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Requiem pour Sascha, tome 3 : Agnus Dei
Alice Scarling
Milady, Bit-lit, roman (France), bit-lit hot, pages, janvier 2015, 7,10€

On avait laissée Sascha face à ses deux amours s’entretuant. Un archange se pointe et tente de la tuer. Raphael s’interpose et abat l’emplumé, compromettant grandement ses chances de remonter un jour au Paradis. C’est même plutôt le contraire. A contrario, Zekiel, pour avoir désobéi, déchoit lui aussi, mais dans l’autre sens.
Contraint de se cacher puisque indésirables dans les deux camps, le trio jette son dévolu sur une maison hantée. Et réfléchit de plus en plus à empêcher l’Apocalypse dont ils ont pourtant commencé à paver la route.
L’arrivée de la mère de Sascha ne va faire qu’aggraver les multiples questionnements existentiels de la jeune fille.



Finale grandiose. Si « Dies Irae » alternait les scènes d’action au fil des Bouches de l"Enfer, « Agnus Dei » est plus psychologique. Et pour cause : Zekiel déchu, Raphael devenu démon, tous les deux sous le même toit... Sascha ne sait plus quoi faire. Traumatisée par les tortures qu’elle a subies, elle a perdu une grande partie de sa confiance en elle nouvellement acquise, et reporte toute son attention sur un Raphael bien secoué par sa nouvelle condition de démon, dont il peine à maîtriser la sauvagerie qui affleure en permanence (et plus encore au contact de Sascha, ce qui ne facilite rien entre eux).
Zekiel semble prendre sa déchéance avec plus de décontraction. On découvrira qu’il n’est pas sans ressources, et tandis que Sascha et Raphael lèchent leurs plaies, c’est lui qui mène le jeu en coulisses. Le déroulement des événements laisse même envisager qu’il avait plus qu’assurer ses arrières, puisque la solution à leurs problèmes, le fils de Dieu, bosse pour lui, dans son club... pour adultes.
Un peu plus à chaque volume, tandis qu’on s’enfonce dans le bizarre, les interstices de nos sociétés, les déviances, l’humour balaie le trouble et l’incongru des situations. Sascha, proche de nous par son éducation humaine, n’en finit pas de constater à quel point anges et démons sont déconnectés de la réalité et de la pensée humaine. Encore une fois, Zekiel s’affirme comme le moins dogmatique de tous et le plus fin connaisseur des travers des siens. Ce qui, malgré sa déchéance, en fait un adversaire redoutable, et un allié de poids pour Sascha.

L’intrigue prend une nouvelle dimension avec l’arrivée de la mère de Sascha. Le rejet est quasi immédiat de la part des garçons, et le mystère de la naissance de Sascha (et tout ce qui s’ensuit) est enfin révélé. Les perspectives changent. Et l’Apocalypse, belle et bien prévue depuis longtemps, approche. Sascha et son homologue divin Kevin s’apprêtent donc à affronter leurs pères respectifs et à barrer la route à la personne qui a échafaudé le plus grand plan pour provoquer le chaos sur Terre. Je vous laisse le découvrir.

Côté fesse, si Sascha est tout à sa joie d’avoir retrouvé Raphael, il faut que le déchu contrôle sa part démoniaque pour qu’ils puissent se toucher. Retour des plaisirs de Lacrimosa. Mais notre héroïne est torturée intérieurement, car elle a admis avoir des sentiments pur Zekiel, et coucher avec un garçon quand son frère est dans la pièce à côté la met plutôt mal à l’aise. D’autant que toute communication semble rompue avec Zekiel, comme s’il acceptait les choses en l’état. A l’occasion d’une balade avec un corps d’emprunt (masculin !), Sascha découvrira qu’il n’en est rien, ce qui re-chamboulera complètement ses sentiments.
Peut-on empêcher l’Apocalypse et choisir entre ses deux amours ? C’est loin d’être facile. Alice Scarling joue parfaitement avec ce triangle amoureux, lui apportant la seule réponse possible : c’est la raison qui l’emporte sur la passion. Mais jusque dans les dernières pages, on doutera du choix que fera Sascha...

« Requiem pour Sascha » était donc une très bonne surprise. La trilogie ne sombre pas dans la mièvrerie mais pas non plus dans les excès inverses, les scènes de sexe étant finalement peu nombreuses (on ne peut pas se sauter dessus en permanence). L’héroïne évolue beaucoup, évacuant rapidement le prétexte du contrecoup de son pouvoir au profit d’une vraie passion à assouvir. L’intrigue se complexifie également à chaque livre, chamboulant nos perspectives (la bonté de Dieu et la cruauté du Diable, le rôle de la mère) et interrogeant nos certitudes et nos éventuelles croyances. Je doute que les fervents chrétiens adhèrent (brûlez cet ouvrage blasphématoire !). L’action, sans être omniprésente, n’est pas plombée par les passages introspectifs de Sascha. Bref, le tout est plutôt bien équilibré, l’humour désamorce le dramatique de la situation (c’est quand même la fin du monde), et le tout se lit avec gourmandise et sans culpabilité.


Titre : Agnus Dei
Série : Requiem pour Sascha, tome 3/3
Auteur : Alice Scarling
Couverture : Anne-Claire Payet / iStockphoto
Éditeur : Milady
Collection : Bit-lit
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 378
Format (en cm) : 18 x 11 x 2
Dépôt légal : janvier 2015
ISBN : 9782811213732
Prix : 7,10 €


Requiem pour Sascha
- Lacrimosa
- Dies Irae
- Agnus Dei


Nicolas Soffray
13 septembre 2015






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