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Ysabel
Guy Gavriel Kay
Alire, roman (Canada, 2007), traduit de l’anglais (Canada), fantastique/fantasy, 468 pages, 3e trimestre 2015, 20€

Ned est un adolescent de 15 ans, fils du célèbre photographe Edward Marriner. Pour les besoins d’un contrat, ce dernier se rend avec son équipe en Provence, emmenant Ned avec eux. Le premier jour, il fait une double rencontre dans la cathédrale d’Aix-en-Provence, pourtant fermée au public : Kate, une jeune New-yorkaise, et un homme au drôle de comportement. Celui-ci rapproche les deux adolescents et aiguise la curiosité de Ned, ressentant une drôle d’impression en présence de l’étranger.
En repérage avec les assistants de son père : Mélanie, Steve et Greg, Ned se sent mal en se rapprochant de la montagne Sainte-Victoire immortalisée par Cézanne, jusqu’à en devenir malade à faire peur. Il va ainsi de surprise en surprise, voyant la réalité se déchirer sous le poids de l’histoire de la région.
Quand sa tante qu’il n’a jamais vue de sa vie débarque, il comprend l’ampleur du phénomène. De plus, la nuit de Beltaine se rapproche...



Guy Gavriel Kay, voilà un nom qui ramène tout de suite à des livres comme « Tigane », « Les lions d’Al-Rassan » ou encore « La chanson d’Arbonne ». Publiés en France chez l’Atalante, ces trois romans ont assis sa réputation d’auteur de fantasy historique de qualité. À bien regarder sa bibliographie, on peut remarquer que ses romans connaissent souvent deux publications en français, une au Québec et une en France, souvent avec la même traduction. Si la version en France précède parfois celle du Québec, à d’autres occasions c’est l’inverse, un peu comme si il fallait plusieurs éditeurs pour lire Guy Gavriel Kay en français.
Publié en 2007, « Ysabel » est paru en vf chez Alire en 2007. Bizarrement, alors qu’il se déroule en France, aucun éditeur local ne s’y est collé ! Alire a donc choisi de le diffuser aussi dans notre pays.

Contrairement aux romans mentionnés ci-dessus, « Ysabel » se passe de nos jours. Guy Gavriel Kay ne nous plonge pas dans le passé, mais l’introduit à petites touches dans notre présent à travers une histoire d’amour traversant les millénaires. Terre d’une lutte féroce entre les Romains et les Celtes, la Provence offre un terrain empli de mystères et aux croyances tenaces.
Les personnages sont très fouillés, Ned en premier lieu qui se découvre des potentialités cachées pas forcément réjouissantes. Il peut détecter ces êtres du passé, renaissant toutes les quelques décennies dans un éternel triangle amoureux. En compagnie de Kate, il se retrouve au centre de cette intrigue, dont l’enjeu ne sera pas moins que Mélanie, victime des événements.
Chacun va y perdre ses illusions et devoir reconsidérer la rationalité de l’existence. Toutes les bonnes volontés seront mises à contribution, c’est ainsi que les lecteurs assistent aux retrouvailles de toute la famille de Ned. Sa mère va revenir et revoir cette sœur qui l’a tant déçue et qu’elle a écartée de sa vie. Guy Gavriel Kay nous immerge dans ces rapports familiaux tendus par des secrets cachés. Tout le monde va se souder autour d’une cause commune : sauver Mélanie.
Il va de soi que la cause semble désespérée, car les forces en présence apparaissent disproportionnées. Les deux adversaires : Cadell le Celte et Phélan le Grec/Romain, disposent d’une expérience inimaginable, ainsi que de pouvoirs magiques défiant la raison. Seuls Ned et sa tante sont à même de lutter, et encore...
Les lecteurs s’attachent aux protagonistes d’« Ysabel », prennent un évident plaisir à les suivre dans leurs recherches ou à assister à leurs inévitables moments de découragement. Guy Gavriel Kay parvient à nous faire vivre son récit, d’autant plus qu’il se déroule de nos jours.

La région autour d’Aix-en-Provence est aussi magnifiquement mise en scène, ses sites historiques deviennent le théâtre du drame se nouant autour d’une Mélanie transformée. L’auteur instille l’envie de se rendre sur place pour se faire sa propre idée de ces vestiges d’un passé tourmenté. Dans les remerciements en fin d’ouvrage, l’auteur nous explique s’être rendu sur les lieux et s’être imprégné de leur atmosphère, ce qui se ressent à la lecture.

« Ysabel » se révèle passionnant jusqu’au final qui en surprendra plus d’un. Le lecteur glisse même sur certaines bizarreries telles que le terme planches à neige que l’on imagine sans mal être des skis. Au fil du récit, l’étrange devient toujours plus présent et prend les apparences d’une réalité que les personnages sont bien obligés d’accepter. Les lecteurs auront leur propre opinion, mais ne pourront nier le poids de l’Histoire. L’ensemble est parfaitement maîtrisé à tous les niveaux et nous donne un livre hautement recommandable. Voila bien longtemps que je n’avais plus rien lu de Kay, mais j’ai retrouvé la même magie à le lire et éprouvé le même plaisir distillé par ce formidable conteur.
Si lire de la fantasy peut lasser, ce n’est pas du tout le cas avec Guy Gavriel Kay qui nous laisse toujours émerveillé après lecture d’un de ses ouvrages.

Maintenant qu’« Ysabel », lauréat du World Fantasy Award, est aussi diffusé en France, il n’y a plus d’excuses pour ne pas découvrir cet excellent roman.


Titre : Ysabel (Ysabel, 2007)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Couverture : Jacques Lamontagne
Traduction de l’anglais ( Canada) : Élisabeth Vonarburg
Éditeur : Alire (Première édition : Alire, 2007)
Collection : GF
Site Internet : première édition du roman (site éditeur)
Pages : 468
Format (en cm) : 13,4 x 23,3
Dépôt légal : 3e trimestre 2015
Prix : 20 €


Autre ouvrage de Guy Gavriel Kay chroniqué sur la Yozone :
- « Le dernier rayon du soleil »

Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
17 septembre 2015






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