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Licornes de Thulé (Les)
Sylvie Huguet
La Clef d’Argent, KhRhOnyk, roman (France), fantasy triste, 146 pages, mars 2015, 7€

Ilgael se languit en Elmoor. Lug n’est plus qu’un vieux loup, rattrapé par la corruption de l’âge. Dans son dernier souffle, il pousse le roi des elfes à abandonner cette terre rongée par les hommes et leurs ambitions pour rejoindre son peuple à Thulé. Accompagné d’Isyl, héritier de Lug, le roi prend la mer, un expérience nouvelle et étrange, pour aborder des jours plus tard l’île mythique de Thulé. Il y est accueilli par les licornes, peuple équin très évolué, disposant de pouvoirs psychiques développés, à la limite de la conscience collective. Conduit au refuge accordé à son peuple, il retrouve quelques vétérans d’Elmoor mais surtout toute une population qui a grandi sans lui, sans les souffrances de la guerre, dans la tradition. Galdween, qui semble le connaître, s’attache à ses pas, voulant devenir son homme-lige, rappelant plus ou moins douloureusement à Ilgael la perte de Lindyll.
Hélas, attiré par les mythes sur les vertus magiques des cornes de licornes, les hommes débarquent bientôt, et seront prêts à tout pour faire main basse sur ce trésor, refusant de reconnaître aux licornes le statut d’êtres pensants. Le conflit est, une nouvelle fois, inévitable.



Bien que cinq ans séparent la parution du « Dernier roi des elfes » et celle des « Licornes de Thulé », l’on pourrait croire que l’auteure n’a pas reposé sa plume entretemps. On retrouve ce style étrange, détaché, entre le récit de fiction et la légende, qui convient bien à la perception du temps des elfes de Sylvie Huguet. Mon collègue Stéphane Pons, à propos du premier tome, invoque « Beowulf » et Tolkien, j’en appellerai pour ma part à lord Dunsany pour décrire cette fantasy qui s’accommoderait mieux des qualificatifs de « merveilleux médiéval ».

La structure du roman diffère peu du tome précédent : La menace humaine plane, le roi croit trouver un havre de paix pour les elfes, mais la guerre est finalement inévitable. Aux affrontements directs succèdent les manoeuvres perfides (des hommes, cela va s’en dire), et ce ne sera que lorsque les pertes, hélas des deux côtés, seront trop importantes que le conflit cessera, pour un temps du moins.

Dans ce second volume, les licornes viennent se glisser dans l’opposition hommes/elfes. Mais si le peuple d’Elmoor les considèrent avec respect, et leur reconnaissent intelligence et bravoure, les hommes n’y voient qu’une race animale et une source de profit. Tout comme ils voyaient précédemment en les elfes une race du passé, limite démoniaque, vouée à disparaître. Sylvie Huguet, dans « Les Licornes de Thulé », montre une nouvelle fois l’étroitesse d’esprit des Hommes, leur égoïsme et leur fierté sans bornes, qui se heurte à l’ouverture des elfes et leur vision à (très) long terme. Leur ambition et leur avidité, leur « besoin » de satisfaction immédiate est mal compréhensible des elfes, que l’immortalité rend indolents, presque frivoles à nos yeux.
Les licornes sont à ranger du côté des elfes. Créatures du passé, vouées à disparaître tant leur fécondité est fragile et menacée, elles n’en sont pas moins de redoutables guerrières, elles qui ont débarrassé Thulé des géants et autres trolls qui la peuplaient. On notera évidemment l’absence de mâles (rappel du mythe des Amazones) dans cette société sage, presque idéale ; tandis qu’il n’y a chez les hommes aucune femme (sous couvert d’expédition militaire, mais on sait qu’une femme est vite sujet de discorde), et que les elfes vivent séparés, ne se retrouvant qu’à la « saison des amours ».

Il faut voir Galdween, bien évidemment, comme une reprise du motif de l’elfe lige. Mais à la différence de Lindyll, Ilgaël accepte Galdween à ses côtés car ce dernier s’impose, dans la tradition elfique, comme son serviteur, tandis que le roi elfe avait adopté l’humain comme son âme soeur (voire son fils, même si l’expression ne convient pas aux elfes qui ne s’attachent pas à la filiation par le sang). On lèvera finalement le voile sur cet entêtement de Galdween à servir le roi, et sur les effets contradictoires sur l’humeur d’Ilgaël : vouloir remplacer Lindyll à ses côtés, dans sa mémoire ou dans son coeur tient pour lui de la trahison. On découvrira en fin de récit que si l’objectif de Galdween est la pénitence et la recheche du pardon, sa manoeuvre permettra au roi de faire le deuil de son ami. Même s’il mettra longtemps à le comprendre, comme chacun confronté à la perte d’un être cher.

Deux visions du monde et de l’Autre, honneur et félonie, mémoire et oubli, enfin le pardon, voilà tout ce que brasse, sous couvert d’une fantasy à nulle autre pareille, le roman de Sylvie Huguet.


Titre : Les Licornes de Thulé
Série : suite au Dernier roi des elfes
Auteur : Sylvie Huguet
Couverture : Justdd & Poulpy
Éditeur : La Clef d’Argent
Collection : KhRhOnyk
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 2
Pages : 146
Format (en cm) : 18 x 11 x 1,2
Dépôt légal : mars 2015
ISBN : 9791090662230
Prix : 7 €



Nicolas Soffray
17 mai 2015






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