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The Children : l’interview exclusive de Tom Shankland
Entretien exclusif avec le réalisateur de « Waz » et « The Children »
18 septembre 2009

On vous en parle depuis des semaines. « The Children », le nouveau film de Tom Shankland, sort sur les écrans le 21 octobre prochain. Déjà marqués par « Waz » , son premier long-métrage, nous avons évidemment profité de sa venue à Paris pour le rencontrer. Un entretien exclusif dans lequel le jeune réalisateur anglais se révèle aussi sympathique que talentueux.





En introduction, pourriez-vous retracer votre parcours aux yonautes ?

Je suis tout d’abord allé à l’école nationale du cinéma et de la télévision en Angleterre où j’ai réalisé quelques courts-métrages. Le tout premier était un petit film d’horreur du nom de « Shadow ». Tout se déroulait dans des toilettes. Un film très sombre, littéralement et métaphoriquement, mais plutôt bon. Une histoire sans parole qui se terminait dans un déchainement de violence.
Le scénariste était un gars qui s’appelait Clive Bradley. Nous étions les seuls dans notre école à être branché par le cinéma de genre et notre collaboration s’était super bien passée. Quand j’ai eu fini mes études, il avait beaucoup avancé sur un projet de film du nom de « Devil’s Algebra », une histoire de tueur en série particulièrement noire qui traitait d’altruisme. Cela nous a pris 6 ans pour le monter et c’est devenu « Waz (W Delta Z) », mon premier long-métrage. Le truc intéressant avec ce film, c’est que nous avions un scénario qui montre à chaque fois 2 victimes et un tueur en série qui teste leur amour. Il torture l’une des 2 victimes pour voir si l’amour existe et pousse le bouton tuant l’être aimé si l’amour du supplicié ne lui permet pas de surmonter la douleur. L’exploration ultime de l’existence, de la nature et de la force de l’amour.
Mais personne ne voulait nous donner de l’argent pour le faire tant son concept était extrême. Puis « Saw », « Hostel » sont sortis sur les écrans, avec le succès que l’on sait, et on a finalement trouvé de l’argent pour le réaliser. Mais j’aime à penser , Bruno, que nous étions les premiers mais que les financiers anglais n’ont pas eu la niaque pour nous faire confiance.
Après « Waz », j’ai été contacté par la même compagnie, Vertigo Films, qui voulait faire un autre film avec moi et c’est comme ça que je me suis retrouvé aux commandes de « The Children ».

Et comment vous êtes-vous retrouvé impliqué sur « The Children » ?

En grande partie la connexion s’est faite par James Richardson, qui avait déjà produit mon premier film. Il avait une option sur un script, « Maria », développé par Paul Andrew Williams, qui a réalisé récemment « The Cottage », et avant cela un autre très bon film qui s’appelait « London To Brighton », mais qui ne désirait pas spécialement diriger celui-là.
Donc James, qui voulait que l’on fasse un autre film ensemble, m’a envoyé le scénario de « Maria ». Je l’ai lu, mais c’était un film de zombies, dans lequel les enfants se transforment en zombies et tuent leurs parents. J’aimais bien l’idée des enfants contre les parents, il y avait là quelque chose d’intéressant, la prémisse d’un film d’horreur mais je n’avais pas envie de faire dans le zombie ou la science fiction. Je voulais faire un pure film d’horreur avec ses enfants qui sans raison s’attaquent à leurs parents et comment les parents se retrouvent confrontés au terrible choix de devoir tuer leurs propres enfants pour survivre.
Je trouvais qu’il y avait là une parfaite prémisse, excessive et dérangeante, pour un film d’horreur que je voulais développer de façon hyper réaliste pour en faire quelque chose de fun.
Enfin, fun, c’est une façon de parler, étrange, serait plus approprié. (rires)

Quels sont les éléments qui vous ont séduit dans ce projet ?

Ce qui me branchait avec ce projet, c’est qu’il me permettait de mettre en pratique des choses que je voulais faire en tant que réalisateur. En premier lieux, tourner un film d’horreur en plein jour. Je pensais que ce serait vraiment cool de faire un film d’horreur sans séquences de nuit, où tout se passerait durant la journée. J’aimais bien aussi l’idée car j’avais pas mal d’amis à l’époque qui venait d’avoir des enfants et j’aimais bien observer la façon dont les choses parfois dérapaient quand nous partions ensemble en week-end (sourires), Tu bois quelques verres, les gosses commencent s’énerver, à faire de plus en plus les fous, deviennent hystériques, et les parents s’évertuent à leur trouver des excuses : c’est parce qu’il est fatigué, il a besoin qu’on s’intéresse à lui. Ce phénomène m’a toujours intéressé et comme je n’ai moi-même pas d’enfant je trouvais fascinant de les regarder, d’observer cette lutte de pouvoir. Cela amène forcément à réfléchir sur l’éducation de nos enfants, comment nous devons nous comporter pour qu’ils ne deviennent pas des montres. Doit-on leur imposer une discipline plus rigide ou plus souple, toute cette anxiété par rapport aux prochaines générations. C’était aussi quelque chose qui m’intéressait d’aborder le sujet comme un film social.
J’aimais aussi l’idée, parce que c’est un challenge pour un réalisateur, de rendre les enfants effrayants sans qu’ils n’aient de supers pouvoirs, sans qu’ils ne soient des zombies ou des extraterrestres. Ils sont petits, Ils ne sont pas très forts. Alors comment faire pour créer une vraie terreur avec des enfants. Et en tant que réalisateur, ça me fascinait. J’aime beaucoup les films qui mettent en scène des enfants flippants et je voulais m’essayer à ce genre d’exercice.

On sait que faire tourner des enfants est chose difficile. Comment se sont déroulées les choses sur le tournage de « The Children » ?

Mon but pour les enfants était de faire en sorte qu’ils aient l’impression de jouer au jeu le plus drôle auquel ils aient jamais joué : jouer dans la neige, courir et tuer des grands, un super maquillage, des fringues sympa.
J’ai essayé de faire comme si j’étais moi-même un gamin, comme si je n’avais qu’à me rouler partout, courir et faire l’idiot. Ils ont adoré ! J’ai beaucoup travaillé pour préparer ça en amont, j’ai repéré toutes les choses qui allaient être, à mon avis, extrêmes dans ce film, comme poignarder quelqu’un, ou assister aux réactions très impressionnantes des acteurs adultes : deux choses auxquelles je voulais que les enfants soient habitués. J’ai emmené les enfants dans l’atelier de Paul Hyett, le responsable des effets spéciaux et du maquillage : il leur a montré comment il fabriquait les monstres de « The Descent Part 2 » , son atelier est plein de créatures de films, de têtes explosées et tout ça. Les gamins ont adoré, c’était comme un immense magasin de jouets !
Je les ai aussi fait jouer à un jeu avec les grands, le « meurtre par clin d’oeil » : ils n’avaient qu’à regarder un adulte en clignant de l’oeil, et l’adulte mourrait aussitôt ; ils jouaient aussi à deviner qui est le tueur. Je voulais qu’ils s’habituent à voir les réactions des acteurs, qu’ils comprennent que ce n’était qu’un jeu. Ca a été un pur plaisir, on a tourné dans la nature, dans un environnement calme, ils ne travaillaient pas trop et se sont beaucoup amusés : ils ont adoré. Ils ont même fait leur propre film : ils ont emprunté une caméra, et leur film est définitivement plus violent que le mien ! C’était vraiment un jeu pour eux.

Comment avez vous procédé pour faire naitre un tel climat de terreur ?

J’ai eu le sentiment que le film devait se mettre en place très lentement, pour atteindre son paroxysme à la fin et le rendre plus puissant. Pour moi, c’était précisément au moment de la scène dans la forêt, quand la voiture arrive et qu’on voit d’abord un seul enfant, puis dix enfants ensemble (après on voit le dernier pari). Pour que ce soit un vrai moment d’horreur, il faut que tout ce qui s’est passé avant ait installé chez le public une vraie terreur pour ces enfants, mais en construisant ça très lentement. Quand on a tourné cette scène dans la forêt, on a vraiment accentué la tonalité, la couleur de la scène : on a travaillé la photographie pour obtenir des teintes un peu plus vives, pas trop naturelles, pour que la forêt ait l’air un peu plus mystérieuse, avec davantage de caractère. On a accentué le contraste, désaturé les couleurs pour obtenir un aspect sombre assez mystérieux. Mais pour être honnête, cette partie là été assez facile à faire. Il a fallu surtout travailler pour obtenir le plus possible des images dérangeantes, mais pas trop violentes, parce que dans un film avec des enfants, il faut surtout jouer avec l’idée préconçue du public que ceux-ci sont innocents. Par exemple, si vous mettez une poupée dans la main d’un enfant, ça montre bien cette innocence, mais si vous mettez cette même poupée dans l’estomac de la copine du père, ça devient une image complètement dingue ! De la même façon, si vous montrez une paire de gants d’enfant, mais si cet enfant tient dedans la boucle d’oreille de sa mère, avec du sang et de la chair dessus, vous avez vraiment une opposition, entre une sorte de pureté ou d’innocence, qui correspond à la vision idéaliste de l’enfance, et une image très violente. Donc j’ai fait en sorte qu’il y ait cette construction dans le film, qui permette de casser cette image de l’enfance. Donc au final, pour la scène dans la forêt, je n’ai pas eu à faire trop, avec une réalisation un peu hystérique, pour obtenir cette montée en puissance. J’aime beaucoup ce plan où Casey est malade : elle va dans les bois, elle est malade, et tout d’un coup, je ne sais pas exactement ce qui se passe, si elle est juste perturbée par ce qu’elle voit, mais j’adore le mystère qu’on ressent ! Donc je savais que si je pouvais prolonger ce mystère, ce serait un bon final, il n’y aurait pas besoin d’expliquer quoi que ce soit, ce serait encore plus hantéet plus riche. Il y a donc probablement des choses qui se sont faites instinctivement, et je ne suis peut-être pas très clair là-dessus, mais il y a certains éléments dont je suis conscient, comme le fait d’avoir essayé d’accentuer certaines choses, pour obtenir une imagerie mystérieuse et rendre la fin plus forte.

Comment avez-vous choisit Hannah Tointon pour incarner Casey ?

Ca a été très facile. Quand Hannah est entrée, je ne l’avais jamais vue avant. Elle était incroyable. Elle est arrivée pour l’audition, et elle a lu la scène de la serre, avec l’oncle, et c’était fantastique ! Certaines actrices auraient peut-être manqué de naturel en jouant trop la scène, de façon trop sexy, ça n’aurait pas vraiment marché. Mais Hannah a su être dans la provocation, sans qu’on sache si c’était juste une attitude adolescente ou de la naïveté, de la candeur. Et en plus elle était mystérieuse, et elle très jolie, elle a de beaux et grands yeux, et elle est aussi la personne la plus gentille avec qui on puisse travailler, donc elle était absolument parfaite pour le rôle.
Elle a passé la porte, lu le texte une fois, et j’ai su que c’était elle qu’il me fallait !

Quels sont les influences, réalisateurs, films qui vous ont donné envie de devenir cinéaste ?

C’est sûrement très surprenant mais, de tous les réalisateurs, le premier qui m’a beaucoup impressionné, dans le style très dense et appuyé des auteurs européens, ça a été Bergman. Je le trouvais fantastique, quand j’ai vu « le Septième Sceau » pour la première fois, ou « Cris et chuchotements », c’était incroyable ! J’étais vraiment inspiré par tous ces grands auteurs européens. J’ai vu aussi beaucoup de films à l’école, je n’arrive pas à me souvenir de tous ces films que j’ai aimé enfant, c’était pour beaucoup des films de genre, vous savez, les enfants aiment bien ça, les petits garçons aiment les westerns, les films de guerre, les thrillers et tous ces trucs... Je n’avais pas réalisé que j’avais vu des films d’Hitchcock quand j’étais gamin, je ne connaissais même pas Hitchcock, mais je me suis souvenu après que j’avais vu « Fenêtre sur cour », « Vertigo » (« Sueurs froides »), ça m’a vraiment marqué, tous ces films d’Hitchcock. J’ai commencé à regarder tout ses films, et j’ai été de plus en plus obsédé par lui, par tous ses films en tant que réalisateur. A peu près au même moment, je ne me souviens pas exactement quand, je devais avoir environ 12 ans, j’ai vu « Don’t look now », de Nicolas Roeg, et ça m’a complètement retourné ! Je n’avais pas encore pensé au fait d’être moi-même réalisateur, mais plus tard, quand j’ai revu tous ces films, je me suis rendu compte qu’en tant qu’enfant et adolescent, j’avais été très marqué par ces films de genre. Mais je pense que ce que j’ai retenu de mon amour pour les auteurs de cinéma européen, c’est leur intensité, notamment dans leurs personnages, leur technique de jeu, leur façon d’utiliser la caméra de sorte que l’espace même devient un espace psychologique, d’émotion. Et ce que j’aime dans les films de genre, c’est ce même niveau d’exploration des personnages, avec tout le côté effrayant en plus. Pour ça, « Don’t look now » est un bon exemple : c’est un film qui explore et qui est aussi très flippant.

Merci Tom !


Propos recueillis le 18 septembre 2009 par Bruno Paul
Merci à Michel Burstein et toute l’équipe de Bossa-Nova


LIEN(S) YOZONE

=> Preview et teasers en série
=> Le film annonce
=> La critique de « The Children »
=> La critique de « Waz »

INTERNET

Le site officiel : http://www.chrysalis-films.com/thec...
The Children sur Facebook : http://www.facebook.com/group.php?g...


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Bruno Paul
Amandine Prié
15 octobre 2009






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