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Deathco (T3)
Atsushi Kaneko
Casterman

Atsushi Kaneko offre un parfait exemple de perversité narrative et graphique, en ce qu’il détourne et emmêle les codes visuels (dont ceux de la publicité, de la pornographie, de la photographie telle qu’Araki la fait, du cinéma trash et de la presse underground) au profit de récits dont l’essentiel érige la violence en jouissance suprême, en un spectacle sans autre objet qu’elle-même. Après des séries restées fameuses, où le thriller confinait à la folie, telles “Bambi” ou “Wet Moon” (Casterman, 2014), il radicalise son propos destructeur avec “Deathco", son chef-d’oeuvre à ce jour.



Deathco, lolita gothique, sanglante et désespérée, occupe la place centrale des trois tomes déjà parus chez Casterman. La voici, qui s’impose et s’expose comme une icone du mal absolu. Lequel passe par la souffrance, qu’on la subisse ou qu’on l’inflige : celle-ci étant le déclencheur du plaisir frelaté qui semble le seul but de cette fille moins libre qu’il n’y paraît.

Car Deathco, toute privilégiée, protégée qu’elle paraisse dans ce sombre château qui tient autant de Kafka que de l’imagerie vampirique, est en fait le jouet de la mystérieuse Madame, maîtresse des cérémonies macabres qui font son ordinaire. Et puis, elle n’est jamais qu’une tueuse instrumentalisée aux ordres de la Guilde, qui attend de chacun de ses membres qu’il livre en temps voulu sa moisson de cadavres comme autant de trophées...

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“Deathco”, soit un univers avant tout cérébral, introverti, où nulle réalité n’aurait sa place ? Atsushi Kaneko évite un tel enfermement en nous resservant ce bon vieil argument d’un savant fou dont le projet est de détruire la race humaine. Propos grotesque a priori, auquel font cependant écho certaines réalités de la culture et du vécu nippons. Ainsi ce fluide mortel n’est-il pas sans rappeler les attentats terroristes au gaz sarin, tandis que les uniformes de la police d’Etat, comme décalqués de ceux de West Point, ressemblent furieusement à ces livrées guerrières dont Yukio Mishima caressait le désir de revêtir une milice à sa dévotion.

Ainsi donc, sous les oripeaux de l’excès sommeilleraient des dangers bien réels, qui attendraient leur heure : celle de la fin crépusculaire d’une planète et d’une humanité en proie à leur inexorable dégénérescence. Révolte adolescente, prescience de catastrophes inéluctables, rappels involontaires des provocations dadaïstes et résurgences concrètes des outrances punks, tortures raffinées et mises à mort ritualisées, chaque épisode de cette série fait l’effet d’une bombe : non seulement à retardement, mais aussi et surtout en constante explosion graphique.


Deathco (T3)
- Auteur : Atsushi Kaneko
- Éditeur : Casterman
- Format : 12,8 x 18,9 cm
- Pagination : 200 pages N/B
- Dépôt légal : 25 mai 2016
- Numéro ISBN : 978-2-20310-173-9
- Prix public : 8,45 €


Illustrations © Atsushi Kaneko et Casterman (2016)


Alain Dartevelle
20 novembre 2016






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