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Maître Rouge (Le), T1 et T2
Francesco Artibani, Ivo Milazzo & Isabelle Merlet
Les Humanoïdes Associés

Rome, fin du 18e siècle. Giovan Battista Mori, surnommé le Maître Rouge, est le bourreau de la cité, mais pas un exécuteur comme les autres.

Alors qu’il se prépare à légalement occire un jeune révolutionnaire Carbonari, assassin d’un officier Français, il comprend qu’une histoire bien plus trouble qu’un simple assassinat politique, se cache derrière ce meurtre.
Pas question pour le Maître Rouge d’œuvrer dans ces conditions, il doit découvrir ce qu’il s’est réellement passé.

Évidemment, tout cela ne va pas le réconcilier avec l’âme humaine, mais Giovan Battista se fait-il encore des illusions sur le sujet ?
Jalousie, honte, vengeance et sacrifices d’innocentes brebis sont depuis toujours les tristes attributs d’une humanité en manque de morale.




C’est toujours avec grand plaisir que l’on reçoit à la Yozone une BD de la collection Dédales des Humanoïdes Associés.
Le principe du “Polar historique en Bande Dessinée” adopté, réserve souvent de bonnes surprises et nous balade sous d’autres cieux et en d’autres temps pour un dépaysement assuré.

Originalité éditoriale, les Humanos ont décidé de publier simultanément les deux tomes de la série intitulée Le Maître Rouge. De « L’Ange du Château » à « La Compagnie de la Mort Charitable », la même intrigue sert de fil conducteur à l’enquête personnelle réalisée par un héros hors du commun. C’est qu’il s’agit tout bonnement du bourreau de la cité !
Choisir la personne que l’on n’attendait pas, n’est pas en soit un principe novateur, mais avouons-le, la sauce prend plutôt bien.

Le scénario de Francesco Artibani, correctement rythmé, déroule une histoire bien pensée. Pas de fausses notes dans la narration même si on pourra reprocher à l’ensemble un classicisme un peu sage.
Bon point, on ne devine pas grand chose de concret avant les dernières pages du tome 2, et si par instinct on prend les bonnes pistes, on reste quand même accroché au récit.
Une galerie de personnages adéquats (bandits de grands chemins, dames de bonnes familles, officiers ou magistrats pas clairs) ambiancent justement la narration.
Pas de tour de passe-passe tonitruant pour autant, rien que la vie et les péripéties fétides d’une humanité pas jolie jolie. Pas facile d’être épris de justice dans un monde qui en manque, pas évident de plonger ses mains dans les affres de l’âme humaine...

Ivo Milazzo propose un graphisme de qualité qui ne s’encombre pas de fioritures. L’attachement aux détails ne se faisant qu’en cas d’utilité absolue. Les personnages sur fonds monochromes, voire totalement blancs, ne sont pas rares et les gros plans ou plans très serrés sont privilégiés.
Ne vous attendez surtout pas à passer dix minutes sur une image qui vous hurle aux oreilles « regardez comme je dessine bien ! Un palais comme ça, y-a que moi qui sait le faire ! », ce n’est visiblement pas le principe de la maison. Il s’agit juste d’arriver au point de fusion nécessaire entre scénario et dessin.
L’esbroufe est donc absente et si virtuosité il y a, elle agit dans des choix assez originaux (même s’ils ne sont pas sans rappeler parfois certains encrages de Hugo Pratt -école Italienne ?).
Noir c’est noir, et les contours des personnages souvent forcés, sont en rapport avec l’intrigue. C’est un peu surprenant, pas toujours nécessaire mais logique et bien vu.

Si le dessin surprend d’abord, c’est qu’il propose un vrai style, sortant des sentiers battus par la production actuelle. Point de ligne claire mais plutôt une qualité picturale avérée, pas si éloignée que ça de l’aquarelle.
Isabelle Merlet (couleurs) réalise par ailleurs un beau travail d’ensemble. On a l’impression de voir des tons unis, une observation attentive prouve le contraire, la nuance est là et provoque la profondeur de champs que le trait avait volontairement gommée.

Au final, on ne regrette vraiment pas la lecture de ce duo de BD, preuve s’il en était encore besoin, qu’une certaine rigueur (dureté ?) peut provoquer la séduction.
On peut par contre, émettre quelques réserves sur la couverture de « L’Ange du Château ». Si l’image ne trahit pas le récit et le contenant, elle manque quand même d’un pouvoir d’accroche suffisant et risque de rebuter les amateurs. Moins fournie mais plus détaillée, celle de « La Compagnie de la Mort Charitable » est a contrario beaucoup plus efficace.

Bref, pas de quoi fouetter un chat sauf qu’en ces temps de productions pléthoriques, le moindre des détails compte et peut signifier l’exécution sommaire et commerciale d’une BD.
Espérons que ce n’est pas déjà le cas car Le Maître Rouge mérite d’être observée sur la longueur.


- L’Ange du Château & La Compagnie de la Mort Charitable
- Série : Le Maître Rouge, tomes 1 et 2
- Scénario : Francesco Artibani
- Dessin : Ivo Milazzo
- Couleur : Isabelle Merlet
- Couleur (couverture) : Rulo
- Lettrages : Ségolenne Ferté
- Traduction (de l’Italien) : Valérie Donnay
- Collection : Dédales
- Dirigée par : Bruno Lecigne
- Éditeur : Les Humanoïdes Associés
- Site Internet série : Les Humano.com - Le Maître Rouge
- Format (en cm) : 22,5 x 29,7
- Pages : 2 x 48 couleur
- Dépôt légal : octobre 2006
- ISBN : 2 7316 1772 1 & 2 7316 1817 5
- Codes H : 43 1074 4 & 43 1075 1
- Prix public : 10,40€ (x2)


Illustrations : © Artibani & Milazzo, Les Humanoïdes Associés (2006)



Stéphane Pons
17 juin 2007




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L’Ange du Château, tome 1



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La Compagnie de la Mort Charitable, tome 2



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Le Maître Rouge, un héros atypique et épris de justice



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Qui connaît Rome comme sa poche



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Et se repère de loin à sa grande cape rouge !



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On pense au grand Hugo Pratt



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Puis on se laisse prendre par l’histoire



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Pas de détails inutiles.



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