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3 minutes pour comprendre les multiples visages de Londres
Edward Denison
Guy Trédaniel, collection « 3 minutes pour comprendre », traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), essai, 159 pages, 18€

Pour l’amateur de littératures de genre, ou même de littérature tout court, Londres occupe une place toute particulière. Ben Aaaronvitch, avec la série « Les Rivières de Londres » et China Miéville avec « Lombres », ou « Kraken » la détaillent et la réexplorent sous l’angle de la fantasy urbaine, Michel Moatti, avec « Retour à Whitechapel » ou « Blackout Baby » le reconstruit par le biais de l’énigme policière historique, et Connie Willis, avec « Blackout » et « All clear, en dresse un tableau réaliste par l’artifice d’un voyage temporel amenant des historiens durant le Blitz. Nous ne citons que quelques exemples de ce que peuvent offrir des fictions pour la plupart solidement documentées. Et si cette ville constitue un humus aussi fertile, c’est entre autres en raison de la richesse de son histoire, une histoire et autres caractéristiques qu’il est bon de (re) découvrir avec un ouvrage purement documentaire.



Le principe de la collection « Trois minutes » est simple : sur un sujet (ici Londres) chaque double page (une page texte, une page illustrations) propose, sur une facette précise, toute une série d’items. Un sommaire en trois secondes, un aperçu pleine page en trente secondes, un survol en trois minutes, une (ou plusieurs) biographie(s) en trois secondes, et enfin un encart « sujets connexes », non chronométré, qui renvoie à d’autres entrées de l’ouvrage. Un principe atypique, mais épatant, qui rappellera à certains les fort utiles aide-mémoires de révision aux examens, mais qui, en mêlant les aspects cultures et esthétiques, procure un réel plaisir de lecture. Comment tout savoir – ou presque – sur Londres sans la pédanterie d’un traité historique ou le caractère trop superficiel d’un guide de voyage.

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« Naissance de la cité », « Evolution de Londres », « Architecture », « Arts et culture », « Innovation et savoir », « Affaires et plaisir » et enfin « Londres énigmatique ». Sept parties comprenant six à huit articles, avec en sus, pour chacune d’entre elles, un glossaire spécifique et une double page consacrée à un personnage réel ou fictif (Boadicée, Samuel Pepys, Charles Dickens, Jeremy Bentham, Neil Gwyn et enfin Sherlock Holmes).

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Difficile de faire le tour d’une ville fondée en l’année cinquante, et donc riche de près de deux millénaires d’histoire, en quelques dizaines de focus seulement. Une vision par définition fragmentaire, incomplète, mais aussi une recomposition kaléidoscopique à travers la ville et le temps, et un bel éventail qu’il faut considérer à la fois comme un reflet et comme une introduction. Pour qui ne connaît pas Londres, et même pour qui la connaît un peu, il y a beaucoup à glaner dans ces synthèses courtes mais denses, et beaucoup à admirer dans les illustrations, en noir et blanc ou en couleurs, mais toujours avec une dominante sépia, en collages ou montages composites du plus bel effet.

Si c’est bien évidemment la dernière partie, « Londres énigmatique » – avec ses chapitres intitulés : Cimetières, Londres souterraine, Crime et police, Sherlock Holmes, Torture et châtiment, Rivières évanouies (qui s’intéresse aux rivières de Londres pourra lire les ouvrages de Ben Aaronovitch) qui attirera le plus les amateurs de fiction, chacune des autres parties, apportant un éclairage sur des éléments récurrents des fictions et de leur toile de fond, apporteront au lecteur qui n’a jamais eu la chance d’arpenter la ville des éclairages toujours bienvenus.

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Trente secondes, trois minutes : on pourrait croire que ces rapides survols restent par essence superficiels et négligent systématiquement le détail. On aurait tort, et tout amateur glanera ici et là un de ces éléments singuliers qui marquent, qui illustrent, qui mettent en lumière. Nous citerons ainsi, par exemple, au sujet de ce Jérémy Bentham inventeur de la prison panoptique, dont tout un chacun a entendu parler au sujet des utopies (et par ailleurs lui-même devenu personnage de fiction dans le « Panopticon » de Nicolas Bouchard), qu’il a demandé qu’après sa mort que son corps soit conservé et présenté aux générations futures, et que son squelette rembourré et vêtu, surmonté d’une fausse tête de cire, est exposé à l’University Collège London où il est conservé depuis 1850. Autre exemple parmi d’autres, les amateurs d’étymologie trouveront l’origine du terme « blackboulé » qui vient de black-balled : les votes d’adhésion à clubs britanniques sa faisant à l’aide de boules noires et blanches.

Une introduction, un tableau chronologique, un glossaire, une bibliographie, une sitographie, de courtes biographies des auteurs et une liste des crédits photographiques complètent utilement ce volume, tout comme un index fourni qui permettra de retrouver facilement les détails sur lesquels on se sera attardé en flânant ici et là. Seul défaut, si le dernier chapitre du volume est consacré aux cartes, et si celles-ci apparaissent ici et là sous forme de fragments dans les illustrations composites, il manque à l’ouvrage une ou deux cartes globales, à des époques différentes, pour qu’il soit possible de situer les éléments décrits.

Notons, pour finir, la qualité de réalisation de l’ouvrage : une véritable reliure, une forte couverture cartonnée, un très beau papier glacé. Le tout est proposé à un prix modeste et inférieur à la plupart des romans simplement brochés que l’on trouve sur les tables des libraires : un effort qu’il importe de souligner pour l’ensemble de cette collection qui comprend déjà plusieurs volumes et à laquelle on souhaite un bel avenir.


Trois minutes pour comprendre les multiples visages de Londres (30 seconds London, 2017)
- Auteur : Edward Denison, avec la collaboration de Nick Beech, Emily Gee, Simon Inglis, Alan Powers, Matthew Shaw, Jane Sidell
- Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : André Gagnon
- Illustrations : Nicky Ackland Snow
- Éditeur : Guy Trédaniel
- Collection : 3 minutes pour comprendre
- Pages : 159
- Format (en cm) : 18,5 x 23,5
- Dépôt légal : juin 2017
- ISBN : 9782702912997
- Prix public : 18 €


Londres et ses avatars sur la Yozone :
« Le Piège de l’architecte » de Ben Aaronovitch
« Lombres » de China Miéville
« Kraken » de China Miéville
« Retour à Whitechapel » de Michel Moatti
« Blackout Baby »


Illustrations © Nicky Ackland Snow et Éditions Guy Trédaniel (2017)


Hilaire Alrune
20 juin 2017






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