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Motorcity
Philippe Berthet et Sylvain Runberg
Dargaud

Quand Lisa Forsberg revient dans sa ville natale de Linköping, c’est pour intégrer, toute fraîche diplômée de l’école de police de Stockholm, le commissariat local. Beaucoup s’en étonnent comme le vieux Robert Wetter, vétéran bourru qui a connu Lisa quand elle était une jeune ado rebelle qui fréquentait le mouvement « raggare » et son célèbre Festival Motorcity.

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Un mouvement né dans les années suivant la Deuxième Guerre Mondiale, où la jeunesse suédoise s’éprend des voitures américaines aux chromes rutilants, de rock’n roll, de bières US, affichent un esprit rebelle et souvent violent. Leurs confrontations avec les punks suédois dans les années 70, très médiatisées, ont renforcé cette sulfureuse réputation.



En revenant à Linköping, la veille du Motorcity, Lisa sait qu’elle va faire des rencontres avec beaucoup de vieilles connaissances qui n’auront de cesse que de les rendre désagréables. Heureusement, il y a le jeune inspecteur Erik Linden, qui devient son équipier, le père de Lisa pour lequel elle est revenue, et cette curieuse enquête qu’elle doit mener autour de la disparition d’Anton Wiger, un pilier du milieu « reggare », étonnamment absent alors qu’il rêvait de présenter la magnifique Pontiac qu’il voulait faire reine au Motorcity.

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Tout ramène à ce festival, à ce milieu « raggare », toujours très vivant en 2016, pourtant l’enquête va sortir du rassemblement de gros bras et de durs à cuire pour dériver vers un sinistre cauchemar.

Dans cette collection Ligne Noire que Dargaud lui a créée sur mesure, Philippe Berthet suit la progression du scénario de Sylvain Runberg, grand amateur de polars glauques aux histoires sinistres et connaisseur d’un pays qu’il habite, la Suède. Après avoir adapté Millenium (d’après les romans de Stieg Larsson) chez Dupuis ou “Trahie” (d’après le roman de Karin Alvtegen) chez Dargaud, il récidive sur un sujet sordide dans les thématiques des glacials thrillers nordiques, tout en s’appuyant sur un mouvement culturel alternatif typiquement suédois qu’il nous fait découvrir.

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Berthet déroule son savoir-faire avec ce dessin classieux d’une grande lisibilité, un découpage où cadrages et jeux de caméra sont d’une redoutable efficacité. Il fait de “Motorcity” un bon polar, jouant juste sur les petites histoires policières, le lent cheminement d’une enquête où les rencontres mettent à jour les traumatismes. Lentement, pas à pas, les faits remontent à la surface jusqu’à l’horreur qu’il instille par petites touches, au rythme d’un été nordique où l’esprit était plus à la fête autour d’une grosse cuite plutôt qu’à la chasse au serial killer. Philippe Berthet est au top, avec cette ligne claire délicieuse, plutôt sobre, bien accompagnée par les couleurs de Dominique David qui jamais n’étouffent le dessin.

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Après l’excellent “Périco” avec Hautière, “Le crime qui est le tien” avec Zidrou, “Motorcity” étoffe dans un autre registre cette collection Ligne Noire dont on guettera avec attention les nouveaux crimes.


Motorcity
- Scénario : Sylvain Ruinberg
- Dessin : Philippe Berthet
- Couleurs : Dominique David
- Éditeur : Dargaud
- Collection : Ligne Noire
- Pagination : 64 pages couleurs
- Format : 24,1 x 31,8 cm
- Dépôt légal : 20 janvier 2017
- Numéro ISBN : 9782505064824
- Prix public : 14,99 €


Illustrations © Philippe Berthet et Éditions Dargaud (2017)


Fabrice Leduc
6 avril 2017






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