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Les Maîtres Enlumineurs, tome 2 : Le retour du hiérophante
Robert Jackson Bennett
Albin Michel Imaginaire, roman traduit de l’anglais (États-Unis), fantasy, 620 pages, octobre 2021, 24,90€

Tevanne compte à présent une maison marchande de moins, la faute ou grâce à Sancia et ses amis qui ont vaincu les défenses de la Montagne et révélé une mystérieuse entité : Valeria, création du premier hiérophante.
Depuis, Orso, Gregor, Berenice et elle ont créé Interfonderies, maison spécialisée dans l’enluminure, apportant une solution aux petites maisons sans grands moyens. Aujourd’hui ils s’attaquent à une autre grande famille, les Michiel, décidés à les affaiblir en découvrant et partageant leurs plus grands secrets. Mais Sancia reçoit un avertissement ressemblant à un appel au secours de Valeria : < IL ARRIVE. > Ce il n’est autre que Crasedes, un hiérophante, maîtrisant donc l’enluminure comme personne. Les quatre ne peuvent ignorer cette menace, mais ne s’attaquent-ils pas à trop fort ?



Le premier tome des « Maîtres Enlumineurs » n’est pas passé inaperçu, loin de là, tant le système de magie imaginé par Robert Jackson Bennett a marqué les esprits. En effet, il lui donne des accents technologiques qui ne sont pas sans rappeler les ordinateurs mais avec une touche d’exotisme et d’étrangeté du meilleur effet, orientant la balance du côté de la fantasy. Avec une histoire à la hauteur, il a fort justement séduit le lectorat.
« Le retour du Hiérophante » sort six mois après et il ne déçoit en rien les attentes.

Maintenant que le lecteur est familier de l’univers et des personnages, l’auteur réussit à aller encore plus loin avec le retour d’un des fameux hiérophantes, ceux qui avaient les prérogatives de dieux, tant ils pouvaient plier la réalité à leur guise. Didier Graffet donne un aperçu du retour de cet être mythique à bord d’un navire de la flotte Dandolo. Ambiance pesante, labyrinthe, sentiment d’écrasement, une tension qui ne cesse de monter jusqu’au résultat de cette résurrection inhumaine, sacrificielle, et la rencontre entre Sancia et Crasedes. Les quatre comprennent que cet adversaire les dépasse nettement, tout diminué qu’il est encore, et qu’il leur faut de l’aide. Qui de plus indiqué que les créations des hiérophantes, c’est-à-dire Valeria et bien sûr Clef frappée de mutisme ? Commence alors un chassé-croisé entre les quatre et Crasedes, une partie d’échecs où chacun essaie de devancer l’autre pour s’arroger un avantage.
L’auteur fait vraiment montre d’inventivité, il trouve toujours de nouvelles potentialités à l’enluminure, repoussant les limites du possible, donnant ainsi d’étonnants points de vue. Alors que le résultat de la partie semble rien de moins que la préservation de la société, la survie des habitants, Crasedes porte la tenue d’un être du folklore, comme pour contrebalancer l’effet dramatique et dans une scène, “Le masque de la mort rouge” de Poe s’invite dans nos esprits.
Sancia et ses compagnons cherchent à tout prix à l’arrêter. Pourquoi ? La question est ouverte, car plus d’un fois ils doutent. Crasedes poursuit un but louable, mais les moyens pour l’atteindre effraient. Pour le combattre, seule Valeria semble de taille, mais n’est-ce pas ouvrir la boîte de Pandore ? Plusieurs avertissements poussent Sancia à se méfier de cette alliée providentielle, mais a-t-elle le choix ?
Robert Jackson Bennett joue habilement de ce dilemme. Action et réflexion se côtoient tout au long des six cents pages de ce roman dont l’intérêt ne baisse jamais. Il interroge sur le pouvoir et tout ce qui l’accompagne. Rien n’est simple, du moins à prendre au premier degré. Des actes abjects sont motivés par des raisons louables. Où se situe la frontière entre le bien et le mal ? Sont-ils vraiment définis ? Peut-on les montrer du doigt avec certitude ?

« Le retour du hiérophante » fait parfois dans la démesure, tant la maîtrise de l’enluminure permet de s’affranchir des limites. D’un autre côté, elle autorise aussi bien des facilités, comme les constructions tenant surtout debout par des enchantements plutôt que par la géométrie. Toute la société tevanne repose sur ce système. La fin du livre laisse sans voix, tant les événements vont loin, ce qui laisse songeur sur ce que nous réserve l’ultime tome.
« Le retour du hiérophante » œuvre dans la fantasy de haut vol, une fantasy aux accents différents avec des notes technologiques, permettant de séduire un lectorat plus large. Robert Jackson Bennett n’offre guère de moments de respiration, il enchaîne les péripéties et les expérimentations avec des personnages attachants, au premier chef Sancia qui n’a sûrement pas fini d’en voir.
Les deux premiers tomes des « Maîtres enlumineurs » atteignent déjà des sommets, alors on ne peut qu’attendre la conclusion avec impatience.


Titre : Le retour du hiérophante (Shorefall, 2020)
Série : Les Maîtres Enlumineurs, tome 2
Auteur : Robert Jackson Bennett
Illustration de couverture : Didier Graffet
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Laurent Philibert-Caillat
Éditeur : Albin Michel
Collection : Albin Michel Imaginaire
Directeur de collection : Gilles Dumay
Sites Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 620
Format (en cm) : 14,1 x 20,5
Dépôt légal : octobre 2021
ISBN : 9782226441522
Prix : 24,90 €


Robert Jackson Bennett sur la Yozone :
- Les maîtres enlumineurs
- « American Elsewhere »
- « Vigilance »

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François Schnebelen
5 novembre 2021


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