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Solaris n°195
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°195, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, été 2015, 160 pages, 12,95$ CAD

Ce numéro 195 de « Solaris » est sorti plus tard que prévu, car la disparition de Joël Champetier, vaincu par la maladie, a touché tout le monde. « Solaris » a perdu son rédacteur en chef et plusieurs intervenants lui rendent hommage à travers quelques mots.
Joël Champetier faisait l’unanimité. Les témoignages nous montrent à quel point il était apprécié. C’est une grande perte pour le milieu de la SF et il demeurera toujours présent dans nos esprits. Ses œuvres, sa gentillesse et sa disponibilité ne sont pas prêts de sombrer dans l’oubli et resteront des modèles à suivre.



Des cinq nouvelles, bizarrement c’est peut-être celle qui a remporté le Prix Alibis 2015 qui m’a fait la moins forte impression initiale. Il faut dire que “Garder un phénix en cage” de Jean-Louis Trudel n’est pas d’un abord facile ni immédiat. Il faut être concentré pour ne pas perdre rapidement le fil et devoir reprendre au début. En usant de traitements différents, l’auteur nous place dans la peau de plusieurs personnages : un homme puissant, la femme qui l’a fui et celle qui la remplace, et tout cela sur fond martien.
Cette nouvelle fourmille d’idées, notamment la possibilité du suicide programmé pour changer d’identité. Pour bien suivre, une lecture ne suffit peut-être pas et il ne faut pas hésiter à s’y replonger pour l’apprécier totalement et en saisir toute la richesse, car l’ensemble se révèle vraiment impressionnant.

Je peux dire la même chose de “Testament d’une encloustrée” de Martyne Pigeon qui nous raconte la longue disparition d’une femme condamnée pour sorcellerie en 1763. Sa pendaison n’est que le début des réjouissances, elle pense toujours et nous livre ses impressions post mortem. Le ton utilisé, les descriptions peu ragoûtantes, le contexte, tout participe à capter notre attention pleine et entière. Un texte qui sort du lot avec une histoire des plus inattendues.

Suite au décès de sa mère, sa fille hérite de la maison parentale. Sans attaches, elle choisit de retourner là où elle a grandi. Pour vider son esprit, elle se lance dans un ménage acharné, même le grenier y passe. C’est là qu’elle fait une surprenante découverte.
Même si je n’ai pas compris où Sylvain Lamur désire amener les lecteurs et que la rencontre et la suite apparaissent hautement farfelues, le résultat est tout de même prenant. Une certaine nostalgie se dégage de “L’héritage”, participant à l’ambiance assez pesante.

L’inspiration de Hugues Lictevout n’est pas sans rappeler celle de Martyne Pigeon, car la mort y est aussi mise en spectacle, mais pas du tout de la même façon et sans que le lecteur puisse le soupçonner jusqu’à la fin. “Resort” est une station paradisiaque pour les riches, les miséreux du coin servent de main-d’œuvre pas chère et corvéable à merci. Et attention au moindre écart, rien ne leur sera pardonné ! Tout est fait pour attirer les nantis et leur offrir le meilleur, qu’importe les moyens.
Deux mondes se côtoient, qui n’ont rien à voir. Tout ne fonctionne que dans un sens et la surprise finale donne encore un autre relief au décor et à l’envers du décor. Une société à deux vitesses séparée par un fossé énorme, très bien mise en scène. Belle performance !

Geneviève Blouin nous donne à lire un texte de fantasy où la magie côtoie la rationalité. C’est ainsi qu’un musée expose des artefacts soi-disant magiques pour attirer les visiteurs. Sauf qu’il ne s’agit pas forcément de breloques sans intérêts. Une paire de ciseaux est dérobée, alors que ce devait être impossible. Pourtant quelqu’un a réussi, mais en laissant un bout de son pantalon, indice qui permet à l’enquêteur surnaturel de déduire que “L’enchanteresse portait des Levi’s”.
Lecture très agréable, qui nous porte tout au long de ses pages. Fantasy, mythologie et polar font ici très bon ménage.

Mario Tessier, dont les sujets d’articles semblent intarissables, nous amène sur le terrain du “Design de science-fiction”. Plus d’une fois, des objets apparus au détour d’un film de SF ont inspiré les créateurs, devenant un jour réalité. Comme toujours, le rédacteur parvient à nous intéresser au sujet et à enrichir nos connaissances.“ Les Carnets du Futuribles” sont un rendez-vous incontournable de « Solaris ».

Dans “Sci-néma”, Christian Sauvé mène une réflexion pleine de sens sur les films de la franchise Marvel. Avec « The Avengers : Age of Ultron », la Phase Deux s’achève, mais ne traduit-elle pas aussi un essoufflement et les limites du concept ? Il décrypte aussi le schéma systématique des dystopies pour ados : « Hunger Games », « Divergent »... après nous avoir notamment parlé de l’étonnant « The last Days on Mars » qui de pure SF vire au film de … zombies !

En plus de l’hommage touchant à Joël Champetier (1957-2015), ce numéro de « Solaris » nous offre de très belles nouvelles. Un très bon crû sur fond de tristesse.


Titre : Solaris
Numéro : 195
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Émilie Léger
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 195 
Période : été 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
30 octobre 2015






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