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Dictionnaire des Flibustiers des Caraïbes
Jacques Gasser
Beaupré, Aventuriers extrêmes, dictionnaire, 510 pages, avril 2017, 27€

Romans, bandes dessinées et films ont popularisé l’image du « pirate ». Qui s’y sera un peu plus penché distinguera de ces forbans les corsaires, employés par un État (comme la France) pour faire la chasse (la « course ») aux navires d’Etats ennemis (l’Angleterre, l’Espagne). Les flibustiers sont un entre-deux, marins indépendants dans la mer des Antilles et commissionnés par les gouverneurs locaux pour la course.
Bien pratiques, ils permettent de se livrer une guerre commerciale (mais pas que) en dépit d’éventuels traités de paix.



La marine du XVIIe doit beaucoup aux flibustiers, français, anglais, espagnols ou hollandais. Établissement de nouvelles routes, cartographie... Ils participent activement au développement commercial de la mer des Antilles avec les côtes américaines, redistribuant les cartes des afflux de marchandises au gré de leurs engagements et de leurs prises.

La préface de Philippe Hrodej, très érudite, donne le ton de l’ouvrage : néophytes, passez votre chemin. Jacques Gasser nous livre là une dense et pointue compilation de ses recherches dans différents services d’archives, en France, Espagne et Royaume-Uni. Par recoupements de lettres autographes, de journaux de marins, de rapports d’officiels en charge, il a réussi le tour de force de produire les biographies, certes partielles, de 99 marins français, capitaines de vaisseau ou non. Un exploit de longue haleine à saluer.

On se plaira à découvrir ainsi ce qu’on sait aujourd’hui des « aventures » de ces 99 flibustiers. Certaines notices sont assez brèves, et très factuelles, retraçant l’itinéraire, les navires commandés, éventuellement des prises faites, des commissions signées. Mais lorsque la matière se fait plus riche, du fait de témoignage d’un bord ou de l’autre. Ainsi d’un abordage raté de Michel Andresson, contre le bateau de John Cribb, raconté dans les deux journaux de bord ainsi que par un passager.
On réalise aussi rapidement que cette communauté est un microcosme. Les hommes étant libres, les équipages se faisaient et se défaisaient au gré des prises ou des revers, se scindant pour rapporter les navires capturés, pour former une escadre plus efficace. On découvre des pratiques somme toute évidentes, comme abandonner son rafiot au profit de sa prise. On se donne rendez-vous pour de gros coups, pour s’échanger des pilotes... Parfois le frisson de l’aventure, de la mort est palpable, parfois le factuel de certaines informations laisse la plus grande part à l’imaginaire, entre routine et aventures oubliées de l’encre du temps...

D’une histoire à l’autre, des noms émergent (Grammont, Montauban, L’Olonnois, Yankey...), séparant les flibustiers « professionnels », quasi corsaires, d’autres à l’activité plus saisonnière. Certains, comme le marquis de Maintenon, rappellent que la flibuste est bien une activité avalisée par la France et pleinement intégrée au développement colonial des Caraïbes.

Prenez garde cependant, ainsi que dit plus haut. Ne vous fiez pas au jolly rogers doré ou la somptueuse illustration de Matthieu Lauffray, à qui on doit l’excellente BD « Long John Silver » avec Xavier Dorison, l’ouvrage n’est pas facile d’accès. Deux cartes anciennes sur les rabats intérieurs, certes magnifiques, mais aucunement lisibles pour espérer retracer dessus le périple des navigateurs intrépides.

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Idem si vous n’êtes pas familier des termes maritimes propre à la course, à la reconnaissance des différents bateaux, de leur manœuvre ou leur entretien, n’escomptez pas une profusion de notes à ce sujet, il vous faudra chercher ailleurs cette science.
L’ouvrage aurait sans doute gagné à s’ouvrir au-delà des spécialistes et férus du genre par ces petits ajouts. Pour eux, bibliographie très dense, index des noms propres cités, des noms des navires, détail des sources très pointues.

Très fouillé, l’ouvrage n’en demeure donc pas moins accessible et plaisant avec quelques petites connaissances préalables à tout amateur d’Histoire et d’aventures, qui appréciera la plongée dans le quotidien de ces marins du XVIIe siècle dans les notices les plus riches qui font la part belle aux témoignages conservés.


Titre : Dictionnaire des Flibustiers des Caraïbes
Sous-titres : corsaires et pirates français au XVIIe siècle
Auteur : Jacques Gasser
Préface : Philippe Hrodej
Couverture : Matthieu Lauffray
Collection : aventuriers extrêmes
Éditeur : Beaupré
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 510
Format (en cm) : 25 x 16 x 4,5
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 9782919154234
Prix : 27 €



Nicolas Soffray
9 juillet 2017






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