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Cyclopes (T1) La recrue
Jacomon & Matz
Casterman


Luc Jacamon souhaitait arrêter la série Le Tueur pour dessiner d’autres univers et plus précisément une aventure à trame SF. Histoire d’innover graphiquement, de laisser libre cours à son imaginaire technologique.
Pour Matz, cela annonçait une totale remise en question et pour que le duo puisse continuer à tourner aussi bien que sur les 5 albums de la série Le Tueur, il se rabat sur un récit de guerre dans un monde du futur fort peu éloigné de nos travers actuels, guerriers et hyper-médiatisés.

Cylopes nous envoie en 2054, sur ce territoire turc pris entre Islam et envie d’Europe, avec ses « amis » iraniens, irakiens, kurdes pour donner une jolie toile de fond où la géopolitique ne peut que se tordre de douleur...
Et demain donc, en 2054, l’ONU ne dispose plus d’assez de troupes pour effectuer ses missions. Elle décide donc de sous-traiter ce boulot au secteur privé.
S’inspirant de la guerre d’Irak, Matz a noté cette emprise sans cesse croissante du business de guerre. L’ordre mondial (ou qui se dit tel !) voit les conflits armés se multiplier et la vindicte populaire s’accroître devant les pertes humaines qui s’accumulent. Mais si l’homme n’aime pas voir son fils mourir en terre étrangère pour des causes qu’il n’épouse pas, souvent reste-t-il ce voyeur qui se vautre devant l’écran de TV pour mieux percevoir le chaos, la misère et le meurtre.. là-bas, au loin...

De leur côté, les entreprises privées de sécurité lorgnent sur ces marchés juteux de la mort autorisée, labellisée, estampillée par les logos des monstres télévisés. Elles entrent en jeu pour tenir des rôles des plus importants, sous l’œil excité de caméras aux médias bien ficelés par les artificiers en chef.
Ainsi Multicorps Security Inc. avec ses soldats de la « paix » bardés de gadgets Hi-Tech et dotés d’un magnifique casque avec caméra embarquée pour ne rien louper d’un spectacle qui vaut de l’or !
Le regard se fera cynique et désabusé.
Oui, les collusions entre armées et médias existent. Oui, la guerre est un marché ! Et de pauvres types tenteront de gagner le pactole en allant livrer leur vie, tuant tout en filmant leurs exploits souvent téléguidés... Comme ce Douglas Pistoia, jeune marié et ancien footballeur vedette qui va se reconvertir en mercenaire pour se tirer d’une mauvaise passe qui perdure ! Par excès de courage, il devient le héros d’un traquenard mortel, le héros de la masse bien pensante, le héros d’une filiale qui va bâtir sur lui une stratégie de spectacle et d’audience par-delà la réalité de vrais crimes de guerre.

La recrue va-t-elle perdre ses repères moraux devant la gloire et l’argent qui affluent sur des épaules qui ployaient sous la médiocrité et la misère ?
Voilà une des bonnes questions qui vous viennent au sortir de cette bonne entame de série, qui comme dans le T1 du Tueur débute par une scène de meurtre au fusil à lunette qui, cette fois (dans l’histoire), sera saluée de bravos !!!
Jacamon conserve ses grandes qualités allant d’un sens du découpage remarquable aux superbes couleurs dont il nous gratifie, tout en s’amusant visiblement de ce changement de territoire qui lui permet de concevoir architecture et objets de ce futur proche.

La série Cyclopes est prévue pour un minimum de trois albums dans la collection Ligne rouge chez Casterman.
J’en frémis déjà d’aise, tout comme La Recrue qui ouvre ce bal de morts à la demande !


(T1) La recrue
- Série : Cyclopes
- Scénario : Matz
- Dessin et couleurs : Luc Jacamon
- Éditeur : Dargaud
- Collection : Ligne rouge
- Dépôt légal : 23 septembre 2005
- Album : quadri, couverture cartonnée
- Pagination : 56
- Prix public : 9,80 €


Les images sont © Casterman & les auteurs (2005)



Fabrice Leduc
12 novembre 2005




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Jacomon et Matz, la guerre vue par l’oeil des Cyclopes.



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Nuit froide... l’oeil scrute, avide d’une cible qui ne verra pas la mort arriver. A l’autre bout du monde, les spectateurs applaudissent leur héros !



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