YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Noël 2017 à moins de dix euros
Andry Snaer Magnason, Etienne Barillier, Pit Agarmen, Michel Moatti, Grégoire Courtois, Emmanuel Carrère
Pour offrir ou s’offrir

Le prix du livre a toujours été un bon prétexte pour éviter les librairies (du moins celles qui existent encore) durant les périodes de fêtes. C’est un tort. Moins cher et plus subtil que la pintade, moins coûteux et plus digeste que le foie gras, procurant une ivresse de plus longue durée que le champagne, le livre est sans doute ce qui à titre festif offre le meilleur rapport qualité prix. À ceux qui en douteraient, ou qui n’auraient pas plus d’une petite poignée d’euros à investir, la Yozone propose cette année encore une petite sélection de livres à offrir et à s’offrir pour moins de dix euros.



Un cadeau pour les amateurs de science-fiction atypique

Nous ne l’avons pas chroniqué sur la Yozone mais ce « Lovestar » d’Andri Snaer Magnason méritait que l’on s’y arrête, et méritait également son Grand Prix de l’Imaginaire. Inventif, original, aux marges du genre, entre fable et science-fiction, il dispose de suffisamment d’atouts pour séduire à la fois les amateurs et les détracteurs du genre. S’il faut ne garder qu’une poignée de romans de l’année 2016 (année de sa traduction chez Zulma) ou de l’année 2017 (reprise chez J’ai Lu), alors « Lovestar » en fait assurément partie.

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Un cadeau pour les amateurs de fascicules à l’ancienne

À l’occasion de notre « Noël 2016 à moins de dix euros » nous avions mentionné « Bela Bartok contre la veuve noire du Führer » comme le titre le plus joliment trouvé de l’année dans le registre « pulp ». En cette fin d’année 2017 le Carnoplaste frappe encore en livrant, avec « Jupiter aux dactyles » l’un des titres les plus fracassants de l’année (titre que nous n’oserons pas qualifier d’insurpassable dans la mesure où comme chacun sait, en matière de jeux de mots il est toujours possible de faire pire). C’est le savantissime Etienne Barillier, grand expert en Philip K. Dick et steampunkologue (on pourra lire la chronique de son « Steampunk ! » en suivant ce lien) qui est aux commandes de ce voyage sidéral en direction de Jupiter et de sa faune étrange. Une « anticipation ancienne » feuilletonnesque écrite de nos jours où l’on trouvera des références à d’autre œuvres ou à des personnages ayant existé à la fois dans la fiction et dans le monde réel comme notre célébrissime Cyrano de Bergerac (lui-même auteur d’un fameux « L’Autre Monde ou les états et empires de la Lune » publié après sa mort en 1657). « Jupiter aux dactyles  », c’est aussi, sous une couverture qui déchire de Patrick Mallet, un cadeau original sous forme de fascicule souple au format 20 x 27.

On pourra commander ce fascicule et bien d’autres en suivant ce lien

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Un cadeau pour les mordus de zombies (du moins pour ceux qui ne se sont pas encore transformés)

« La Nuit a dévoré le monde », de Pit Agarmen, est sortie il y a quelques années, au sommet de la mode zombies qui est depuis un peu retombée, mais ce petit livre à la fois plein d’esprit et sans prétention mérite de ne pas sombrer entièrement dans l’oubli C’est concis, léger, vite lu, cela a pour mérite de prendre le contrepied des déclinaisons commerciales du genre en se permettant de ne pas mettre en scène un flingueur tous azimuts mais au contraire un personnage un peu fragile qui n’a guère survécu à la nuit fatidique que par hasard, pour une robinsonnade féroce et douce à la fois. On en saura un peu plus sur « La Nuit a dévoré le monde  » en suivant ce lien.

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Un cadeau pour les amateurs de Jack l’Éventreur

Dans le registre du polar victorien, l’excellent « Retour à Whitechapel  » de Michel Moatti est sorti chez 10-18 en 2016, mais – et c’est bon signe – nous nous en souvenons toujours fin 2017. Un ouvrage en effet marquant par sa recréation d’une époque et son rendu des ambiances. Avec « Blackout Baby », Michel Moatti s’est ensuite attaqué à un autre sérial-killer qui a authentiquement sévi durant le Blitz, et paradoxalement moins célèbre dans la mesure où il a fini par être identifié et arrêté.

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Un cadeau pour les amateurs de belles (et de) voitures.

Avec « Suréquipée  » de Grégoire Courtois, le biodesign a du plomb dans l’aile, l’informatique embarquée est devenue vieux-jeu, la voix veloutée du GPS n’est plus qu’une crécelle ringarde. Oubliez les gadgets pour attardés mentaux vantés par vos concessionnaires et appuyez sur le champignon en direction du futur. Evidemment c’est un peu adulte et ça ne conviendra pas aux tout petits, évidemment c’est la déclinaison d’un très vieux fantasme et des gens comme James Graham Ballard et quelques autres sont déjà passés par là, mais il y a quelques jolies trouvailles et l’auteur a réussi à négocier ses courbes et ses virages sans jamais aller au fossé. Une chronique plus complète en suivant ce lien

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Un cadeau pour les amateurs de frissons et de littérature blanche.

Les lecteurs de la Yozone et amateurs des littératures de genre connaissent Emmanuel Carrère pour sa biographie de Philip K. Dick, « Je suis vivant et vous êtes morts. » Tous n’ont peut-être pas lu les autres œuvres de l’auteur, parmi lesquelles un récit assez court intitulé « La Classe de neige », dont le titre et la couverture sont faussement rassurantes. Pas une pointe de fantastique dans ce roman si ce n’est à travers l’imagination délirante et morbide de cet enfant un peu isolé qu’attend une révélation passablement hideuse. Plus de vingt-cinq ans après sa parution, « La Classe de neige », récompensé par le prix Fémina en 1993, n’a pas pas pris une ride, et, à d’infimes détails près, pourrait tout aussi bien se passer de nos jours. Bien plus simple, plus terrifiant et plus sinistre que la plupart des thrillers, sans jamais trop en faire ni trop en dire sur cette hideuse réalité qui se dessine, parfaitement représentatif du pouvoir qu’a la fiction de devenir tangentielle à la réalité sans jamais l’égaler, « La Classe de neige » n’est pas franchement joyeuse mais mérite le détour.

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Et comme ces sélections se veulent indépendantes des dates et des modes, on conseillera également de s’intéresser à nos « Noël 2016 à moins de dix euros », toujours valables.


Hilaire Alrune
5 décembre 2017






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