YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire


BD
Brèves
Albums
Comic-books
Mangas
Intégrales
Dossiers
Agenda
Archives
Cinéma
Annonces
Brèves
Critiques
Dossiers
Extraits
Interviews
Making of
Imagin'Arts
Brêves
Chronic'Arts
Archives
Littérature
Brèves
D&D
Critiques
Jeunesse
Dossiers
Télévision
Brèves
Séries TV
Dossiers
DVD
Cinéma
Séries TV
Japanimation
Game Zone
Brèves
Jeu vidéo
Jeu de Rôles
Figurines
Kiosque
Divers
Yo-Sphère
Rédaction
Liens
Partenaires

Contact
RSS - XML
Suivre yozoneFR sur Twitter



RSS XML
Add to Netvibes Add Google Add to Yahoo
Visiteurs

42 visiteurs en ce moment


YozoneLittérature Critiques

Royaume de vent et de colères
Jean-Laurent Del Socorro
ActuSF, roman (France), fantasy historique, 288 pages, mars 2015, 18€

1596. Les guerres de Religion ne sont pas terminées. La ville de Marseille a fait sécession du royaume de France, ses dirigeants issus de la Ligue Catholique ne reconnaissant pas l’autorité d’Henri IV, jugeant sa conversion de pure façade. La rébellion n’a que trop durée. Il faut espérer que les alliés espagnols reviennent au secours de la ville avant que l’armée du roi n’en franchisse les portes...
Au milieu de tout cela, des gens, conscients ou non de cet couperet qui plane au-dessus de leur tête.


Sur fond d’un évènement historique réel, c’est à une magnifique galerie de portraits et de destins que nous convie Jean-Laurent Del Socorro dans ce premier roman époustouflant de maîtrise. Tous gravitent autour de la Roue de Fortune, une taverne tenue par Axelle et Gilles, deux anciens lansquenets. Y loge à l’année Gabriel, un ancien noble huguenot, dont la famille fut décimée durant la Saint-Barthélémy, qui a abjuré sa foi et est devenu l’épée de la Ligue catholique. Victoire vient y passer la nuit : elle dirige la guilde des assassins de Marseille, et on l’a grassement payée pour faire tomber la ville comme un fruit mûr. Ce sera, elle se sent, sont dernier coup d’éclat, car il est temps de payer autant que de trouver le repos.
Axelle st une femme de caractère, à la peau noire, au cœur qu’elle croit sec, incapable qu’elle est d’aimer sa vie de famille, rangée de la guerre, avec sa fille nouveau-née, repensant avec nostalgie à ses années de mercenaire, lorsqu’elle accompagnait son père au combat.
Débarquent Armand et Roland. Le second est mourant. Un même mal les ronge tous deux, le maître et l’élève, les amants : l’Artbon. Moines-mages, ils ont fui leur ordre pour ne pas rejoindre les rangs du roi et utiliser leur magie pour détruire les hommes. Marseille ne doit être qu’une escale, mais le port est déjà fermé, pas moyen de s’enfuir.

Le roman est découpé en trois parties : la veille de l’attaque, le passé des personnages, puis la chute de la ville. L’auteur donne la parole à chacun de ses personnages, nous donnant parfois deux points de vue d’une même scène, pour nous les faire découvrir tels qu’ils sont le jour fatidique, avant de revenir sur leur passé et de les laisser conter comment ils sont devenus ce qu’ils sont, pourquoi leur présence ne doit rien au hasard. Ils ont pris les routes du drame, de l’ambition, ils ont fait des choix qu’ils ont parfois regrettés. Certains n’ont jamais eu ce luxe. De nombreux démons demeurent derrière la porte. Il faudra les affronter, d’une manière ou d’une autre. Après la chute de la ville, les cartes seront rebattues, certains auront définitivement quitté la table.

Je reste volontairement elliptique, car le décorticage des personnages et de l’intrigue ne rendrait pas justice aux qualités d’écriture de « Royaume de vent et de colères ». La narration à la première personne, très immersive, nous fait partager les affres de chacun, les choix cornéliens qui furent les leurs. Choisir de vivre, souvent. Mais à quel prix ! Des trahisons, des regrets, des remords. Seule peut-être Victoire, porté par la rage, est épargnée, son seul fardeau étant la disparition de sa sœur.
Et Silas, aussi. Personnage un peu à part, presque théâtral tant dans sa façon d’être que ses interventions, dans lesquelles il semble s’adresser directement à nous (par un truchement que je tairai ici), seule touche d’humour et de légèreté, toute relative bien sûr.
Au roman s’ajoute en bonus une nouvelle sur Gabin, le gamin de l’auberge, qui donne une dernière vision transversale de l’histoire. Très émouvante, car elle sait décrire à hauteur d’enfant les dures réalités de cette vie, et montre une fois encore la maturité vite acquise pour survivre, sans s’être forcément dépouillé de tous les oripeaux de l’enfance. A l’image du roman, d’une justesse toujours incroyable.

« Royaume de vent et de colères » a reçu le prix Elbakin 2015 du meilleur roman français de fantasy et c’est largement mérité. C’est de l’Histoire avec à peine une pointe de fantasy, qui je l’espère trouvera donc un public au-delà des amateurs du genre, une histoire tragique de destins tragiques, choisis ou subis.

Comme toujours avec ActuSF, une petite interview de l’auteur clôt l’ouvrage (et rend d’autant plus difficile à rédiger la présente chronique), vous pouvez la découvrir sur le site d’ActuSF. Histoire d’achever de vous allécher.


Titre : Royaume de vent et de colères
Auteur : Jean-Laurent Del Socorro
Couverture : Milek Jakubiec
Préface : Ugo Bellagamba
Éditeur : ActuSF
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 288
Format (en cm) :
Dépôt légal : mars 2015
ISBN : 9782917689-837
Prix : 18 € (ou 5,99 € en numérique sans DRM)




Nicolas Soffray
13 octobre 2015







JPEG - 48.2 ko