casterman (2016)


Nicolas Soffray
17 octobre 2016






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“La Sève du monde”, un T2 annoncé en 4e de couverture



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