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Dernier Château et autres crimes (Le)
Jack Vance
Le Bélial’, omnibus contenant deux courts romans et deux novellas traduits de l’anglais (États-Unis), science-fiction, 372 pages, mars 2013, 21€

Le Bélial’ n’en est pas à son coup d’essai concernant Jack Vance. L’éditeur a choisi de nous faire redécouvrir cet immense écrivain à travers des rééditions quasi introuvables et même des inédits. Avec « Le Dernier Château et autre crimes », il s’agit tout du même du cinquième ouvrage à lui être consacré.
Comme pour les précédents livres, Le Bélial’ voit les choses en grand avec deux romans et deux novellas.



Seul titre au sommaire à m’évoquer un lointain souvenir : « Les maisons d’Iszm », déjà lu voilà bien longtemps. C’est l’histoire d’Aile Farr, un botaniste terrien qui débarque sur Iszm, dont les habitants gardent jalousement le secret des maison végétales. Tout le monde y est paranoïaque et voit en chacun des touristes un voleur en puissance, cherchant à leur subtiliser une maison femelle. Ce serait alors la fin d’un monopole très lucratif.

Autre court roman : « Fils de l’Arbre » ne manquant pas de points communs. Dans son périple pour retrouver la Terre, Joe Smith arrive sur Kyril, drôle de planète sur laquelle règnent les druides profitant du labeur de la majorité de la population. Un culte est voué à un arbre géant et, à l’image des Iszmiens, chaque personne de passage est forcément un espion. Et de ce point de vue, les druides sont très chatouilleux, plus prompts à éliminer la menace qu’à accorder le bénéfice du doute.

Que ce soit Aile Farr ou Joe Smith, chacun se retrouve malgré lui embringué dans un complot. Ils sont le jouet d’événements qui les dépassent et aux vastes conséquences. Les puissants tirent les ficelles, les marionnettes doivent suivre le mouvement, tout en essayant de comprendre les raisons de tout ça.
Bien sûr, les lecteurs s’agitent tout comme eux, plongés qu’ils sont dans des manigances commerciales ou politiques. Même s’il faut avouer que l’ensemble accuse un peu le poids des années, la magie opère de suite. Jack Vance n’a pas son pareil pour imaginer des mondes et les décrire pour mieux nous y immerger. Comme les deux récits tournent autour de 100 pages, les commencer revient quasiment à les finir dans la foulée, happés que nous sommes par le voyage mouvementé.

Alice et la Cité” nous décrit une jeune fille innocente dont un voyou s’entiche avant de vouloir l’exploiter. Mais naïve ne signifie pas forcément victime potentielle...
Si “Alice et la Cité” est le texte le plus faible du lot, tout simplement parce qu’il n’a pas le souffle épique des autres, il n’en est pas moins dénué de qualités. La jeune fille ne cesse de surprendre par sa capacité à se jouer des mauvais tours. Elle le fait avec une certaine classe, sans se départir de sa gentillesse et innocence naturelle. Les bas-fonds sont explorés, sa beauté fait remonter les plus bas instincts à la surface. De plus, il se dégage un humour bon enfant qui fera plus d’une fois sourire.

Le dernier Château” a remporté le Prix Hugo et Nebula, beau doublé démontrant que cette novella a été autant appréciée par le public que par les écrivains. La Terre a bien vieilli ; toute une caste de nobles, revenus des étoiles pour un retour aux sources et vivant dans des châteaux, est servie par des extraterrestres, juste bons à assumer toutes les tâches et leur permettre de vivre dans l’opulence sans se soucier de rien. Le jour où ils se rebellent change la donne : comment leur résister, alors qu’on les laissait tout faire ?
Jack Vance dénonce l’esclavage. Même si les Meks exécutaient avec diligence et sans se plaindre les besognes, cela ne signifiait pas qu’ils acceptaient leur sort et que les choses pouvaient continuer ainsi indéfiniment. La facilité donne des œillères et empêche de comprendre que l’équilibre doit évoluer. Certains le saisissent, mais de loin pas tous, ce qui conduit dans une impasse.
Une longue nouvelle qui pousse à l’interrogation et, comme il s’agit de Jack Vance, l’aventure est toujours présente.

« Le Dernier Château et autre crimes » s’avère un omnibus d’une grande cohésion, bien structuré par Pierre-Paul Durastanti, le maître d’œuvre pour l’occasion. Si le précédent « Sjambak » ne m’avait guère emballé (je m’étais même demandé la pertinence de publier un tel ouvrage, constitué en grande partie de rééditions), là mon sentiment est à l’opposé. Cette capacité qu’a Jack Vance d’imaginer d’autres mondes et de nous y plonger, nous amenant si facilement en voyage vers des destinations toutes plus exotiques les unes que les autres, joignant ainsi le rêve et le dépaysement à ses écrits, emporte inévitablement l’adhésion.
Quel que soit l’âge du lecteur, Jack Vance sait toucher ce dernier et lui faire partager le sens du merveilleux, partie intégrante de ses ouvrages.
D’ailleurs, Nicolas Fructus, l’illustrateur de la magnifique couverture, a bien saisi l’essence de l’imaginaire vancien.

La lecture de l’omnibus « Le Dernier Château et autre crimes » est hautement recommandée. Par ces temps difficiles, il est encore possible de s’évader totalement du quotidien pour une vingtaine d’euros.


Titre : Le Dernier Château et autres crimes
Contenu : Les Maisons d’Iszm (The Houses of Iszm, 1964), Alice et la cité (Assault on a City, 1974), Fils de l’arbre ( Son of the Tree, 1964) et Le dernier château (The Last Castle, 1966)
Auteur : Jack Vance
Traductions originales de l’anglais (États-Unis) révisées par : Pierre-Paul Durastanti et Olivier Girard
Couverture : Nicolas Fructus
Éditeur : Le Bélial’
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 372
Format (en cm) : 13,9 x 20,5
Dépôt légal : mars 2013
ISBN : 978-2-84344-117-2
Prix : 21 €



François Schnebelen
21 avril 2013






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