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Couvent des Damnées (Le) (T1 et 2)
Minoru Takeyoshi
Glénat

L’enfance d’Ella devait se trouver sous le signe du malheur. Issue d’une famille nombreuse, elle dépareillait de sa fratrie par un comportement trop indépendant et une trop grande franchise. Avec la disette qui sévissait en Allemagne en 1542, n’importe quelle raison fut bonne pour la rejeter de la maison familiale. La petite aurait pu très mal finir, étant marquée du sceau des voleurs, sans l’intervention d’Angelika. C’était ce qu’on appelait une sage-femme. Instruite, ayant des connaissances en plantes médicinales, elle aidait les habitants de son villages par son savoir. En découvrant Ella, elle eut pitié et décida de recueillir la petite fille, pour lui inculquer une véritable éducation. Malheureusement, avec le développement des thèses protestantes de Luther, l’Inquisition brûlait sans la moindre pitié tous les hérétiques. Parmi les plus virulents étaient ceux de l’ordre de Claustrum, dirigé par la terrible prêtresse Edelgard et son âme damnée l’inquisiteur Wilke.



Ella est devenue une novice au couvent du Partage des eaux. Pendant trois ans les filles de sorcières y reçoivent l’éducation de l’ordre de Claustrum afin d’en faire des nonnes dignes de répandre dans le pays la bonne parole de dame Edelgard. Toutefois, Ella s’est aperçue que les novices étaient droguées durant chaque repas afin de leur faire croire à de pseudos miracles et les rendre dociles comme des agneaux. Avec deux de ses camarades, elle tente de trouver une issue afin de pouvoir trouver à se nourrir à l’extérieur des murs du couvent. Car pour ne pas être influencées par la drogue, elles vomissent chacun de leurs repas. Lors d’une escapade dans les égouts, elles découvrent qu’une autre novice à trouver un passage secret. Ella parvient à la convaincre de lui expliquer par quel moyen elle a quitté de sa chambre. La possibilité de sortir s’offre enfin à elle, mais pas de s’évader car un terrible piège attend celles qui tentent de s’enfuir du couvent. Il s’appelle le mur du repentir, car toutes celles qui essaient de s’échapper s’écrasent à ses pieds. Il ne faut guère de temps pour que Ella comprenne le terrible stratagème mis en place par les nonnes. Mais peu importe car elle n’a qu’une idée en tête : se venger de Edelgard et la tuer.

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“Le Couvent des Damnées” est le premier titre publié en France de Minoru Takeyoshi. Et il faut avouer qu’il commence très fort avec cette histoire très dure, qui révèle un artiste de grand talent. Le mangaka souhaitait mettre en scènes des femmes fortes, qui luttaient pour obtenir leur liberté et le respect. Et pour cela, son choix s’est porté sur le temps de l’Inquisition et de sa terrible chasse aux sorcières. Il faut avouer que ces temps étaient des plus rudes, pas uniquement pour la gente féminine mais principalement car une femme un peu intelligente et portée sur les sciences devenait alors rapidement l’incarnation du malin. La scène de l’arrestation de la mère adoptive de Ella sera particulièrement rude, empreinte d’une grande émotion. Mais ce sera également l’origine de la haine de la jeune fille pour l’ordre de Claustrum, qui mène l’Inquisition sur cette partie du Saint Empire germanique. Ella est cette femme forte que cherchait Minoru Takeyoshi, ou plutôt une jeune fille au caractère bien trempé qui va vouer sa vie à sa vengeance. Un croisement entre Jeanne D’arc et Ripley d’“Alien”. Un personnage atypique et des plus complexes. Car si la jeune fille est prête à aider ses sœurs subissant le joug de l’ordre, elle s’avère prête à sacrifier un pion devenu gênant comme nous le prouvera la fin du tome 2.

La description de ce couvent est terrifiante : les jeunes novices sont traitées plus bas que terre uniquement parce qu’elles sont filles de sorcières, ou plutôt de pseudo sorcières, l’Inquisition accusant de sorcellerie quiconque leur devant gênant ou obtenant un savoir scientifique trop avancé. L’évolution d’Ella est passionnante car après avoir subi une enfance ponctuée de malheur, elle va y puiser sa raison de vivre. Un process impressionnant car Minoru Takeyoshi le rend parfaitement crédible et réaliste. Impossible d’éprouver autre chose que de l’empathie et un soutien de tous les instants pour la jeune fille. Il faut aussi dire qu’elle ne s’attaque qu’à ses véritables ennemis, acceptant d’aider même les brebis galeuses de son groupe, qui pourraient pourtant la dénoncer à tout moment, la condamnant à une mort certaine. Ce sont des novices jetables pour l’ordre, des novices dont personne n’attend le retour. Ella décide d’abord de se tenir à carreau, attendant simplement la fin des trois ans pour avoir une chance de se trouver face à Edelgard. Mais elle va vite choisir une autre voie, plus sombre, semée d’embûches et qui pourrait bien la mettre en danger.

Le graphisme de cette série est de très bonne qualité. Si les traits des personnages sont classiques, la beauté des deux couvertures de tomes prouve que Minoru Takeyoshi excelle en dessin. Si les décors sont moins détaillés, ils n’en demeurent pas moins assez fouillés pour permettre une bonne immersion dans cette période d’obscurantisme religieux. Si Minoru Takeyoshi ne sombre pas dans le gore, il ne cache aucunement la violence des tortures que subissent les filles de sorcières. Les personnages sont très expressifs, évidemment en particulier Ella qui sera au cœur de l’histoire et qui nous fera partager toutes les émotions qui vont se bousculer dans sa tête. Rien ne lui étant épargnée. Minoru Takyoshi parvient à lui donner un regard glacial vraiment inquiétant, la rendant encore plus terrifiante et convaincante.

“Le Couvent des Damnées” amène le récit historique à un haut niveau. Et si ce n’est pas une histoire vraie, elle est assez crédible pour que le lecteur puisse croire que ce couvent maudit a réellement existé.


Le Couvent des Damnées (T1 et 2)
- Auteur : Minoru Takeyoshi
- Traduction : Yohan Leclerc
- Editeur : Glénat
- Format : 130 x 180 mm
- Pagination : 224(T1) et 192(T2) pages noir et blanc
- ISBN : 9782344018330 ; 9782344018347
- Parution : 4 janvier et 8 mars 2017
- Prix : 7,60 €


© Edition Glénat - Tous droits réservés


Frédéric Leray
2 avril 2017






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