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Moana, tome 3 : À la source des nuages
Silène Edgar
Castelmore, roman (France, 2013), post-apocalyptique, 264 pages, juillet 2018, 6,90€

L’Argo accoste près de Girolata en Corse pour découvrir qu’une expédition punitive s’y est attaquée. Les enfants et quelques adultes ont été emmenés par les autorités à Bonifacio. Moana, Pierre et Chris sont atterrés. Eux qui ont accompli de grandes choses contre le pouvoir central de Pondichéry comprennent qu’en leur absence la situation a dégénéré pour leurs amis. Ils ne peuvent les abandonner et décident de monter une mission de sauvetage. Libérer Moana de prison avait été couronné de succès, les Corses s’étaient alors mobilisés en masse. Pourquoi en serait-il différemment cette fois-ci ?
Les proches de Moana, dont Liam qui ne connaît personne des gens de Girolata, suivent le mouvement. Quand ils se retrouvent tous, près de 300 avec ceux qui les ont rejoints, près de Bonifacio et que la situation leur apparait bien plus compliquée qu’ils ne l’avaient pensé, ils s’en remettent au plan insensé de Moana.
Il fallait penser comme une adolescente guidée par ses sentiments pour ne pas comprendre qu’ils se jetaient dans la gueule du loup...



Depuis « La saveur des figues », peu d’années ont passé, mais Moana a bien grandi. La simple petite fille s’est élevée au rang de symbole, d’exemple à suivre pour ceux qui n’acceptent plus le diktat du pouvoir central de Pondichéry. Depuis qu’elle est partie de son île natale, elle vit selon ses convictions allant contre ce qui est imposé.
À Girolata, puis à bord de l’Argo, elle a découvert qu’une autre voie était possible, mais qu’il fallait du courage pour l’arpenter, car elle est très risquée. En sauvant des enfants promis à une mort lente et douloureuse, elle l’a compris à ses dépens avec la mort de son ami Alessandro (« Le bateau vagabond »).

Dès l’entame d’« À la source des nuages », l’ultime volet de la trilogie« Moana », le constat lui apparaît encore plus cruel, car le refuge de Girolata a été profané, des proches enlevés par sa faute. Silène Edgar fait rapide au départ et les événements défilent pour en arriver à Bonifacio. En accélérant ainsi la cadence pour plonger dans le vif du sujet, il faut un temps d’adaptation pour s’imprégner à nouveau du contexte général. Quelques pages sont nécessaires pour être gagné par l’ambiance, la douce folie de Moana, cette adolescente qui pense que tout est possible et que les adultes n’arrivent pas à raisonner, préférant suivre ses conseils, tant ils semblent démunis. On pourrait dire que c’est un peu le monde à l’envers, que les rôles sont ici inversés, mais la raison seule ne peut suffire à changer les choses, il faut une forme d’innocence, de rêve pour y croire et foncer tête baissée dans le danger.

Comme les lecteurs des autres tomes pouvaient l’imaginer, il fallait bien que l’action se déroule à un moment ou un autre à Pondichéry, le siège du pouvoir, de cette société en cours de reconstruction. La façon dont la situation évolue ne manquera pas de surprendre et d’apparaître cousue de fil blanc pour un adulte. Après un passage des plus dramatiques qui ne manque pas de force, voilà que les lecteurs quittent la peau de Moana pour celle de Liam, son amoureux. C’est lui qui s’exprime à présent à la première personne, s’inquiétant pour Moana. Le procédé est pour le moins troublant, mais se justifie par la séparation d’une partie des protagonistes. Pondichéry apparaît dominée par le Suprême Nadish qui a le même âge que Moana.
Puis retour à Moana et chacun retrouve ses repères avec cette dernière aux commandes du récit. C’est l’occasion d’approfondir le personnage de Nadish qui n’est encore qu’un adolescent, essayant de s’imposer parmi des adultes. Comme elle, il peut avoir des rêves, agir comme un enfant.

« À la source des nuages » débouche sur la confrontation entre ceux qui aspirent à la liberté et le pouvoir de Pondichéry. Il place face à face deux adolescents, chacun champion d’un camp, chacun avec ses aspirations. Silène Edgar apporte un semblant de réponse à la catastrophe qui a plongé la Terre dans cette situation dramatique, mais là n’était pas le but de « Moana ». En effet, ce qui l’intéressait était de suivre le parcours de Moana, montrer son évolution et sa révolte face à ce qui lui semblait trop injuste. Cette quête initiatique motivait l’auteure et elle a mis ce futur entre les mains d’enfants. Elle les place déjà face aux responsabilités qui les attendent dans le monde adulte et évoque le dialogue comme solution. Quand deux adversaires demeurent toujours sur leurs positions, seuls le dialogue et l’ouverture d’esprit permettent d’entrevoir une solution.
Si les adultes en verront les ficelles, le public jeunesse apprendra de cette lecture et s’enrichira de l’expérience. L’histoire est très prenante et les héros sympathiques, même Nadish suscitera l’empathie. Silène Edgar livre ici une belle trilogie située dans une société post-apocalyptique aux thématiques bien actuelles.
Un bon choix de lecture jeunesse.


Titre : À la source des nuages
Auteur : Silène Edgar
Série : Moana, tome 3
Couverture : Annie Carbo (illustration) et Adèle Silly (création)
Éditeur : Castelmore (Première édition : Éditions du Jasmin, 2013)
Site Internet : fiche du roman (site éditeur)
Pages : 264
Format (en cm) : 17,8 x 11
Dépôt légal : juillet 2018
ISBN : 9782362313653
Prix : 6,90€


Silène Edgar sur la Yozone :
- Moana, tome 1 : La saveur des figues
- Moana, tome 2 : Le bateau vagabond

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
15 août 2018


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