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Étoiles sont légion (Les)
Kameron Hurley
Albin Michel Imaginaire, roman traduit de l’anglais (États-Unis), Science-Fiction, 414 pages, novembre 2018, 22€

Composée de vaisseaux-mondes organiques, la Légion traverse l’immensité du vide. Des familles se battent, car leurs habitats tombent en déliquescence et demandent à être régénérés par l’apport de matière fraîche. Seul un vaisseau, la Mokshi, est capable de quitter la Légion, de suivre son propre cap et de s’affranchir de la sclérose gagnant la Légion. La Mokshi constitue un enjeu pour les Katazyrna et les Bhavaja.
La guerrière Zan a perdu ses souvenirs dans ses nombreuses tentatives de pénétrer la Mokshi. Elle se réveille une fois de plus amnésique, se demandant ce qui la lie vraiment à Jayd et aux Katazyrna qui se prétendent sa famille. Elle semble la seule apte à conquérir le vaisseau synonyme de liberté, mais se retrouve surtout au milieu d’enjeux qu’elle ne comprend pas.



Dans « Les étoiles sont légion » ne figure aucun protagoniste masculin, les femmes s’en passent très bien, ignorant d’ailleurs ce dont il s’agit. Elles vivent au sein de la Légion, un ensemble de vaisseaux-mondes organiques que le lecteur éprouve du mal à appréhender. Bien des questions s’imposent dans l’esprit de chacun, rien que l’immensité de chaque vaisseau constitue une énigme, ces derniers s’avérant bien plus grands que présumé à l’origine. D’où viennent-ils ? Quelle est leur destination ? Depuis combien de temps sillonnent-ils l’espace ?
Kameron Hurley n’est pas du genre à donner des réponses, elle aiguillonne la curiosité des lecteurs, les pousse à échafauder des hypothèses, avant de les balayer d’un revers de la main. Lire « Les étoiles sont légion » revient à avancer dans un inconnu plein de surprises et déstabilisant, car si étrange. Il est difficile de se raccrocher à quelque chose, les deux personnages principales Zan et Jayd sont fuyantes, la première ne se souvient de rien, tâtonne, un peu comme si elle renaissait, et la seconde s’avère retorse, manipulatrice, embrassant un plan à long terme aux visées obscures.

L’image des vaisseaux-mondes ne manque pas de beauté avec leurs tentacules s’ébattant dans le vide. La vision du pourrissement, un peu comme la fin d’un temps, n’entache pas leur pouvoir de fascination et leur intérieur rappelle la matrice maternelle. Aux côtés de Zan, les lecteurs découvrent ses entrailles, remontent à la surface, un voyage n’étant pas sans évoquer l’enfantement. Même s’il n’y a pas d’homme, le cycle de la vie opère toujours et les accouchements sont nombreux, mais les progénitures mises au monde défient la logique, s’avérant souvent utilitaires.
Les Katazyrna et les Bhavaja sont autant de guerrières se lançant dans l’espace sur leurs montures organiques après s’être vaporisé une combinaison sur le corps. Immanquablement, cela ramène à l’image de cowboys, ici de cowgirls, sur leurs chevaux. Ce roman concilie moderne et ancien, il ne laisse jamais le lecteur tranquille, le poussant dans ses retranchements pour saisir la création démesurée de l’auteure. Des combats dans l’espace et dans les vaisseaux entre les membres des familles, des intrigues, des trahisons... elles ne doivent rien au hommes, se montrant prêtes à toutes les extrémités pour parvenir à leurs fins.
Le récit ne manque pas de souffle, les chapitres alternent entre Jayd et Zan. Au début, leurs routent se suivent, avant de se séparer, chacune se débattant à sa manière en milieu hostile. Zan avance pour rejoindre Jayd et enfin comprendre qui elle est, pourquoi elle ne se souvient de rien. Elle est en quête de réponses, comme tout un chacun désireux d’en savoir plus, de comprendre ce qu’est cette Légion et son but.

Avec « Les étoiles sont légion », Kameron Hurley signe un roman qui colle aux doigts. Son imaginaire est d’une telle ampleur, si malsain par certains côtés, si étranger qu’il éveille l’admiration. L’absence d’hommes se fait vite oublier, car les protagonistes ne leur cèdent en rien, conservant même leur rôle de mère, mais dans un registre des plus surprenants. Ce space opera soulève bien des interrogations, sans que la dernière ligne ne réponde à toutes, loin de là. « Les étoiles sont légion » conserve une part de mystère, ne soulève pas le voile jusqu’en haut, laissant l’imagination de chacun faire le dernier pas.
Un roman coup de poing qui touche son but et laisse le lecteur sonné.
Des images, des questions et des étoiles pleins la tête...


Titre : Les étoiles sont légion (The Stars are Legion, 2017)
Auteur : Kameron Hurley
Illustration de couverture : Manchu
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Gilles Goullet
Éditeur : Albin Michel
Collection : Albin Michel Imaginaire
Directeur de collection : Gilles Dumay
Sites Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 414
Format (en cm) : 14 x 20,5
Dépôt légal : novembre 2018
ISBN : 9782226436931
Prix : 22 €


Autre livre de la collection sur la Yozone :
- « Mage de bataille, tome 1 » de Peter A. Flannery

Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
1er novembre 2018


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