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Fin des temps, mythe ou réalité (La)
Gérald Gambier
La Taillanderie, collection Léandre, Essai, 125 pages, mars 2012, 9,90€

S’il est un thème propre à l’intérêt des amateurs d’imaginaire, c’est bien celui de la Fin des Temps et de ses conséquences. Apocalypses et fins du monde sont en effet légion dans le genre, qu’elles résultent de prophéties connues ou cryptiques, d’inconséquences écologiques, de bouleversements climatiques, de catastrophes industrielles ou bio-technologiques, de conflits futurs ou même d’évènements trouvant leur origine hors du système solaire. La science-fiction compte elle-même quelques prophètes de l’Apocalypse – le cas Dantec en fut un exemple – pour qui la barrière entre réel et imaginaire n’a pas toujours été parfaitement tranchée.

Mais il est indéniable aussi que l’on nous promet la fin du monde depuis l’aube des temps, et que l’on se retrouve toujours en train de l’attendre. Sans cesse annoncée comme imminente et sans cesse remise au lendemain, la Fin des Temps est à classer dans le registre des « incessamment-sous-peu ». Pour chaque prophétie inaccomplie, on nous en ressort une qui, c’est juré, sera bientôt vérifiée. Pour l’usager lambda des services publics hexagonaux, la fin des temps a ceci d’extraordinaire qu’elle est sans doute la seule chose au monde à avoir été capable d’accumuler autant de retards que tous les TGV réunis : c’est dire son importance, c’est dire aussi à quel point il était indispensable de se pencher sur le phénomène.



Après une préface dans laquelle l’auteur se revendique d’appliquer « une froideur scientifique dans l’analyse » et « une démarche de journaliste pour la concision des choses et d’historien pour les faits », il nous rappelle que la Fin des Temps n’est pas la fin du monde, mais un phénomène prophétique précurseur du retour du Christ, ce que l’on nomme la parousie. La fin du monde n’arriverait qu’après ces signes et ce retour, et plus de mille ans, aux dires de l’auteur, « pourraient séparer ces deux événements. »

Le chapitre suivant, qui s’essaie à définir les prophéties, n’est pas long à jeter un doute sur cette « froideur scientifique dans l’analyse » que prétend appliquer Gérald Gambier. Celui-ci en effet, en sus de considérer comme déterminante une concordance de date qui laissera plus d’un lecteur critique impavide, ne se pose manifestement aucune question sur le fait que la prophétie de la tentative d’assassinat de Jean Paul II (en 1981) n’ait été découverte qu’en 1999. Quant à tirer de cet exemple un avis général sur la justesse des prophéties, voilà qui nous apparaît bien faible, sans parler de prophéties inaccomplies ou contredites par les faits, dont nulle mention n’apparaît et qui de toute évidence ne semblent pas exister – sauf lorsqu’il en sera besoin, dans une partie ultérieure de l’ouvrage, pour soutenir la thèse des « faux prophètes » en tant que signe annonciateur de la Fin des Temps.

L’auteur s’intéresse ensuite aux seize signes précurseurs (dix de la Fin des temps, six de l’Apocalypse), puis détaille ces signes de un à treize. Pourquoi treize on ne sait pas, ni pourquoi les signes onze et douze ont disparu, mais le nombre est en tout cas symboliquement choisi. Concernant les séismes, Gérald Gambier se livre à une étude manifestement rigoureuse dont il conclut, chiffres à l’appui, que ceux-ci ne sont pas en augmentation. Dans la suite de l’examen des signes précurseurs, l’auteur donne des éléments historiques, mais s’inquiète aussi des prothèses P.I.P., des rites sexuels pratiqués par les prêtres et les religieuses sur les autels consacrés, de la fonte des pôles sur la planète Mars, de l’augmentation de la température sur Pluton, des OVNIS émetteurs de micro-ondes pulsées destructrices de champs de lavande, sans compter les mutilations de bétail dont ils sont responsables dans le monde entier, les paniques de zébus qu’ils entraînent à Tananarive (il semblerait donc que partout ailleurs le bétail se laisse mutiler sans paniquer), ou les vingt-neuf « abductés » français reconnus, enlevés par les petits hommes gris. Cette partie apparaît hélas, et de loin, comme la plus faible de l’ouvrage, car l’auteur s’y livre à des digressions souvent superficielles et insuffisamment documentées dont découlent platitudes, lieux communs et généralisations hâtives. Écrire par exemple que « le cancer est une maladie de la civilisation industrielle de l’hémisphère Nord » et est, comme le sida « lié à une dérive morale » relève de la plus totale ignorance de l’épidémiologie et de la physiopathologie des cancers (nous écrivons bien « des cancers » et non pas comme l’auteur « du » cancer, expression qui ne signifie absolument rien.) Dans le même registre, affirmer que « lorsque les pays européens ont quitté les pays colonisés, les pandémies étaient toutes en forte régression, voire en voie de disparition » constitue une généralisation abusive. L’auteur confond ici pandémies et maladies endémiques, et ce qu’il affirme demande à être discuté cas par cas : si on peut l’admettre pour certaines situations ponctuelles (entre autres exemples les gastro-entérites là où un bon réseau d’eau a été installé, ou la trypanosomiase africaine dans certaines zones), cela n’a jamais été vrai pour la plupart des maladies endémiques et encore moins pour la tuberculose, sur laquelle l’auteur s’étend longuement. Autre exemple d’affirmations fantaisistes, l’auteur nous gratifie d’une liste de vingt-six pays – parmi lesquels la Russie – « où l’on ne songe qu’à tuer la notion chrétienne que le Blanc, l’Européen ou le Français représente. » Les dizaines de milliers de Français qui ont travaillé des années durant dans ces pays ne pourront qu’être étreints rétrospectivement par la plus grande épouvante à l’idée des supplices auxquels ils ont, sans doute par une invraisemblable profusion de miracles, eu la chance d’échapper. Et, pour conclure sur cette partie, quel intérêt de lire, ou d’écrire, un essai, si c’est pour y mettre ou pour y trouver ce que chacun dit ou entend au Café du Commerce, si ce n’est pire ?

Dans la partie suivante, l’auteur s’intéresse à une série de prophéties qu’il explique avec honnêteté avoir sélectionné en fonction de ses propres critères qui ne sont pas exactement ceux de l’Église officielle. Prophéties de la Vierge, de La Salette, de La Fraudais, de Fatima, de Kérizinen, de Garabandal, de saint Malachie sont principalement abordées, ainsi que, plus brièvement, seize autres prophéties faites sur une période de temps s’étalant entre le Vème et le XXème siècle. « Dans notre démarche », explique l’auteur, toujours avec honnêteté, mais en contradiction avec les principes énoncés dans l’introduction, « les faits et la véracité de la voyance sont considérés comme acquis. »

Gérald Gambier essaye ensuite, avec une certaine rigueur, de démêler les diverses notions de l’Antéchrist, puis se penche sur le déroulement de la Fin des Temps tel que programmé par diverses prophéties : il anticipe la révolution et la guerre civile, notamment à Paris et à Lyon (la Fin des Temps ne semble guère concerner que la France : un billet d’avion devrait donc suffire à nous en mettre à l’abri), consacre un bref chapitre à l’invasion par les Peuples du Nord (Vladimir Poutine encanaillé avec Hu Jintao, mais il est question ailleurs des troupes russes alliées avec les dix rois arabes de l’Apocalypse), dresse un bref récapitulatif des Châtiments, et finit par admettre que la Fin des Temps pourrait atteindre Marseille, et même sauter jusqu’à Rome (le moment venu, tenez-en compte en choisissant votre destination.)

Le lecteur terrifié (et surtout dubitatif) apprendra ensuite que la Marque de la Bête (le fameux 666) est systématiquement présente sur les codes-barres des produits commercialisés ainsi que sur les puces d’identification sous-cutanée « implantées systématiquement aux enfants au Mexique et au Brésil », et « qu’une vingtaine de pays d’Amérique et d’Asie sont en passe de rendre obligatoire ».

Pour finir, un bref chapitre intitulé « Le Cas Sarkozy » se base sur l’étymologie de son patronyme (sảr : la boue, et köz : entre) pour l’assimiler au « poteau de boue » de saint Michel. Ce diable d’homme aurait donc lui aussi son rôle dans la Fin des Temps, et par voie de conséquence dans l’Apocalypse. À l’heure où nous écrivons ce compte-rendu (30 avril 2012) il semblerait que les intentions de vote prophétisent plutôt la Fin de Nicolas Sarkozy que la Fin des Temps, mais nous saurons sans doute déjà, lorsque notre article aura été relu et mis en ligne, si les opérateurs de nos organismes de sondage sont d’aimables plaisantins ou d’authentiques prophètes. Et c’est sans doute accorder un rôle excessif non seulement à l’individu, mais aussi à la France, que de songer que l’un de nos présidents, quel qu’il soit, puisse avoir une telle influence sur les temps à venir.

Que conclure ? Nous sommes loin, on l’aura compris, de cette « froideur scientifique dans l’analyse » présentée en introduction, et encore plus loin d’une éventuelle rigueur scientifique, ou simplement d’une grande exigence intellectuelle. Pour autant, si l’on exclut approximations, a-priori, idées reçues, et contre-vérités scientifiques, l’auteur s’étant sans doute laissé abuser par des sources insuffisamment rigoureuses, l’ouvrage n’est pas dépourvu d’intérêt. En définissant la notion même de Fin des Temps que bien peu connaissent, en listant ses signes précurseurs, en faisant une synthèse de prophéties choisies, il représentera pour le curieux une introduction au vaste corpus des prophéties religieuses : étincelles mettant le feu aux poudres du délire pour les uns, avertissements véritables pour les autres, elles ne laisseront personne indifférent.


Titre : La Fin des temps, mythe ou réalité
Auteur : Gérald Gambier
Couverture : PAO Concept-Stéphanie Gall
Éditeur : Léandre / La Taillanderie
Collection : Léandre
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 125
Format (en cm) : 16 x 24
Dépôt légal : mars 2012
ISBN : 978-5-87629-409-7
Prix : 9,90 €



Hilaire Alrune
6 mai 2012






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