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Kieron Gillen, l’interview The Wicked + The Divine
Un comic-book pop, glam et trash qui parle de la célébrité, des fans, de l’art et de la mort.
Glénat Comics

Le phénomène “The Wicked + The Divine”, ou WicDiv, c’est l’ovni du moment parmi les comics, réalisé par deux auteurs britanniques, Kieron Gillen et Jamie McKelvie, fans absolus de Pop Culture et particulièrement de musique.
Kieron Gillen, interviewé pour les éditions Glénat Comics, nous livre sa vision de WicDiv... avec une envie dévorante de parler création artistique, starification, glorification et mythologie.



Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de WicDiv ?

C’est assez sinistre. L’idée de base m’est venue la semaine qui a suivi l’annonce que mon père avait un cancer en phase terminale. Cela a été ma réaction immédiate face au chagrin, à la perte... Une manière de me demander : « Pourquoi, alors qu’on passe si peu de temps sur cette planète, choisir d’être un artiste ? Peu importe si c’est deux ans, vingt ans ou soixante-dix ans. Ça reste une durée vraiment minuscule . Pourquoi se donner cette peine ? »

Quelle est sa place dans le paysage actuel des comics américains ?

Hé hé. Voilà une question délicate. Dans le cadre de la vague de titres post-Saga, celui-ci, c’est celui qui hurle de manière agressive : « REJOIGNEZ NOTRE SECTE ! C’EST UNE SECTE SUPER-FUN ! ». C’est un comic-book pop, glam et trash qui tape très fort et qui parle de la célébrité, des fans, de l’art et de la mort.

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Beaucoup de femmes apprécient ce titre. Pour quelles raisons ?

Pour autant de raisons qu’il y a de femmes différentes, j’ose espérer. C’est facile de faire des hypothèses oiseuses. WicDiv a un public relativement plus large que le lectorat traditionnel des comics américains. Cela vient en partie des personnages de la série, conçus dans le but de refléter Londres. Cela est également dû en partie à notre propre background : Jamie [1] et moi produisons ce que nous appelons des « comics pop » depuis maintenant dix ans. Il semble que nous ayons acquis une certaine réputation pour ce genre de chose et ça finit par se savoir. “Young Avengers”, “Journey Into Mystery”, voire même “Phonogram” avant tout cela, sont des étapes qui ont mené à cette série-ci.
Les dessins de Jamie et Matt [2] y sont pour beaucoup, j’imagine. Je me souviens d’un ami à moi, relativement peu féru en matière de comics, qui regardait les pages de Jamie et m’a dit : « Tu sais, à chaque fois que je regarde les dessins de Jamie, je suis frappé de constater à quel point il est rafraîchissant de voir un dessinateur de comics qui ne hait pas les femmes. » C’est une manière un peu caricaturale de dire les choses, mais c’est vrai que Jamie ne traite pas les filles comme des objets. Il ne dessine pas de poses hyper-sexualisées, il ne crée par des costumes qui ne sont que des prétextes au fétichisme, etc.

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Franchement ? On n’en sait rien. Mais nous sommes contents d’avoir le public que nous avons.

Les histoires de genre sont-elles de plus en plus populaires de nos jours (par opposition aux super-héros) ?

C’est, par bien des côtés, une bizarrerie de l’’Histoire. Le genre des super-héros américains est un genre bâtard. Vu comme il a dominé les classements commerciaux, de nombreux créateurs, qui sinon n’écriraient certainement pas des comics de super-héros, ont trouvé le moyen d’explorer leurs propres intérêts et de les inclure dans un cadre super-héroïque. Même au tout début, le genre des supers-héros existait en liminaire aux histoires de crime, d’horreur, de science-fiction. Et depuis, les recettes n’ont fait que devenir de plus en plus variées.
Donc, aujourd’hui, quand des créateurs ont l’occasion de raconter ce qu’ils veulent, ces genres qui étaient enfouis à l’intérieur du genre super-héros prennent le dessus. Par exemple, Ed Brubaker a toujours été un scénariste de comics de crime, c’est ce qu’il faisait avant d’écrire des super-héros. Maintenant, sorti du carcan des super-héros, il écrit principalement des histoires de crime et vu que ses histoires de super-héros étaient avant tout des histoires de crime (ou d’espionnage), leur public les suit, Sean [3] et lui. Et il y a plein d’autres exemples comme celui-ci. De plus, le fait qu’il y ait une plus grande diversité de genres qu’auparavant attire des lecteurs qui n’étaient pas là avant, ce qui veut dire que le public intéressé par d’autres sujets s’élargit, etc.

Beaucoup d’éléments interconnectés, en bref. C’est complexe.

Quel est votre genre de prédilection ?

Je suis assez maximaliste, comme type. J’aime tous les genres et mon instinct est de créer quelque chose qui consume et transforme tout ça. WicDiv a été conçu à la fois comme un chant d’amour et comme un bûcher funéraire pour tout ce que j’ai adoré durant les quatre premières décennies de mon existence. Dans différents arcs ou différents épisodes, diverses parties de ce tout sont mises en avant. En ce moment, j’écris le premier hors-série, qui se passe en 1830 et parle des poètes romantiques (les dieux de cette génération-là). Cela me permet de me pencher sur l’horreur gothique, et je m’éclate vraiment. J’aime quand ça change. J’aime passer à de nouvelles choses. Je me lasse facilement.

Mais j’ai bien peur qu’au fond de moi, je sois un auteur de fantasy. C’est ce qui traverse tout ce que j’ai fait de mieux.

Est-ce qu’ils (les genres) permettent de développer des intrigues plus intéressantes / complexes / fortes que les séries de super-héros ?

Pour faire très basique : plus le nombre de possibilités scénaristiques est grand, plus le nombre d’intrigues intéressantes / complexe / fortes sera grand. Tout s’additionne. C’est mathématique.

Comment expliquez-vous le succès de WicDiv ?

Les pactes faustiens, les sombres dieux du mal, c’est génial. On recommande cette solution à tout le monde.
D’un point de vue un peu moins satanique, Jamie, Matt et moi-même travaillons suivant la même méthode depuis presque dix ans. Nous avons enfin appris à exprimer de la meilleure manière possible ce que nous essayons de faire depuis tout ce temps. En arrêtant “Young Avengers”, nous avons saisi l’opportunité de réaliser un gros morceau de pop art époustouflant, et on a foncé en donnant tout ce qu’on avait. Les œuvres de création font toujours la part belle au hasard, mais je soupçonne qu’on avait vraiment mis toutes les chances de notre côté quand on s’est lancés dans WicDiv.

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Quel est le lien entre la série et votre autre titre personnel, “Phonogram” ?

Ce sont des séries sœurs par bien des aspects. “Phonogram” parlait de la consommation de l’art. WicDiv parle de la création artistique. Ils approchent clairement des domaines similaires, mais sur un mode radicalement différent. “Phonogram”, c’est du post-punk obscur, des fanzines austères en noir et blanc diffusés au fond des clubs underground. WicDiv parle de jouer des concerts sur la Lune pour une planète entière de fans. “Phonogram” évoquait la défaite. WicDiv raconte ce qui se passe sur Terre quand on gagne. Les série sont très complémentaires.

Avez-vous une recommandation particulière à faire aux lecteurs français pour qu’ils apprécient tout le potentiel de WicDiv ?

Achetez-le, tout simplement, et plongez-vous tranquillement dedans. Nous avons conçu WicDiv comme un mythe gigantesque dans lequel on peut se perdre. Laissez votre imagination se déchaîner. Appropriez-vous cet univers.

Enfin, avez-vous d’autres infos / détails que vous souhaitez partager au sujet de WicDiv ?

La meilleure manière de suivre ce qui se passe autour de la série est d’aller sur wicdiv.com, notre site web principal, mais nous somme tous actifs jusqu’à l’obsession en ligne. Les tags #WicDiv sur Tumblr ou @WicDiv sur Twitter tournent aussi à fond.

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Il faut noter que Kieron Gillen a conçu une énorme playlist autour de “The Wicked + The Divine”, disponible sur Spotify. Plus de 350 chansons, plus de 20 heures de musique en forme de Bande- Originale idéale pour aborder la série !


Pour retrouver d’autres infos sur WicDiv, lisez la critique de l’album The Wicked + The Divine (T1) Faust Départ, disponible sur la Yozone dans sa rubrique Comic Books...


La Yozone remercie les Éditions Glénat Comics pour l’autorisation de reprise de cette interview.

Illustrations © Kieron Gillen, Jamie McKelvie, Images Comics et Éditions Glénat Comics (2016)


Fabrice Leduc
14 décembre 2016






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“The Wicked + The Divine (T1) Faust Départ”, chez Glénat Comics



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Amaterasu, déesse du soleil...



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Laura



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Une façon originale de présenter Morrigan, déesse des ténèbres...



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Sackmet, déesse lionne



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Couverture de “Phonogram”, chez Image Comics



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Édition Colector chez Glénat Comics



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