Pourquoi Roku a-t-il recueilli cette gamine ? Il faut dire que ces maudits retournés sont une calamité. Certes, être yakusa n’est pas le meilleur métier au monde, mais au moins les clans ont un code d’honneur, un sens morale. Ces retournés semblent dépourvus de toute humanité. C’est grâce à une vidéo du retournement d’une star du ciné que Roku et ses hommes ont découvert ce monstrueux processus où un humain se défait de sa peau et de son corps original pour donner naissance à un nouveau lui-même, dépourvu de toute morale. Quand il découvrit le corps mutilé de la soeur de Runa dans la clinique où les menait leur enquête, Roku ne s’attendait pas à être témoin du retournement raté de la jeune fille. Maintenant, il l’aide à trouver ce soi-disant médecin qui provoque ces transformations contre nature...

Les éditions Komikku ont le don de nous surprendre ces dernier temps, passant d’un extrême à l’autre côté série. Après le manga historique dur la vie d’Archimède, « Eureka ! », nous passons à de l’horreur pure et dure, du gore sans concession. Nakatani D. nous montre en tout cas une imagination malsaine de premier ordre. Cette idée des retournés est des plus surprenantes, mais c’est surtout tout l’univers qu’il met en place à travers cette transformation qui surprend, fascine et écœure. Nous ne saurons pas grand chose sur le mécanisme provoquant le retournement, mais Nakatani D. ne sera pas avare de démonstration de ses retournements. Les scènes de mutations sont hyper réalistes et justifient largement l’avertissement limitant cette série à un public averti. Et le mangaka se limite aucunement en grandes cases et pleines pages dégoulinantes de viscères et autres excrétions humaines. L’idée des ongles retournés pour reconnaître ces êtres nouveaux montre le soucis du détail du mangaka et des détails, nous en aurons.
Car Nakatani D. ne se limite pas à des scènes gore pour alimenter son histoire, il développe très intelligemment, à grands coups de flash-backs, le passé et le caractère de ses principaux personnages. Et évidemment, la jeune Runa marquera les esprits, avec son corps transformé en rack à fusils d’assaut. Sa première scène donnera le ton pour la suite du manga et démontre l’amour des mangakas pour les femmes fortes, souvent bien plus que les hommes. La haine de Runa va la transformer en monstre car, même si tout est fait pour la faire passer pour la gentille du tome, le premier massacre ne laisse pas d’ambiguïté sur sa folie meurtrière. Car finalement, ce sont des monstres contre d’autres monstres. Certes, Nakatani D. joue fortement sur les traits des personnages pour différencier les pourritures retournés comme Jun. Pervers, asocial, véritable raté, il sera bien sûr... gros. Le mangaka joue sur la caricature et l’assume parfaitement, c’est ce qui rend ce premier tome dérangeant, passionnant, intrigant.
Pari gagné par Nakatani D. qui maîtrise en parfait serial killer le style gore. « Reversible Man » pourrait devenir une série de référence.
réservé à un public averti
Reversible Man (T1)
Auteur : Nakatani D.
Traducteur : Sébastien Ludmann
Éditeur français : Komikku éditions
Format : 13 x 18 cm
Pagination : 280 pages
Date de parution : 27 mars 2014
Numéro IBSN : 9791091610421
Prix : 8,95 €
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