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Grand Siècle, tome 1 : l’Académie de l’Ether
Johan Héliot
Mnémos, roman (France), uchronique XVIIe, 300 pages, avril 2017, 19€

Une sphère choit de l’espace, suite à une collision. Pour l’intelligence qu’elle contient, la Terre est certes primitive, mais en quelques-uns de nos siècles, elle devrait pouvoir lui donner les moyens de reprendre son voyage. Quitte à influencer un peu la forme de vie intelligente dominante...
C’est entre les mains d’un officier de la marine ambitieux, Rochet, que la sphère arrive jusqu’au jeune Louis XIV et instille dans son jeune esprit rêves de gloire et prouesses technologiques. Le jeune homme, encore sous la coupe de Mazarin, peine à se dépêtrer de la fronde menée par Condé et de la guerre dans les Flandres contre l’Espagne... L’Histoire va prendre un autre tour.
Et c’est aux côtés de la fratrie Caron que nous le découvrirons. Paysans lorrains, ils montent à Paris chercher la protection d’un oncle à la mort de leur père. Le voyage est rude, Pierre, l’aîné, doit tuer de sa hache un routier qui aurait violé ses deux jeunes sœurs. Mais l’accueil de l’oncle Plantin, imprimeur-libraire, n’est pas aussi chaleureux qu’attendu. Il accepte néanmoins de loger les plus jeunes, contre l’assurance que Pierre pourvoira à leur couvert. Le jeune homme disparait, ne revenant qu’un jour sur deux, les bras chargés de denrées, refusant d’en dire la provenance. La curiosité d’Estienne à ce sujet lui coûtera cher : s’étant frotté à une bande de la Cour des Miracles, il doit fuir Paris pour sauver sa vie. Il trouve refuge chez Blaise Pascal, qu’il a autrefois sauvé d’un accident de carrosse. Le garçon, intelligent, devient son secrétaire et va œuvrer à ses côtés lorsque le mathématicien est missionné par le roi pour son grand projet, auquel il va consacrer de nouveaux impôts : conquérir les sphères célestes !



Si Johan Héliot est aujourd’hui l’auteur d’une solide œuvre notamment destinée à la jeunesse, il reste sans contesté auréolé du succès de sa Trilogie de la Lune. Avec Grand Siècle, il revient donc à l’uchronie historique avec un talent de conteur poli par l’expérience.
L’idée est originale, et les premiers chapitres concernant l’UEC (Unité d’Exploration Conscientisée) sacrément déroutant après une première immersion dans la boue et la famine du XVIIe siècle. A leur exception, Grand Siècle pourrait presque passer pour un roman d’aventures historique, fort bien documenté. L’auteur y convoque les grands noms de cette époque, savants, militaires et lettrés, y compris certains que la légende a rendus à moitié fictifs. Ainsi de Cyrano et d’Artagnan, auquel il inflige un bien méchant sort, lui qui l’avait si bien servi dans « Faerie Hackers ». Intrigue autour du quatorzième Louis, son jumeau masqué de fer sera également présent, et au détour d’un transfert sous le couvert de la nuit, on croit s’imaginer... mais non. Peut-être plus tard...
En excellent conteur, Johan Héliot insère dans sa trame les fils de sa famille Caron, chaque représentant se retrouvant aux premières loges dans l’une ou l’autre des facettes de la nouvelle Histoire qui s’écrit jour après jour. Pierre, dans les bas-fonds, sera l’instrument de pression du pouvoir, celui des truands sur le roi, avant d’être employé par le roi contre le monde entier.
Estienne, le cadet, plus sensible, accompagnera les progrès de la science, participant avec Pascal à l’amélioration de sa pascaline à calculer, préfigurant l’ordinateur, avant qu’une conséquence de leurs expériences sur le magnétisme n’oriente leurs travaux vers des applications plus... militaires, aptes à apporter au Royaume la paix indispensable au grand projet royal. Héliot aborde très naturellement l’hélas trop fréquente dérive guerrière des découvertes scientifiques, et au côtés de Louis, met parfaitement en scène l’horreur provoquée par ce bond technologique dans la conduite de la guerre, ravivant des images d’une cavalerie chargeant les premiers blindés...
Une autre excellente idée est la reprise de l’imprimerie par Jeanne, l’aînée des filles, et son rôle de plus en plus important dans la production d’une gazette d’opposition, financée par des ennemis du roi. L’auteur en profite pour présenter le fonctionnement des ateliers, l’importance d’un mécène ou protecteur, la fragilité des officines lorsque le vent politique tourne. Et bien sûr la place, très secondaire, des femmes, Jeanne étant abandonnée de tous lorsque meurt l’oncle, quand bien même c’était elle qui faisait son travail auparavant.

« L’Académie de l’Ether » tient autant de l’aventure historique que de la saga familiale, et c’est peut-être le seul reproche que les esprits les plus chagrins pourront lui faire : avec un ou une Caron à des points clés de son intrigue, les sentiments familiaux peuvent impacter l’Histoire (ainsi de la tentative d’Estienne d’adoucir le martyre de son frère, mais chut...), mais l’auteur n’en abuse justement point, usant au contraire des grandes figures historiques pour ramener son récit dans son nouveau droit chemin.

Que dire de mieux : c’est original, diablement bien écrit, documenté sans être assommant, la plume est fluide, les clins d’œil littéraires sympathiques mais jamais innocents. On se laisse porter, emporter, on visualise parfaitement chaque scène, convoquant des images dont le cinéma n’a pas été avare, des multiples « Trois Mousquetaires » aux cabinets de savants de « Ridicule » ou du « Parfum » (oui, je sais, plus XVIIIe), pour ne citer que ceux-là.
Si ce premier tome est déjà riche en éléments uchroniques, ils s’insèrent « naturellement » dans cette nouvelle Histoire. Le roman se place dans la lignée de ses illustres prédécesseurs, et pourra sans mal convertir des lecteurs jusque-là rétifs à l’Imaginaire...
Bref, on attend impatiemment la suite !


Titre : L’Académie de l’Ether
Série : Grand Siècle, tome 1
Auteur : Johan Héliot
Couverture : Atelier Octobre Rouge
Éditeur : Mnémos
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 300
Format (en cm) : 22 x 15 x 3
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 9782354085681
Prix : 19 €



Nicolas Soffray
15 février 2018


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