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YozoneLittérature Critiques

Accelerando
Charles Stross
Piranha, Incertain futur, roman traduit de l’anglais, hard-science, 560 pages, avril 2015, 23,90€

Chaque jour, Manfred Macx imagine quantité d’idées lucratives dans le domaine des nouvelles technologies. Pourtant il ne gagne rien, car il les donne gratuitement, au grand désarroi de Pamela, son ex qui reste les pieds sur terre et voudrait qu’il paye des impôts. Il a beau dire qu’il n’en tire aucun profit ; en effet, il reçoit tout en échange de ses bons services, virtuellement il pèse des milliards.
Manfred vit tout le temps connecté, absorbe quantité de données d’où il tire ses coups de génies. La civilisation est en plein changement, elle nage dans la course aux millions d’instructions informatiques par seconde. Chaque gramme de matière représente une potentiel source de progrès. La terre ne suffit plus à cette démesure.


Charles Stross a mis cinq années à écrire « Accelerando ». Après lecture, il n’y a rien d’étonnant, vu l’ambition de ce roman explorant les prochaines décennies, voire le siècle qui nous attend. « Accelerando » appartient à cette classe de romans énormes et complexes qui ont peu de chances d’être traduits en regard du travail demandé et donc du coût de l’opération. Les exemples d’« Anathem » (2008) de Neal Stephenson à un moment annoncé chez Bragelonne avant l’abandon du projet ou bien plus ancien de « Dhalgren » (1975) de Samuel R. Delany sont là pour en témoigner.
Heureusement « Accelerando » qui a remporté le Prix Locus 2006 échappe à cette malédiction. Il aura fallu que les éditions Piranha se lancent dans la science-fiction avec la collection Incertain futur pour que cette traduction voie le jour. Pour le premier titre de cette nouvelle collection, « Accelerando » marque sans discussion le coup.

Ce roman que l’on pourrait aussi qualifier de fix-up ne se lit pas en deux temps trois mouvements. Il faut prendre le temps de le lire pour apprécier la richesse de l’univers décrit. Charles Stross le débute dans un très proche avenir, on a souvent du mal à saisir que ce qu’on lit ne se situe que dans quelques décennies. La course au progrès est telle que les avancées technologiques suivent une courbe exponentielle et donc tout change très vite. L’humain en tant qu’espèce est mis à mal et appelé à changer s’il veut suivre la science.
Les termes techniques réels ou inventés pullulent et le glossaire en fin d’ouvrage couvrant la bagatelle de 35 pages sera souvent mis à contribution.
Bizarrement, c’est la première partie s’attachant aux pas de Manfred qui est presque la plus difficile d’accès. D’une, c’est l’entrée en matière ; de deux, il y a une multitude de concepts à appréhender ; de trois, la société est déjà en pleine mutation, si proche et déjà si éloignée de la nôtre que cela en est troublant.

Manfred Macx et Pamela ont une relation complexe basée sur le conflit. Il suffira de voir comment elle opère pour avoir un enfant : Amber, leur fille qui n’aura de cesse d’échapper à cette mère possessive et désireuse de tout régenter. Toutefois, la même ambition la dévore : couronnée reine d’un petit astéroïde orbitant autour de Jupiter, elle partira en compagnie de toute une cour de sujets et à bord d’un vaisseau grand comme une canette de soda, à la découverte d’un lointain système pour un premier contact avec les aliens. Du moins, une version d’elle, sa personne physique restant sur place et donnant naissance à une autre chaîne d’événements, l’ensemble étant bien sûr appelé à se rejoindre pour le meilleur et le pire.
Au milieu de cet imbroglio nage Aineko, un cyber-chat tout à fait dans son élément. À tel point qu’il a souvent une longueur d’avance sur ses maîtres et semble plus d’une fois mener la danse.

Charles Stross nous soumet à une avalanche d’idées, il nous projette dans un futur où l’humain tend vers un autre idéal, où son enveloppe physique devient un frein et qu’il se trouve face à un choix : poursuivre sa course à l’information en faisant fi du reste ou garder ce qui fait son humanité et accepter ses limites, même si la mort n’est plus définitive. Le concept de cette recherche permanente d’augmenter le MIPS (millions d’instructions par seconde) par gramme de matière s’avère fascinant et donne froid dans le dos quand on assiste à la transformation du système solaire et au clivage grandissant humain / posthumain.
« Accelerando » mêle aussi bien cyberpunk que hard science. La lecture est exigeante mais passionnante, car l’ensemble tient la route, donnant une vision effrayante de notre avenir.

Malgré sa difficulté d’accès, « Accelerando » n’en est pas moins attachant, car il s’agit ici d’une bonne science-fiction bourrée d’idées inspirées de notre société actuelle que l’auteur pousse dans ses retranchements. Le récit ne manque pas de souffle et l’intérêt ne faiblit jamais, car Charles Stross entretient notre curiosité à force trouvailles.

Finalement, on ne se départit jamais du sentiment de tenir là un très bon roman. En effet, « Accelerando » appartient à cette classe de livres que l’on n’oublie pas et qui nous reviennent d’emblée à l’esprit lorsque l’on nous demande quels ouvrages de SF nous ont marqués. Par bien des aspects, je le range à côté de « La schismatrice » de Bruce Sterling qui m’avait fait la même forte impression et qui appartient à la même catégorie. Un tel livre ne se dévore pas, il se savoure. L’avalanche de concepts exposés, les péripéties de l’histoire et cette interrogation sur le devenir de l’humain en tant qu’espèce en font un incontournable de la SF. Une science-fiction intelligente, ambitieuse, à nous donner le tournis.

Excellent choix des éditions Piranha pour démarrer une nouvelle collection de science-fiction dont on attendra avec impatience les prochains titres, d’autant qu’elle n’est pas appelée à se cantonner aux seuls romans. Artbooks d’artistes reconnus, études critiques et thématiques figurent aussi au programme.

Comme pour mieux asseoir cette nouvelle collection, la couverture a été confiée à Manchu et un court article de Roland Lehoucq clôt l’ouvrage. Une utilisation très intéressante des deuxième et troisième de couverture a aussi été faite ; elles nous proposent des recherches de Manchu sur le fameux vaisseau partant à la conquête de l’espace et un graphique sur la singularité dans les romans de science-fiction.

Avec « Accelerando », Charles Stross signe un formidable roman de SF et les éditions Piranha témoignent d’une belle ambition pour leur collection Incertain futur.


Titre : Accelerando (Accelerando, 2005)
Auteur : Charles Stross
Traduction de l’anglais : Jean Bonnefoy
Couverture : Manchu
Éditeur : Piranha
Collection : Incertain futur
Directeur de collection : Alexandre Marcinkowski
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 560
Format (en cm) : 13 x 20
Dépôt légal : avril 2015
ISBN : 9782371190177
Prix : 23,90 €



Charles Stross sur la Yozone :
Une chronique de « Le Bureau des Atrocités » et de « Jennifer Morgue »
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Une chronique de « Une Affaire de Famille »
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François Schnebelen
21 avril 2015







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