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Continuum était malade (Le)
Hervé Thiellement
Black Coat Press, Rivière Blanche, roman, science-fiction, 194 pages, juillet 2017, 18€

Maintenant que l’anibulle Labette et ses amis ont réussi à se débarasser de Gaude, la lune belliqueuse, et qu’ils pensaient donc se la couler douce, les Vénérables Arbres de Zircon les alertent d’une menace des plus sérieuses : le continuum connait des ratés.
Cela se ressent sur plusieurs planètes dont les populations sont en péril : le lichen des Vulcain dépérit, les Dingots ne se reproduisent plus, la ressource première des Gloumpheux se tarit. Les lois de la physique accusent aussi le coup et les vaisseaux spatiaux restent au sol. Seul l’instinct des anibulles permet encore à ces géants d’affronter l’espace et le temps qui n’en font plus qu’à leur guise.
Rétablir l’harmonie dans le continuuum, voilà une mission à la hauteur de Labette, Gont et de tout l’équipage du Labette VII.



Alors que les lecteurs pouvaient penser que les aventures de l’anibulle Labette et de ses amis avec qui elle fait équipe s’achevaient avec « Multiple était la Lune » qui les voyait vaincre Gaude, Hervé Thiellement les rappelle à notre bon souvenir avec « Le continuum était malade ».

La menace s’avère ici plus sournoise, plus difficile à identifier, car le patient n’est autre que le continuum ! Comment le guérir ? Ils choisissent de soigner les symptômes observés, espérant ainsi que l’équilibre sera rétabli et que le continuum se réparera alors de lui-même. Voilà qui n’est pas ordinaire comme postulat !
Il va de soi que l’occasion est belle pour l’auteur d’explorer des planètes aux êtres sortant de l’ordinaire. Les habitants de Gloumphs vivent sous une pluie continuelle et la vie y est si déprimante qu’ils exploitent des mines dont ils extraient une substance leur permettant de tenir. Sans elle, leur existence n’a plus de sens. La planète Dingo abrite de drôles d’habitants, tout en plis et se foutant de tout autre qu’eux-mêmes. Leurs noms reflètent leur rang social et ils se reproduisent pour augmenter la main-d’œuvre. Aussi quand les naissances cessent brusquement, leur civilisation risque l’extinction.
Ces créations prêtent à sourire, car elles recèlent une bonne part de ridicule. Les noms des premiers me font penser aux Schtroumpfs, les seconds ramènent à l’univers Disney avec le compagnon de Mickey. D’ailleurs de nombreuses références parsèment le livre :« Dune » et son épice, Cthulhu de Lovecraft... même « Le monde de Fernando » du même Hervé Thiellement transparaît à travers les noms de certains Dingots.
Il est clair que l’auteur s’amuse et qu’il cherche sûrement à partager la science-fiction qu’il aime (Jack Vance doit y figurer en bonne place). Planètes exotiques, voyages spatiaux et paradoxes temporels figurent au menu, mais il ne faut surtout pas oublier l’amitié qui lie les protagonistes. Chang, la changeling, s’avère une infirmière particulièrement douée pour régler les cas les plus désespérés. Il faut dire qu’en plus de sa grande expérience, pouvoir adopter quasiment toutes les apparences aide beaucoup. Et elle est bien épaulée par le capitaine Gont, Julie et Lursu le mécano, sans oublier les anibulles, Labette et Belbul.
Au fil de leurs frasques ponctuées de périodes festives, les lecteurs se sont attachés à ces personnages sympathiques, car ne se prenant pas vraiment au sérieux. Mais tout semble avoir une fin et la conclusion ressemble à un adieu. Une certaine nostalgie se dégage des dernières pages, signifiant la fin de l’aventure, du partage de bons moments faisant fi des différences.

En fin d’ouvrage figure d’ailleurs un interview d’Hervé Thiellement qui répond aux questions de Christian Vilà, l’occasion de mieux connaître l’auteur.

« Le continuum était malade » permet de retrouver une bande de joyeux drilles toujours prête à secourir l’univers et n’hésitant pas à payer de leurs personnes. Ce roman prône de belles valeurs comme l’entente entre les peuples ou l’amitié comme ciment face aux épreuves. Hervé Thiellement livre une histoire distrayante, recelant de nombreuses références. Le sourire n’est jamais loin, ni l’envie de rejoindre les protagonistes sur le pont piscine à inertie gravitationnelle. Hélas, il semble que l’auteur tourne définitivement la page... Il n’en demeure pas moins trois ouvrages que chacun pourra lire et relire pour retrouver cette atmosphère bon enfant.


Titre : Le continuuum était malade
Auteur : Hervé Thiellement
Couverture : Grillon
Éditeur : Black Coat Press
Collection : Rivière Blanche
Directeur de collection : Philippe Ward
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 194
Format (en cm) : 20,3 x 12,7
Dépôt légal : juillet 2017
ISBN : 978-1-61227-665-6
Prix : 18 €


Également sur la Yozone :
- « Le Dieu était dans la lune »
- « Multiple était la Lune »

- « Le Monde de Fernando », l’intégrale
- la chronique du tome 1 du Monde de Fernando : « Les Souterriens »
- la chronique du tome 2 du Monde de Fernando : « Les Hybrides »
- un entretien avec Hervé Thiellement


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
15 août 2017






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